Presse : François OKONDAMOMBA appelle à valoriser les langues nationales dans les médias congolais

Redaction
829 Views

Kisangani, 26 juillet 2025 — À l’occasion de la Journée nationale de la liberté de la presse, célébrée ce samedi à l’espace culturel Ngoma, une voix a résonné avec une clarté singulière, celle de François OKONDAMOMBA OLONGO, chef de service des informations radio à la RTNC Tshopo et assistant au Département de Français-Langues Africaines de l’ISP Kisangani.

Dans une intervention dense, alliant rigueur universitaire et expérience professionnelle, il a plaidé pour une presse congolaise plurilingue, équitable, et véritablement représentative des réalités culturelles du pays.

Un plaidoyer enraciné dans la réalité des rédactions

Dès les premières minutes de son exposé, François Okondamomba a donné le ton : célébrer la liberté de la presse, oui, mais à condition de l’interroger à la lumière d’une question souvent négligée — celle des langues nationales.

« Ce que nous appelons liberté d’informer ne peut ignorer la manière dont nous informons, ni la langue que nous utilisons pour le faire », a-t-il affirmé.

Le constat dressé est préoccupant : dans de nombreuses rédactions, les éditions en langues nationales restent les parents pauvres du traitement médiatique. Elles sont souvent confiées à des journalistes moins expérimentés, souffrent d’un encadrement linguistique quasi-inexistant, et reçoivent un temps d’antenne réduit, comme si ces langues n’avaient pas droit à la même qualité de service que le français.

Des expériences locales qui montrent la voie

Pour autant, l’orateur n’a pas sombré dans le pessimisme. Il a mis en lumière des pratiques exemplaires, comme celles de Radio Okapi, où les journaux en lingala, swahili, tshiluba et kikongo bénéficient d’un traitement équivalent à celui du français, les critères de recrutement des journalistes qui doivent bien parler une des langues nationales ou encore la création, au sein de la RTNC nationale, de directions dédiées aux langues nationales.

Plus localement, il a salué l’approche de l’ancien gouverneur de la province orientale Jean Bamanisa Saidi, où dans son son service de presse des journalistes des langues nationales produisaient en lingala et en swahili des reportages de la même qualité éditoriale que ceux en français. Des initiatives qui, selon lui, mériteraient d’être renforcées et généralisées.

Les médias, moteurs de normalisation linguistique

François Okondamomba a également rappelé que les médias, loin d’être de simples relais de l’actualité, jouent un rôle déterminant dans la normalisation et la valorisation des langues. Là où l’école ne parvient pas toujours, la radio et la télévision touchent, enseignent et modèlent.

Mais cela suppose une véritable volonté politique et institutionnelle, absente à ce jour, selon lui. Il dénonce l’absence d’une politique linguistique claire dans les médias, le manque de formation des journalistes, et le poids hégémonique du français, souvent renforcé par les standards des médias internationaux francophones.

Des propositions concrètes pour inverser la tendance

Pour sortir de cette impasse, François Okondamomba propose un ensemble de solutions concrètes :

Intégrer les langues nationales dans une politique médiatique nationale cohérente.

Former les journalistes aux fondamentaux linguistiques de ces langues.

Produire des émissions pédagogiques courtes et régulières dans les langues locales.

Financer les médias qui innovent en ce sens.

Valoriser la complémentarité entre presse francophone et presse en langues congolaises.

Des initiatives comme « Swahili Bora » ou « Toyekola Lingala », deux capsules pédagogiques qu’il propose à la RTNC, en sont un exemple.

Un combat pour la démocratie culturelle

En filigrane de ce plaidoyer linguistique, c’est la vision d’une démocratie plus inclusive que porte François Okondamomba. « Il n’y a pas de véritable liberté de la presse sans liberté linguistique », a-t-il martelé, avant de conclure que valoriser nos langues nationales, c’est aussi valoriser notre peuple.

Dans une société où la diversité est une richesse parfois négligée, cet appel vibrant vient rappeler que l’égalité passe aussi par le droit de s’exprimer — et d’être informé — dans sa langue.