A l’Hôpital du Cinquantenaire de Kisangani, un geste d’une grande portée humaine. Mandaté par le niveau national, le ministre provincial de la Santé, le docteur Simon Bokongo, a remis une enveloppe de 5 000 dollars américains à la famille d’une fillette de 11 ans, victime d’un viol barbare. Si ce geste concrétise une promesse ferme du ministre national de la Santé, le docteur Roger Kamba, il soulève également le voile sur la double tragédie des violences sexuelles et de la crise des déplacés qui ronge la Tshopo.

Chose promise, chose faite : L’État au chevet d’une détresse familiale
C’est un déplacement qui dépasse le simple cadre protocolaire. Accompagné du docteur Patrick Bumane, conseiller en matière de santé du gouverneur de la province de la Tshopo (Paulin Lendongolia Lebabonga) et du représentant du chef de la division provinciale de la santé, le ministre provincial de la Santé, le docteur Simon Bokongo, s’est rendu au chevet d’une famille brisée, mais désormais soutenue.
Ce geste trouve sa source dans la récente visite à Kisangani du ministre national de la Santé, Hygiène et Prévoyance sociale, le docteur Roger Kamba. Venu initialement pour évaluer la riposte contre l’épidémie d’Ebola dans la province, le ministre national avait été saisi du cas de cette enfant de 11 ans, traumatisée dans sa chair et son esprit par une agression sexuelle. Profondément touché en tant que père de famille et responsable étatique, le docteur Kamba s’était engagé à « rendre le sourire » à la fillette en lui allouant un soutien financier de 5 000 dollars.
Hier vendredi, la promesse est devenue réalité. Le docteur Simon Bokongo a remis l’enveloppe en mains propres au père biologique de la victime. Cette cérémonie, qui aurait dû se dérouler en présence du Gouverneur de province (empêché par un rappel urgent de l’État à Kinshasa), symbolise une synergie parfaite entre les autorités nationales et provinciales face à la détresse de leurs administrés. En remettant ces fonds, le ministre provincial a prodigué de sages conseils à la famille pour s’assurer que cette somme serve exclusivement à la reconstruction et à l’avenir de la jeune victime.
Le cri d’alarme d’un ministre : « Les hommes exagèrent ! »
Au-delà de l’aide financière, ce drame a suscité une indignation viscérale de la part des autorités, se faisant l’écho d’une lassitude générale face à la persistance des crimes sexuels à Kisangani. Interrogé sur la portée de cet acte, le docteur Simon Bokongo n’a pas mâché ses mots à l’endroit de ses congénères :
« Je dis seulement à mes congénères hommes, ce n’est pas trop dire : les hommes exagèrent. Une fillette de 11 ans… comment quelqu’un peut-il être capable de l’agresser sexuellement ? Un grand homme, un homme mûr, un responsable… comment peut-il en arriver à abuser de cette pauvre et mignonne enfant ? Ce problème est séculaire ici à Kisangani, dans la Tshopo, et nous devons véritablement nous en charger. »
Une indignation d’autant plus vive que le bourreau court toujours. Selon les premières informations, l’auteur de ce crime odieux a pris la fuite dès le forfait accompli et demeure introuvable à ce jour.
L’ombre du conflit Mbole-Lengola : Quand la crise humanitaire nourrit la prédation
Ce fait divers tragique met en lumière une réalité systémique bien plus sombre. La victime n’est pas seulement une enfant agressée ; c’est une déplacée de guerre, fuyant les violences intercommunautaires qui opposaient les communautés Mbole et Lengola.
Livrés à eux-mêmes, ces milliers d’enfants déplacés arpentent les artères de la ville de Kisangani à la recherche de quoi survivre. En se transformant en vendeurs ambulants ou mendiants pour aider leurs familles en détresse, ils deviennent des cibles faciles, plongeant directement « dans les griffes des rapaces », pour reprendre les termes impitoyables du ministre provincial.
« C’est un problème humanitaire global », interpelle le docteur Bokongo. « Ces enfants qui sont dans la rue aujourd’hui, cela nous va tout droit au cœur. Nous devons en prendre conscience et résoudre leur situation le plus vite possible. »
Lueurs d’espoir et gratitudes
Au milieu de cette noirceur, une note d’espoir réside dans l’évolution clinique de la fillette. Le ministre provincial a saisi cette occasion pour féliciter chaleureusement le personnel soignant de l’Hôpital du Cinquantenaire de Kisangani. Grâce à leur prise en charge médicale et psychologique exemplaire, la santé de l’enfant évolue positivement.
Submergés par l’émotion mais soulagés d’un immense poids, les parents de la fillette ont exprimé leur profonde et sincère gratitude envers le docteur Roger Kamba et l’ensemble des autorités provinciales. Cet acte de solidarité ne réparera pas le traumatisme subi, mais il brise l’isolement d’une famille et rappelle que face à la barbarie, l’État congolais sait encore faire preuve d’humanité. La traque du bourreau, elle, doit continuer sans relâche.
FROK
