La scène commence presque calmement. Dans le Space interactif animé par le journaliste Stanis Bujakera, les intervenants échangent autour de la manifestation du 15 septembre et du projet de changement de la Constitution. Puis la parole est donnée à Mateus Kanga, Président de l’Assemblée provinciale de la Tshopo.
Face à Martin Fayulu, Kanga avance sans précipitation. Sa méthode est simple : une question, puis une deuxième. Mais chacune touche un point sensible du discours de l’opposant.
La première porte sur les « toutes les stratégies » évoquées par Fayulu pour faire échec au projet de changement constitutionnel.
Jusqu’où ces stratégies peuvent-elles aller ? Peut-on y inclure le recours aux armes, notamment dans le contexte du M23 ?
La question est posée sans détour.
Martin Fayulu réagit immédiatement. Il écarte toute possibilité de prendre les armes contre le pays et précise qu’il parle de stratégies démocratiques, conformes à la Constitution. Il assure qu’il ne prendra « jamais » les armes contre la République.
Mais au lieu de s’arrêter à cette clarification, l’échange bifurque rapidement vers un autre terrain : la présidentielle de 2018.
Fayulu revendique une nouvelle fois sa victoire. Kanga lui oppose les résultats officiellement proclamés par la CENI, qui avaient donné Félix-Antoine Tshisekedi vainqueur.
À cet instant, le contraste entre les deux hommes devient plus visible.
Kanga reste sur son fil. Fayulu, lui, hausse progressivement le ton. Les interruptions se multiplient. Les réponses deviennent plus longues et les échanges plus difficiles à contenir pour Stanis Bujakera, qui tente à plusieurs reprises de distribuer la parole.
Puis Mateus Kanga revient à son deuxième sujet : la manifestation du 15 septembre.
Cette fois, sa question est politique : la mobilisation enregistrée lors de cette marche ne traduit-elle pas un désaveu de la ligne défendue par Martin Fayulu et la Coalition Article 64 ?
Une nouvelle fois, Kanga pose la question et attend la réponse.
Fayulu, lui, refuse la prémisse.
Il conteste l’idée d’une faible mobilisation et s’en prend aux images utilisées pour illustrer la manifestation. Pour lui, le problème n’est pas le nombre de personnes présentes, mais le fait que le cortège n’a pas pu atteindre son point de chute.
Fayulu déroule alors son récit des événements. Il accuse la police et des éléments qu’il présente comme appartenant aux Forces du progrès d’avoir empêché le cortège d’avancer. Il parle d’un « guet-apens ».
Sur ce point, les accusations restent celles de Martin Fayulu. Les récits sur les responsabilités dans les violences divergent, et Radio Okapi rapportait que la police indiquait ne pas encore disposer d’un rapport sur les incidents.
Mais dans le Space de Stanis Bujakera, ce ne sont plus seulement les arguments qui s’affrontent : le ton change.
Mateus Kanga conserve un ton posé et revient inlassablement à ses questions. Fayulu, de son côté, réagit de manière de plus en plus vive aux objections de son interlocuteur. Il conteste, interrompt et cherche à déplacer la discussion vers les événements de la veille.
Puis vient la séquence la plus révélatrice de cette montée de tension.
Excédé par les arguments de Kanga, Fayulu finit par s’en prendre à son nom, en faisant référence au vin « Mateus ». Une remarque qui marque le passage d’un débat politique à une confrontation plus personnelle.
Kanga ne quitte pourtant pas son registre. Il proteste, mais maintient son intervention.
Deux questions, une tension qui monte
Au fil de cette confrontation, Mateus Kanga aura donc maintenu la même ligne : questionner, relancer, demander des précisions.
Martin Fayulu, lui, aura dû répondre successivement sur deux terrains particulièrement sensibles : la nature des stratégies qu’il entend employer contre le changement constitutionnel et la portée de la mobilisation du 15 septembre.
Le contraste est saisissant : d’un côté, un Kanga qui conserve son calme et revient à ses questions ; de l’autre, un Fayulu de plus en plus combatif, multipliant les dénégations et les interruptions avant de s’en prendre personnellement à son interlocuteur.
Le Space de Stanis Bujakera, qui devait être un échange interactif autour de l’actualité politique, s’est ainsi transformé en une confrontation tendue.
Et au centre de cette passe d’armes, deux questions de Mateus Kanga ont suffi à faire monter la température : les « toutes les stratégies » de Fayulu excluent-elles définitivement le recours aux armes ? Et que dit réellement la mobilisation du 15 septembre sur la capacité de l’opposition à mobiliser la pompulation ?
Cellule de communication de l’Assemblée provinciale
