La lutte contre la maladie à virus Ebola passe aussi par la bataille contre les rumeurs, les fausses croyances et la défiance envers les équipes de riposte. À Kisangani, des activistes des mouvements citoyens et des acteurs de la société civile ont été sensibilisés jeudi 17 septembre 2026 sur les moyens de renforcer l’adhésion communautaire à la prévention et à la prise en charge précoce de la maladie.

La rencontre s’est tenue à l’Espace culturel américain, situé dans l’enceinte de l’Institut supérieur pédagogique de Kisangani (ISP), dans le cadre d’une campagne de mobilisation communautaire organisée par l’Association pour la Justice, la Démocratie et les Droits Humains, AJDDH.
Au cœur des échanges : les signes et symptômes de la maladie à virus Ebola, ses modes de transmission, la prise en charge précoce, mais également les rumeurs et mythes qui continuent de nourrir la résistance communautaire.
Les participants ont notamment été amenés à distinguer le vrai du faux et à analyser les causes profondes de la défiance d’une partie de la population envers les équipes de riposte. La peur des Centres de traitement Ebola, le recours aux soins à domicile, les réticences liées aux rites funéraires ainsi que la circulation de fausses informations ont constitué quelques-uns des principaux sujets abordés.

Des perceptions qui compliquent la riposte
Pour le docteur Saidon Morisho, médecin au Centre de traitement des épidémies de Kisangani, l’objectif était notamment de permettre aux participants de mieux comprendre la maladie, d’en reconnaître les signes et symptômes, de connaître les principes de sa prise en charge et de maîtriser les moyens de prévention.
Le médecin dit avoir également constaté, au cours des échanges, la persistance de plusieurs perceptions erronées au sein de la communauté.
Selon lui, certains habitants reconnaissent l’existence d’Ebola, mais estiment que la maladie ne sévit pas à Kisangani. D’autres pensent que les chiffres communiqués sont exagérés ou évoquent une prétendue manipulation destinée à obtenir des financements.
Ces perceptions, souligne-t-il, peuvent constituer un obstacle aussi bien à la prévention qu’à la prise en charge des personnes malades.
Le docteur Morisho explique notamment que les différences observées entre les zones touchées ne peuvent pas être interprétées uniquement à partir du nombre de décès enregistrés. Il souligne que la préparation précoce des communautés et des équipes de santé peut contribuer à modifier l’ampleur d’une épidémie.
Il appelle ainsi les leaders communautaires à relayer des informations fiables dans leurs milieux respectifs afin de réduire les équivoques et de favoriser une réaction rapide face aux cas suspects.
Prévenir plutôt que transmettre
À la Tshopo, le médecin évoque 29 cas confirmés, dont 10 décès, selon les chiffres officiels qu’il a communiqués au cours de cette activité. Il estime toutefois que les difficultés d’identification et de notification des cas pourraient limiter la connaissance de l’ampleur réelle de la maladie dans certaines communautés.
Face à cette situation, le premier message adressé à la population reste la reconnaissance de l’existence de la maladie et l’adoption des mesures de protection.
Le docteur Morisho recommande notamment d’éviter les contacts directs avec les personnes présentant des symptômes évocateurs, parmi lesquels la fièvre, les nausées, les vomissements et la diarrhée, particulièrement lorsqu’elle est accompagnée de sang.
Le lavage régulier des mains avec de l’eau et du savon, l’utilisation de solutions hydroalcooliques ou de solutions appropriées à base de chlore figurent également parmi les mesures de prévention rappelées aux participants.
Il ne s’agit pas, précise-t-il, d’empêcher la population de mener ses activités quotidiennes, mais de renforcer les comportements permettant de réduire les risques de transmission.
Une stratégie de médiation locale
La sensibilisation a également porté sur la nécessité de construire un dialogue adapté aux réalités locales.
Les participants ont réfléchi à des stratégies de médiation en cas de négation de la maladie ou de défiance envers la riposte, à la conception de messages de persuasion empathiques pour les familles réticentes aux Centres de traitement Ebola, ainsi qu’à des compromis permettant de respecter les traditions tout en garantissant la sécurité lors des funérailles.
La lutte contre les rumeurs a, elle aussi, occupé une place importante. Les participants ont été appelés à développer des messages de riposte rapide en swahili, en lingala et en français, afin de toucher différentes catégories de la population.

L’AJDDH veut élargir la mobilisation
Pour Jedidia Mabela, directeur exécutif de l’AJDDH, cette causerie communautaire ne constitue qu’une première étape. L’organisation entend étendre cette mobilisation à d’autres couches sociales afin de renforcer l’appropriation communautaire de la lutte contre Ebola.
L’approche consiste notamment à faire des leaders communautaires des relais capables de porter des messages fiables dans les églises, les marchés, les quartiers, les associations et auprès des mouvements de jeunes.
Une charte d’engagement pour les leaders communautaires
Au terme de la séance, les participants ont rendu publique une Charte d’engagement de Kisangani des leaders communautaires pour la lutte contre la maladie à virus Ebola et le brisement de la résistance communautaire.
Dans cette déclaration, les acteurs de la société civile, des mouvements citoyens et associatifs affirment leur volonté de contribuer à la riposte.
Ils s’engagent notamment à reconnaître publiquement l’existence de la maladie, à sensibiliser régulièrement leurs communautés et à combattre les fausses informations et les théories non fondées.
La charte prévoit également la promotion du recours précoce aux soins, la lutte contre la peur des Centres de traitement Ebola, l’encouragement au signalement rapide des cas suspects et la sensibilisation contre la prise en charge des malades suspects à domicile.
Sur le plan culturel, les signataires s’engagent à promouvoir des enterrements sécurisés et dignes, en recherchant un équilibre entre le respect des traditions et les impératifs de protection sanitaire.
Enfin, ils promettent de lutter contre la stigmatisation des survivants d’Ebola, de leurs familles et des prestataires de santé.
À travers cette initiative, l’AJDDH et les acteurs communautaires entendent ainsi placer la confiance, l’information fiable et le dialogue avec les populations au cœur de la riposte contre Ebola à Kisangani et dans la Tshopo.
FROK
