Éducation : Exigence du graduat au primaire, la réaction sans langue de bois du pédagogue Paul Vitamara à la mesure ministérielle

Redaction
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KisanganiLa réforme annoncée dans le secteur de l’éducation nationale suscite déjà des réactions dans le milieu scientifique et pédagogique. Dans un communiqué officiel daté du 20 mai 2026, le ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté annonce qu’à partir de la rentrée scolaire 2026-2027, toute personne désireuse d’exercer la profession d’enseignant dans une école primaire, publique ou privée, devra être titulaire au minimum d’un diplôme de Graduat, soit Bac+3, en sciences de l’éducation, en pédagogie ou dans une discipline équivalente reconnue par l’État.

La même exigence académique s’appliquera aux directeurs et directrices des écoles primaires, qui devront en outre disposer d’une formation en gestion scolaire. Une mesure présentée comme un levier destiné à améliorer la qualité et l’efficacité de l’enseignement, tout en contribuant à la revalorisation du métier d’enseignant.

Cette orientation est favorablement accueillie dans le monde universitaire. Le professeur ordinaire Paul VITAMARA MASIMANGO, pédagogue, enseignant-chercheur en sciences de l’éducation, ancien doyen de la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’Université de Kisangani et directeur général honoraire de l’Institut supérieur pédagogique (ISP) de Kisangani, estime qu’il s’agit d’une réforme qui s’attaque à l’un des maillons essentiels du système éducatif : l’enseignant.

Pour lui, la réforme des programmes, la construction et l’équipement des écoles ou encore l’amélioration des conditions salariales ne suffiront pas si le personnel enseignant ne dispose pas d’un niveau de compétence suffisamment élevé.

« On peut procéder à la réforme des programmes, on peut construire les écoles, on peut équiper les écoles, on peut augmenter les salaires, mais si l’enseignant n’a pas un niveau de compétence élevé, nous n’allons pas améliorer la qualité de l’enseignement », souligne-t-il.

Le professeur Vitamara Masimango considère également que la revalorisation du métier d’enseignant passe nécessairement par une amélioration de la formation initiale. Il salue, dans la même logique, l’extension de cette exigence aux chefs d’établissement.

À ses yeux, un directeur d’école doit maîtriser l’administration scolaire, la planification et la gestion du système éducatif. La réforme pourrait ainsi contribuer à placer des professionnels suffisamment formés à la tête des établissements scolaires.

Une réforme jugée trop brutale

Si le principe de la réforme est approuvé, c’est surtout son calendrier d’application qui préoccupe le professeur Masimango. Il estime qu’une réforme éducative d’une telle ampleur doit être progressive et accompagnée de mesures transitoires.

Selon lui, imposer le Bac+3 dès la rentrée 2026-2027 risque de créer une importante pénurie d’enseignants, compte tenu du nombre élevé d’enseignants actuellement détenteurs d’un niveau D6 ou équivalent.

Le professeur évoque un corps enseignant primaire estimé à plus de 600 000 personnes, dont une très grande majorité ne dispose pas encore du niveau académique désormais exigé. Dans le même temps, constate-t-il, les jeunes sont de moins en moins nombreux à s’orienter vers les métiers de l’enseignement, comme le démontrerait la faiblesse des effectifs dans les Instituts supérieurs pédagogiques et les facultés des sciences de l’éducation.

« Pourquoi ne pas y aller progressivement en donnant un délai d’au moins trois ans permettant ainsi à ces enseignants D6 ou Bac de poursuivre leurs études dans les ISP et facultés des sciences de l’éducation ? », s’interroge-t-il.

Un délai plus long pour les chefs d’établissement

La même prudence devrait, selon lui, être appliquée aux directeurs et directrices d’écoles primaires. Le professeur propose un délai d’au moins cinq ans afin de permettre aux responsables actuellement en fonction de compléter leur formation.

Il rappelle que les universités disposent notamment de filières consacrées à la planification et à la gestion du système éducatif, tandis que les ISP organisent des formations en gestion et administration des institutions scolaires et de formation.

« Si on décide aujourd’hui de remplacer tous ces gens, qui va gérer les établissements scolaires ? Il faut y aller progressivement », insiste-t-il.

La question des inspecteurs

Autre interrogation soulevée par le professeur VITAMARA : le niveau de formation des inspecteurs appelés à contrôler et à encadrer les enseignants désormais recrutés au niveau Bac+3.

Il relève que nombre d’inspecteurs du primaire sont actuellement issus du niveau secondaire. Dès lors, il estime nécessaire d’étendre la réforme au corps d’inspection et de prévoir, là aussi, une période transitoire permettant aux inspecteurs de renforcer leurs compétences dans les filières spécialisées en inspection scolaire.

Pour cet universitaire, l’ensemble de la chaîne éducative — enseignants, chefs d’établissement et inspecteurs — doit évoluer de manière cohérente.

En définitive, le professeur ordinaire Paul Vitamara Masimango considère la réforme comme une « très bonne réforme », susceptible de contribuer durablement à l’amélioration de la qualité du système éducatif congolais. Il recommande toutefois au ministère de privilégier une mise en œuvre progressive, accompagnée d’un dispositif de formation et de transition, afin d’éviter que la recherche de la qualité ne provoque de nouvelles difficultés dans le fonctionnement des écoles.

FROK