Il est des vérités inconfortables que le développement ne peut plus se permettre d’ignorer. Lorsque de grands chantiers s’ouvrent, amenant leur lot de capitaux et de main-d’œuvre, une menace sourde plane trop souvent sur les plus vulnérables : la hausse des violences basées sur le genre, des abus et du harcèlement sexuel. C’est pour briser cet engrenage dévastateur qu’acteurs étatiques, experts et de la société civile se sont réunis ce vendredi 14 août 2026 dans la salle de conférence de l’hôtel Joli Rêve de Kisangani.
L’enjeu ? Le lancement officiel d’un projet ambitieux de deux ans (juin 2026 – mai 2028), conçu pour faire de la prévention et de la prise en charge un rempart inébranlable dans les provinces de la Tshopo et de l’Ituri.
Des chantiers de santé aux zones frontalières : l’urgence de protéger
Le constat de départ est lucide, presque clinique. Le Gouvernement de la RDC a obtenu un important financement de l’Association Internationale de Développement (AID) – filiale de la Banque Mondiale – pour renforcer son système de santé, sous la coordination de l’Unité de Gestion du Programme de Développement du Système de Santé (UG-PDSS). Mais sur le terrain, l’injection massive de ressources et les travaux de réhabilitation s’accompagnent de risques majeurs d’Exploitation et Abus Sexuels (EAS) et de Harcèlement Sexuel (HS).
Dans des zones déjà meurtries par les conflits et les déplacements, femmes et jeunes filles paient le plus lourd tribut. À cela s’ajoute la vulnérabilité accrue des commerçantes transfrontalières, pour qui le simple renforcement des contrôles sanitaires aux frontières peut se transformer en piège sans mécanisme rigoureux de protection.
« On ne peut bâtir un système de santé efficace sur les ruines de la dignité humaine. Ce projet répond à une nécessité absolue : protéger nos communautés là où les risques sont les plus sombres. »
— Jérôme Otshinga Kyoso, Chef de mission.
Une coalition de terrain pour un défi colossal
Pour orchestrer ce combat, un consortium chevronné de trois ONG a été mandaté :
- Le CENEAS (Centre d’études et d’action sociales),
- Le PADC (Programme d’appui au développement communautaire),
- L’APDEF (Association pour la promotion des droits des enfants et la protection des femmes vulnérables).
Devant une vingtaine de participants triés sur le volet — autorités administratives, sanitaires et leaders communautaires —, l’atelier de ce vendredi visait un objectif clair : mobiliser, clarifier et responsabiliser. Il ne s’agit plus seulement de dénoncer, mais de mettre en place des mécanismes opérationnels de prévention, de signalement et de prise en charge globale des survivantes et survivants.
Une prise de conscience au plus haut sommet provincial
Présent pour ouvrir officiellement les travaux, le Ministre provincial de la Santé de la Tshopo, le Docteur Simon Bokongo Kawaya, n’a pas usé de langue de bois. Mettant en garde contre le fléau des violences sexuelles qui gangrène la région, il a salué une initiative qui remet l’éthique au cœur de l’action publique.
Un tournant décisif pour la Tshopo et l’Ituri
Au-delà des discours, cet atelier de Kisangani pose les jalons d’un contrat social renouvelé. En conditionnant le développement des infrastructures sanitaires à des standards stricts de protection humaine, le consortium CENEAS-PADC-APDEF et l’UG-PDSS envoient un signal fort : aucune avancée économique ou sanitaire ne se fera au détriment des droits fondamentaux des femmes et des enfants. Les deux prochaines années seront déterminantes pour transformer cette feuille de route en une réalité protectrice sur le terrain.
Frok
