À Kisangani, le thermomètre médical s’emballe, mais la réponse sur le terrain exige un sang-froid absolu. Alors que l’épidémie de maladie à virus Ebola continue d’éprouver le chef-lieu de la Tshopo et l’est de la République démocratique du Congo, les acteurs du secours d’urgence tirent la sonnette d’alarme sur des périls tout aussi dévastateurs que le virus lui-même.
Dans une tribune poignante transmise ce vendredi à dépêchesdelatshopo.com, le Dr Omba Longongo Gilbert, médecin épidémiologiste engagé aux côtés de Médecins Sans Frontières (MSF), offre une analyse sans concession de la crise sanitaire actuelle. Pour ce praticien chevronné du front épidémique, la bataille ne se joue pas uniquement au chevet des malades, mais sur trois froids distincts et interdépendants.
La triple menace : Biologique, numérique et psychologique
L’expérience des précédentes flambées épidémiques en RDC l’a démontré : stopper un virus exige bien plus que des combinaisons de protection et des molécules antivirales. Le Dr Omba Longongo identifie trois fronts critiques auxquels les provinces de la Tshopo, du Haut-Uele, du Bas-Uele, de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu doivent immédiatement faire face :
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- L’épidémie médicale d’Ebola : Le défi clinique et communautaire pur, centré sur l’isolement des cas, la prise en charge médicale, le suivi des contacts et le respect des mesures d’hygiène.
- L’épidémie de désinformation : Une contagion virale d’un autre type, véhiculée par les réseaux sociaux et la rumeur publique, qui altère la perception du risque et sabote les efforts de santé publique.
- L’épidémie de peur : Le corollaire de l’incertitude, qui engendre le déni, la stigmatisation des guéris ou des familles touchées, et pousse les malades à fuir les centres de traitement, freinant ainsi le recours précoce aux soins.
« Combattons Ebola, mais combattons aussi la désinformation et la peur. » — Dr Omba Longongo Gilbert
Le rôle crucial des médias et la riposte communautaire
Face à cette analyse clinique de la situation sociale, le médecin de MSF lance un appel direct aux professionnels de la presse et aux communicateurs. Dans un contexte où la panique peut paralyser les interventions humanitaires, la responsabilité journalistique devient un acte médical indirect. Diffuser une information scientifique, vérifiée et dépouillée de tout sensationnalisme constitue le premier geste barrière contre la propagation de l’épidémie.
La feuille de route tracée par les équipes de terrain repose sur une alliance à quatre piliers :
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- Une population éclairée : Actrice de sa propre protection grâce au respect des consignes sanitaires.
- Des médias responsables : Vecteurs d’informations factuelles et d’éducation à la santé.
- Des soignants engagés : Déployés au plus près des foyers d’infection pour briser les chaînes de transmission.
- Une solidarité communautaire : Rejetant la stigmatisation pour privilégier l’accompagnement des malades.
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À Kisangani comme dans l’ensemble de la cuvette centrale et du grand Kivu, l’histoire des épidémies nous enseigne que la victoire médicale est impossible sans la confiance des communautés. L’avertissement du Dr Omba Longongo rappelle une vérité fondamentale du terrain : si le vaccin et les soins sauvent le corps, seule la vérité protège le tissu social.
