Décédée dans la nuit du 1er septembre 2026, Élisabeth Isikisiki Beagaba, cheffe de la Division provinciale du Genre, Famille et Enfants dans la Tshopo, a été conduite à sa dernière demeure ce samedi 12 septembre. Avant l’inhumation, des hommages dignes de son rang lui ont été rendus à la Place des Martyrs de Kisangani, en présence de plusieurs personnalités, collègues, proches et acteurs de la promotion des droits des femmes et des enfants.
Prenant la parole au nom des activistes des droits des femmes de la province de la Tshopo, la coordonnatrice provinciale de la Commission nationale des droits de l’homme, Claudine Bela, a salué la mémoire d’une femme dont l’engagement aura profondément marqué la lutte pour les droits des femmes et des enfants en République démocratique du Congo.
Pour les défenseurs des droits des femmes, la disparition d’Élisabeth Isikisiki Beagaba laisse un vide difficile à combler. Celle qui était affectueusement appelée « Maman Condifa » ou encore « Bi Élisabeth » est présentée comme une véritable icône de la cause féminine dans l’espace de l’ancienne Province Orientale et au-delà.
Infatigable, elle n’hésitait pas à parcourir de longues distances pour porter la voix des femmes et des enfants. Avion, véhicule, pirogue, moto ou routes difficilement praticables : aucun moyen de déplacement ne semblait pouvoir freiner son engagement.
Au fil des années, Élisabeth Isikisiki Beagaba a participé à de nombreux forums et rencontres consacrés aux droits des femmes et des enfants dans plusieurs villes de la République démocratique du Congo. Sa présence était également remarquée dans les espaces de réflexion consacrés à la représentation des femmes dans les institutions provinciales et nationales.
Femme de conviction, courageuse et déterminée, elle était connue pour ses prises de position parfois tranchantes dans les débats. Elle défendait ses idées avec assurance, y compris lorsqu’elle se retrouvait en minorité. Son engagement portait notamment sur la reconnaissance, la protection, la promotion et la jouissance effective des droits des femmes et des enfants.
La mise en œuvre de la loi sur la parité ainsi que la promotion de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies figuraient parmi les combats auxquels elle accordait une attention particulière, dans un contexte où les femmes congolaises sont appelées à jouer un rôle accru dans la consolidation de la paix, la prévention des conflits et la reconstruction de l’État de droit.
À Kisangani, sa disparition est ainsi perçue comme celle d’une véritable mémoire vivante de la lutte féminine. « Une bibliothèque vient de se consumer », ont regretté les acteurs de la société civile qui saluent son apport à l’émergence des droits des femmes et des enfants.
Au-delà de son engagement dans la défense des droits humains, les témoignages rendus à sa mémoire soulignent également son sens du devoir dans la gestion du patrimoine immobilier de l’État congolais. Elle est notamment citée parmi les fonctionnaires ayant veillé à la préservation et à l’entretien de la résidence officielle qui lui était confiée à Kisangani.
Face à cette disparition, les activistes des droits des femmes par la voix de Claudine BELA plaident désormais pour la reconnaissance officielle de son œuvre. Ils souhaitent que le gouvernement de la République lui décerne une distinction honorifique à titre posthume et que la province de la Tshopo reconnaisse officiellement les services qu’elle a rendus à la nation.
Autre proposition : la construction à Kisangani d’une « Maison de la Femme » qui porterait le nom d’Élisabeth Isikisiki Beagaba, afin de perpétuer son combat et de transmettre son héritage aux générations futures.
Son départ laisse donc une question en suspens : qui portera désormais avec la même détermination les combats qu’elle défendait pour la femme et l’enfant ?
Pour ses compagnons de lutte, la réponse se trouve dans la continuité de son œuvre : poursuivre le combat contre les violences basées sur le genre, promouvoir la participation des femmes à la gestion de la chose publique et œuvrer pour l’effectivité de leurs droits.
Élisabeth Isikisiki Beagaba s’en est allée. Mais, dans la mémoire de celles et ceux qu’elle a accompagnés, son combat demeure.
Merci Maman Élisabeth. Merci pour votre engagement, votre accompagnement, votre mentorat et votre contribution à l’émergence des droits de la femme et de l’enfant en République démocratique du Congo.
FROK
