Riposte contre Ebola dans la Tshopo : Des médecins dénoncent de graves failles et posent 9 exigences

Redaction
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KISANGANI, 27 SEPTEMBRE 2026 –Le vernis de la collaboration se fissure. Réunis ce samedi 26 septembre 2026, les syndicats des médecins de la Tshopo – le SYNAMED et le SYMECO – sont sortis de leur réserve avec un communiqué au ton exceptionnellement dur, adressé aux autorités sanitaires provinciales.

En cause : la gestion jugée chaotique de la riposte contre la Maladie à Virus Ebola (MVE) qui sévit dans la province, et surtout, la mort d’un des leurs.

Un confrère mort, deux autres contaminés

Le Dr Kingombe Victor n’est plus. Le médecin est décédé après avoir contracté le virus Ebola dans l’exercice de ses fonctions. Deux autres médecins, les Drs Ebenga Célestin et Nongo Sylvain, sont également contaminés. Pour les syndicats, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

Dans leur communiqué dont Dépêches de la Tshopo a obtenu copie, les Bureaux exécutifs provinciaux dénoncent une série de défaillances majeures sur le terrain :

> Le non-alignement de certaines structures sanitaires privées qui séquestrent des cas suspects et refusent de collaborer avec la riposte, l’absence de gels hydroalcooliques, le manque criant de gants et d’équipements de protection individuelle (EPI), la lenteur de la prise en charge dans les centres de prophylaxie et le nombre insuffisant de médecins formés et affectés dans les CTE.

Autant de manquements qui, selon eux, ont conduit directement à la contamination de leurs confrères.

Neuf exigences, dont une enquête et des fermetures

Face à ce qu’ils qualifient d’intolérable, le SYNAMED et le SYMECO ne se contentent plus de recommandations. Ils exigent.

Neuf revendications précises sont sur la table :

1. La vérité sur la mort du Dr Kingombe. Les syndicats exigent une enquête approfondie, indépendante et documentée. Il s’agit de faire la lumière sur les circonstances de la contamination des trois médecins, les conditions de leur prise en charge avant leur transfert au CTE, et les raisons du retard d’évacuation. Ils demandent également des comptes sur l’accompagnement réservé à la famille du Dr Kingombe et sur la réintégration des médecins guéris.

2. Fermer les foyers de contamination. Ils demandent la fermeture pure et simple des structures sanitaires identifiées comme épicentres de l’épidémie pour permettre une décontamination complète.

3 à 9. Sécuriser et renforcer. Les autres exigences portent sur la formation du personnel, la supervision des sites, l’intensification de la sensibilisation communautaire, l’intégration des syndicats dans les réunions de coordination, l’approvisionnement d’urgence en EPI, l’augmentation des effectifs médicaux spécialisés dans les CTE et la multiplication des centres de prophylaxie.

La menace ultime : la suspension des soins

Et c’est là que le communiqué change de dimension. Dans un style syndical classique mais ferme, les deux syndicats préviennent :

> « En cas de réponse manifestement insuffisante, ou de non-respect persistant de ces exigences, ils se réservent le droit d’adopter des mesures syndicales nécessaires (…) Ces mesures pourront inclure, en dernier recours (…) la suspension des prestations médicales non urgentes. »

Dans une province déjà sous pression sanitaire, une telle mesure serait un séisme.

En attendant, par solidarité, les médecins issus de l’Université de Kisangani lancent une cotisation pour organiser un hommage au Dr Kingombe Victor et soutenir sa veuve et son enfant orphelin.

Les autorités sanitaires sont désormais sous pression. La balle est dans leur camp. La riposte contre Ebola ne pourra se faire sans ceux qui sont en première ligne.

Par la Rédaction de Dépêches de la Tshopo