À Kisangani, la préparation du Malemba, cette pâte blanche et légère à base de manioc cuit, connaît une petite révolution. Jadis indispensable pour râper les cossettes de manioc, le « Linango », un outil traditionnel en forme de scie, a progressivement disparu des usages. Les femmes lui préfèrent désormais des boîtes métalliques trouées, récupérées après avoir contenu des sardines à l’huile ou des tomates. Une méthode jugée plus rapide et moins fatigante.

À la source située en face du complexe Elungu, non loin du cimetière de la Makiso, quelques femmes s’affairent autour de leurs bassins. Les cossettes de manioc cuit sont soigneusement râpées avant leur transformation en Malemba, également appelé Masele.
Entre leurs mains, point de Linango. L’ancien instrument, autrefois utilisé pour cette opération, a été remplacé par de simples boîtes métalliques perforées.
« Avec le Linango, nous passions toute la nuit à râper les cossettes de manioc. Avec les boîtes de sardines, nous terminons le travail en quelques heures », explique l’une des femmes rencontrées sur place.
Du Linango aux boîtes de récupération
Le Linango faisait autrefois partie des outils utilisés par les femmes dans la préparation du Malemba. Sa forme, proche de celle d’une petite scie, permettait de réduire les cossettes de manioc cuit en une matière destinée à la préparation de la pâte.
Mais avec le temps, son usage s’est raréfié.
Les boîtes métalliques, une fois vidées de leur contenu, sont récupérées puis perforées. Elles servent alors de râpes improvisées. Pour les femmes qui pratiquent cette activité, cette technique présente surtout un avantage : le gain de temps.
Auparavant, expliquent-elles, elles râpaient le manioc pendant de longues heures, parfois toute une nuit, avant de transporter la farine ainsi obtenue pour préparer le Malemba.
Aujourd’hui, le procédé est différent. Elles transportent directement les cossettes de manioc cuit jusqu’à la source. Le râpage se fait sur place, quelques heures seulement avant la préparation de la pâte.
« Nous amenons maintenant les cossettes cuites et nous les râpons ici. Cela nous permet de gagner du temps et de réduire la fatigue », témoigne une autre préparatrice.
Une méthode qui ne changerait pas la qualité du Malemba
L’utilisation des boîtes de sardines ou de tomates suscite toutefois des interrogations chez certains consommateurs. Cette méthode artisanale pourrait-elle avoir une incidence sur la qualité du Malemba ?
Les femmes rencontrées à la source rejettent cette crainte.
Pour elles, la qualité de la pâte ne dépend pas de l’outil utilisé pour râper le manioc, mais avant tout de la qualité de la matière première.
« La qualité du Malemba dépend de la qualité du manioc », soutiennent-elles.
Une affirmation qui traduit aussi leur expérience quotidienne dans la préparation de cet aliment traditionnel.
Du manioc cuit au Malemba
La préparation du Malemba commence bien avant son arrivée à la source.
Les cossettes de manioc sont d’abord préparées avec leurs épluchures. Elles sont ensuite enroulées dans des lianes afin de maintenir les épluchures autour des morceaux pendant la cuisson.
Une fois la cuisson terminée, les épluchures sont retirées et jetées.
Vient ensuite l’étape du râpage. C’est à ce moment que le Linango était autrefois utilisé. Aujourd’hui, les boîtes métalliques perforées ont pris le relais.
Après le râpage, la préparation proprement dite se poursuit à la source. La matière obtenue est placée dans une vanne ou dans un petit bassin installé sous l’eau courante.
L’eau qui coule sur la matière joue alors un rôle essentiel dans la cuisson et la transformation du produit pour obtenir cette pâte blanche et légère appelée Malemba ou Masele.
Le « Kpeku », un sous-produit apprécié
Le râpage ne laisse pas uniquement de la matière destinée au Malemba. De petits morceaux de manioc qui échappent à l’opération sont récupérés et conservés dans l’eau.
Ces petits morceaux, particulièrement tendres, sont connus sous le nom de Kpeku. Ils constituent également une particularité de cette préparation traditionnelle.
Un aliment ancré dans les habitudes alimentaires
D’une texture douce et légère, le Malemba se consomme notamment avec des légumes ou de la viande. Il est également vendu sur les marchés, généralement emballé dans des feuilles.

Au-delà de sa dimension alimentaire, cette pâte blanche constitue un élément important du patrimoine culinaire de certaines communautés de la République démocratique du Congo.
Le Malemba, une source des revenus pour les femmes qui le fabriquent est notamment considéré comme aliment de base des Bango en Territoire de Basoko ( Province de laTshopo), des Mbudja en territoire de Bumba ( Province de la Mongala) voire les Mbiza en territoire d’Aketi ( province du Bas-Uélé)
La disparition progressive du Linango au profit des boîtes métalliques illustre ainsi une évolution des pratiques autour de cet aliment traditionnel : les ingrédients et les gestes essentiels restent les mêmes, mais les outils s’adaptent aux réalités quotidiennes des femmes qui assurent sa préparation.
LK/ Dépêches de la Tshopo
