Disparition de Losembe Batwanyele : Thomas Luhaka revient sur son face-à-face avec Mobutu

Redaction
31 Views

L’espace de la Grande Orientale, et particulièrement la province de la Tshopo, est en deuil. Mario-Philippe Cardoso Losembe Batwanyele, figure politique et diplomatique congolaise originaire de Kisangani, est décédé ce mardi 22 septembre 2026, à quelques jours de son 93ᵉ anniversaire.
Ancien ministre de l’Éducation nationale puis des Affaires étrangères, il a également occupé de hautes fonctions diplomatiques et parlementaires. Les archives historiques et judiciaires suisses confirment notamment son passage au ministère de l’Éducation en 1969, puis aux Affaires étrangères à partir de décembre 1970. 
À l’annonce de sa disparition, les témoignages se multiplient. Parmi eux, celui de Thomas Luhaka Losendjola, ancien président de l’Assemblée nationale, ancien vice-Premier ministre et ancien député national, qui rend hommage à celui qu’il présente comme « un homme d’État ».
Le face-à-face avec Mobutu
Dans son témoignage, Thomas Luhaka revient sur un épisode particulièrement marquant de la trajectoire politique de Losembe : son affrontement avec le président Mobutu Sese Seko au début des années 1970.
Selon le récit de Luhaka, en 1973, devant une foule réunie au stade du 20 Mai à Kinshasa, Mobutu aurait publiquement pris à partie son ancien ministre des Affaires étrangères, allant jusqu’à proférer des malédictions à son encontre.
Derrière cet épisode se trouvait, selon ce témoignage, une divergence profonde sur la politique étrangère du Zaïre, notamment sur l’attitude de Kinshasa face à la guerre en Angola.
Nommé ministre des Affaires étrangères en 1970, Losembe aurait mis en garde Mobutu contre les conséquences à long terme du soutien aux mouvements armés angolais. Les sources historiques disponibles confirment qu’il quitte le Zaïre en juillet 1972 et gagne la Suisse.
L’épisode suisse
L’affaire prend ensuite une tournure judiciaire. Les autorités zaïroises demandent son extradition depuis la Suisse. Dans son arrêt du 11 juillet 1973, le Tribunal fédéral suisse refuse de donner suite à l’extradition dans les conditions présentées, notamment au regard du risque lié aux considérations politiques.
Cette décision constitue un tournant dans le bras de fer à distance entre Kinshasa et l’ancien ministre.
D’après le récit de Thomas Luhaka, les deux camps finiront par privilégier la négociation. Losembe accepte de rentrer au pays et de se tenir à l’écart de la politique, tandis que Mobutu s’engage à l’amnistier et à permettre la restitution de ses biens.
Le parcours documenté de Losembe fait effectivement état de son retour et de son amnistie en 1974.
Se taire plutôt que se venger
C’est précisément cette période que Thomas Luhaka retient pour illustrer la conception que Losembe se faisait du service de l’État.
Dans son témoignage, il affirme que pendant de nombreuses années, l’ancien ministre s’est abstenu de déclarations ou d’activités politiques, conformément à l’accord qui aurait permis son retour au pays.
Pour Luhaka, l’une des principales leçons laissées par Losembe est de ne jamais confondre l’intérêt personnel avec celui de la nation. Il rapporte notamment cette règle de conduite : ne pas se réjouir du malheur d’un adversaire politique lorsque celui-ci risque d’avoir des conséquences négatives pour le pays.
Autre enseignement attribué à l’ancien ministre : ne pas dénigrer un pouvoir passé pour plaire au pouvoir présent, se méfier de la flatterie et privilégier la franchise ainsi que la courtoisie dans les rapports avec les dirigeants.
Une mémoire politique qui traverse les générations
Né à Stanleyville, l’actuelle Kisangani, le 29 septembre 1933, Mario-Philippe Losembe Batwanyele a traversé plusieurs séquences majeures de l’histoire politique congolaise. Les archives le présentent notamment comme ancien diplomate, ministre de l’Éducation nationale, ministre des Affaires étrangères et parlementaire.
Jurisprudence fédérale +1
Son parcours illustre ainsi une génération d’hommes politiques ayant exercé des responsabilités depuis les premières années de l’indépendance jusqu’à la période contemporaine.
Pour la Tshopo, sa disparition dépasse donc le cadre d’un simple décès politique. Elle marque la perte d’une personnalité dont le parcours est intimement lié à l’histoire diplomatique et institutionnelle du Congo.
En refermant son hommage, Thomas Luhaka Losendjola salue la mémoire de celui dont il dit avoir reçu plusieurs leçons sur l’exercice du pouvoir et le service de la nation :
Mario-Philippe Cardoso Losembe Batwanyele nous a quitté ce 22 septembre 2026, à une semaine de son 93ᵉ anniversaire. Merci pour tout et que ton âme repose en paix ! »