Le cycle macabre des naufrages qui endeuille les eaux congolaises ne laisse plus indifférents les défenseurs des droits humains. Dans une correspondance adressée au Vice-Premier Ministre et Ministre des Transports, Jean-Pierre Bemba Gombo, l’ONG Action pour la Justice, le Développement et les Droits Humains (AJDDH) lance un cri d’alarme et appelle à des mesures urgentes pour enrayer une spirale meurtrière devenue insoutenable.
Depuis janvier 2025, la République Démocratique du Congo a enregistré plus de 700 morts sur ses lacs, rivières et fleuves. La province de l’Équateur, véritable épicentre de ces drames, vit au rythme des bilans funèbres. Le dernier en date, survenu dans la nuit du 10 au 11 septembre à Basankusu, a marqué les esprits : une embarcation motorisée, surchargée, a chaviré sur les rivières Ndolo et Maringa, coûtant la vie à 86 passagers, en majorité des élèves, tandis que seuls huit rescapés ont pu être sauvés grâce à l’intervention héroïque des riverains.
Cette tragédie vient s’ajouter à une série noire :
- 11 mars – Rivière Kwa (Mai-Ndombe) : plus de 10 morts et 150 rescapés ;
- 18 avril – Fleuve Congo (Équateur) : incendie à bord, 143 victimes confirmées ;
- 11 juin – Lac Tumba : 48 morts et plus de 100 disparus ;
- 12 juin – Équateur : chavirement, plus de 30 morts, dont de nombreux étudiants ;
- Fin juin – Équateur : une baleinière surchargée entraîne une centaine de disparus ;
- 19 juillet – Lac Kivu : 8 morts recensés.
Des causes connues, mais négligées
L’AJDDH dénonce la répétition des mêmes facteurs aggravants : navigation nocturne en violation de la loi, surchargement chronique des embarcations de fortune, absence de contrôle rigoureux des services de navigation et vulnérabilité face aux conditions météorologiques changeantes.
« Il est temps que ces naufrages cessent d’être considérés comme une fatalité. Chaque vie compte », plaide l’ONG.
Un appel à la responsabilité de l’État
L’organisation exhorte le gouvernement à appliquer immédiatement et sans complaisance l’interdiction de la navigation nocturne, mais aussi à engager, à moyen et long terme, une véritable politique fluviale et lacustre. Celle-ci devrait inclure la modernisation des embarcations, le renforcement des contrôles de sécurité, la formation des navigateurs et la mise en place d’une stratégie nationale de prévention des accidents.
Pour l’AJDDH, il y va non seulement de la sécurité des passagers, mais aussi du respect fondamental du droit à la vie, trop souvent sacrifié sur l’autel de l’improvisation et de l’indifférence.
« Chaque drame évitable doit l’être », conclut le coordonnateur provincial, Jean-Jacques Issongo, en appelant Jean-Pierre Bemba à poser des actes concrets pour que les eaux congolaises cessent d’être des cimetières flottants.
