Kisangani — Les accusations de détournement présumé des fonds destinés à la réhabilitation des routes nationales RN3 et RN7 alimentent depuis plusieurs jours le débat politique dans la province de la Tshopo. Tantôt mises en cause directement, tantôt attribuées au gouvernement provincial, ces accusations ont suscité de nombreuses interrogations au sein de l’opinion.
Face à cette situation, le porte-parole du gouverneur de la Tshopo, Maître Michel Lumumba Byambe Lungange, a tenu à apporter des précisions. Il répond notamment aux questions relatives à la réception des fonds, à l’intervention des provinces du Maniema et du Nord-Kivu ainsi qu’au niveau d’avancement des travaux sur les axes Kisangani–Ubundu et Kisangani–Opala–Otala.
La Tshopo reste maître d’ouvrage
Sur la route Kisangani–Ubundu, le porte-parole du gouverneur se veut catégorique : la coopération avec les provinces voisines ne remet pas en cause la paternité juridique du projet.
Selon Maître Michel Lumumba, le contrat relatif aux travaux a été négocié et signé par la province de la Tshopo, représentée par le gouverneur Paulin Lendongolia Lebabonga, depuis le 19 septembre 2024.
« La coopération n’enlève pas la paternité juridique d’un projet », a-t-il expliqué, précisant que la Tshopo demeure le maître d’ouvrage de cette infrastructure.
Le financement des travaux, insiste-t-il, relève du gouvernement central. Après les démarches entreprises par l’exécutif provincial, un premier décaissement correspondant à 30 % du montant du contrat avait permis à l’entreprise de démarrer les travaux.
Mais cette première tranche n’aurait pas suffi à assurer la poursuite normale du chantier. L’entreprise, confrontée à l’insuffisance des moyens disponibles, aurait progressivement éprouvé des difficultés à maintenir le rythme des travaux.
Le financement complémentaire toujours attendu
Le porte-parole du gouverneur affirme que la suite du financement du gouvernement central n’avait pas encore été transférée au moment de son intervention.
Selon lui, les démarches ont été relancées après le retour du gouverneur Paulin Lendongolia aux affaires, notamment pour permettre le décaissement de la deuxième partie des fonds.
« Jusqu’au jour où nous donnons ce point de presse, la suite du financement du gouvernement central n’est pas encore arrivée », a-t-il déclaré.
La procédure, explique-t-il, doit encore parvenir à son terme avant que la Banque centrale puisse effectuer le transfert des fonds via la banque de gestion de l’entreprise contractante.
Cette précision est importante dans le contexte des accusations de détournement. Pour l’exécutif provincial, les fonds destinés au financement du contrat ne sont donc pas des ressources mises directement à la disposition du gouverneur pour l’exécution des travaux, mais des financements liés au contrat conclu avec l’entreprise.
Pourquoi le Maniema intervient-il ?
L’implication du Maniema dans la réhabilitation de l’axe Kisangani–Ubundu constitue l’un des principaux points de controverse.
Maître Michel Lumumba rappelle que la coopération interprovinciale est prévue par la Constitution et par la législation congolaise relative à la libre administration des provinces.
Il présente l’initiative comme s’inscrivant dans une politique plus large de coopération portée par le gouverneur Paulin Lendongolia. Il cite notamment le cadre de coopération entre les provinces issues du démembrement de l’ancienne Province-Orientale.
Selon ses explications, le gouverneur du Maniema avait adressé, en février 2025, une lettre d’intention à son homologue de la Tshopo afin de proposer une coopération autour de cette route.
L’objectif était notamment de répondre aux difficultés d’approvisionnement du Maniema, particulièrement dépendant de Kisangani pour certains produits et matériaux.
À Kindu, explique le porte-parole, le prix du carburant, du ciment et des barres de fer serait le triple de Kisangani. La réhabilitation de la route Kisangani–Ubundu représente donc un enjeu économique majeur pour le Maniema.
Pas de financement direct des travaux par le Maniema
Maître Michel Lumumba apporte toutefois une nuance importante : le protocole d’accord conclu entre les deux provinces ne prévoit pas que le Maniema finance directement les travaux de réhabilitation de la RN3.
« Les travaux de la route sont financés par le gouvernement de la République », insiste-t-il.
L’intervention du Maniema et du Nord-Kivu relève plutôt d’un appui logistique, principalement sous forme de carburant destiné à permettre à l’entreprise de poursuivre ses activités en attendant le déblocage des fonds du gouvernement central.
Le porte-parole réfute ainsi les informations selon lesquelles des sommes d’argent auraient été remises directement au gouverneur Paulin Lendongolia ou au gouvernement provincial de la Tshopo.
« Il n’y a pas et il n’y en aura pas l’argent en espèces qu’on a donné à Paulin Lendongolia ou au gouvernement provincial de la Tshopo pour faire évoluer les travaux », affirme-t-il.
Des contributions appelées à être remboursées
Concernant les fûts de carburant annoncés comme contributions du Maniema et du Nord-Kivu, le porte-parole évoque un mécanisme d’avance dans le cadre de la coopération interprovinciale.
Les provinces sœurs auraient accepté de mettre du carburant à la disposition de l’entreprise en attendant le décaissement du financement principal.
Une fois les fonds du gouvernement central disponibles, la province de la Tshopo devrait se porter garante du processus permettant d’évaluer les quantités de carburant effectivement fournies et d’assurer leur remboursement.
Deux mécanismes seraient envisageables : le remboursement financier ou, selon les modalités convenues, un mécanisme lié au péage et aux avantages accordés aux biens provenant des provinces ayant contribué à l’effort.
Le porte-parole prévient cependant qu’il ne serait pas question de transférer à une autre province les droits et taxes relevant de la Tshopo.
L’état d’avancement sur le terrain
Sur l’état d’avancement du chantier Kisangani–Ubundu, Maître Michel Lumumba appelle également à la prudence dans l’interprétation des chiffres.
La route longue de 128 kilomètres aurait bénéficié d’un financement initial de 30 %. Une lecture purement arithmétique pourrait laisser penser que près de 38 kilomètres auraient dû être réalisés.
Mais, explique-t-il, ces fonds ont également servi à la mobilisation des équipements, au déploiement du personnel, à l’installation de la base-vie et au démarrage effectif du chantier.
Le niveau d’exécution ne peut donc être évalué uniquement sur la base du pourcentage des fonds déjà décaissés.
Le suivi des travaux est, selon lui, assuré par différents organes, notamment l’OVD, le Bureau technique de contrôle et le BCECO.
Une clarification face aux accusations politiques
À travers cette mise au point, le gouvernement provincial cherche à dissiper les soupçons qui entourent la gestion des ressources destinées aux infrastructures routières.
Son porte-parole soutient que la Tshopo demeure juridiquement responsable du projet Kisangani–Ubundu, que le financement principal relève du gouvernement central et que les interventions du Maniema et du Nord-Kivu constituent des appuis temporaires, essentiellement logistiques.
Dans un contexte où les accusations de détournement ont pris une dimension politique, l’enjeu est désormais celui de la traçabilité : montants effectivement décaissés, prestations réalisées, quantités de carburant fournies, mécanismes de remboursement et niveau réel d’exécution des travaux.
Pour l’exécutif provincial, l’objectif reste de rassurer la population et de maintenir les travaux jusqu’au décaissement complet du financement attendu du gouvernement central.
« Il faudrait que notre population soit à l’aise », résume Maître Michel Lumumba Byambe Lungange, qui entend ainsi replacer le débat sur les faits, les documents contractuels et les mécanismes institutionnels plutôt que sur les seules accusations politiques.
