Dans une interview sans détours accordée à l’émission Débat Tshopolais, le président de l’Assemblée provinciale de la Tshopo, Mateus Kanga Londimo, a crevé l’abcès. Il s’est employé à éteindre l’incendie de la rumeur avec le flegme et la fermeté des vieux briscards de la politique. Interrogé sur l’état de la relation entre son organe délibérant et le gouvernement provincial dirigé par le gouverneur Paulin Lendongolia, le speaker du parlement provincial a livré un diagnostic sans ambiguïté : la tempête est passée, l’heure est au travail.
Des « couacs » démocratiques au cadrage de Kinshasa
« La stabilité interinstitutionnelle, je crois que la province est aujourd’hui stable », a d’emblée posé Mateus Kanga. Un constat lucide qu’il n’a pas cherché à enrober de langue de bois sentimentale. Oui, il y a eu des frictions. Des frictions qu’il qualifie de « petits couacs inhérents à toute démocratie », fondés sur la friction naturelle entre deux pouvoirs aux prérogatives distinctes.
Cet épisode de tension, qui a poussé le pouvoir central à réagir, s’est soldé par des arbitrages au sommet. Réunions à Kinshasa, consultations au Conseil national de sécurité : la ligne dictée par le Chef de l’État et relayée par le Vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur est désormais claire. Il faut préserver la stabilité des institutions provinciales pour ne pas sacrifier la population sur l’autel des querelles de clocher.
« Il y a eu un rappel à l’ordre et nous nous sommes retrouvés pour nous fixer certaines lignes de conduite : le développement de la province, la canalisation des ressources et la transparence dans la gestion », a précisé l’honorable Kanga, réaffirmant son engagement à ne pas dévier de ce cap républicain.
Conflit d’intérêts ? « Si nous étions là pour ça, nous n’aurions pas sollicité le mandat du peuple »
Face aux accusations récurrentes de positionnement personnel ou de chantage politique vis-à-vis du gouvernorat, le président de l’Assemblée provinciale a balayé l’argument d’un revers de main.
« Si on était là pour nos intérêts, on n’allait pas solliciter le mandat de la population. C’est quoi cet intérêt personnel ? », s’est-il interrogé. Prenant à témoin l’opinion publique, il enfonce le clou : « Si le gouverneur se décide à asphalter une route, vous pensez que l’Assemblée va l’en empêcher ou l’encourager ? C’est combien qu’on va donner à un président d’Assemblée, dans une province qui produit à peine un million de dollars, pour parler d’intérêt personnel ? Non, soyez sérieux. »
Pour étayer son propos, Mateus Kanga a invité ses contradicteurs à regarder le chantier de métamorphose de l’Assemblée provinciale elle-même. Longtemps reléguée au rang des délibérants les plus mal équipés du pays, la représentation provinciale de la Tshopo affiche aujourd’hui un visage rénové : salle de plénière modernisée, nouveaux locaux en construction, conditions de travail réhabilitées.
« Nous prêchons par l’exemple. On ne va pas accepter que nos efforts soient anéantis. Il est donc tout à fait normal que l’on pousse aussi l’Exécutif à faire son travail », insiste-t-il, rappelant que si l’Exécutif réussit — qu’il s’agisse de la stabilisation du courant dans une commune ou de la réhabilitation des routes —, c’est le gouverneur qui en récoltera les dividendes politiques, conformément au programme d’action adopté par les députés.
Croisements d’agendas et coup de téléphone du soir
Quant aux interprétations spéculatives fondées sur le calendrier des déplacements — le gouverneur décollant pour Kinshasa le jour même où le président de l’Assemblée atterrissait à Kisangani —, le président du bureau y voit une pure coïncidence logistique, propre au fonctionnement disjoint de deux pouvoirs indépendants.
« Chacun a son agenda. L’Exécutif n’est pas géré par l’Assemblée, et l’Assemblée n’est pas gérée par l’Exécutif. Ce sont de simples coincidences. »
Et pour porter le coup de grâce aux faiseurs de bruits qui colportent le spectre d’une rupture totale de communication entre les deux têtes d’affiche de la province, le journaliste lui lance une ultime question : « Si ce n’est pas tabou, à quand remonte votre dernier appel au gouverneur Paulin Lendongolia ? »
Réponse laconique, presque amusée, du président Mateus Kanga Londimo : « La dernière fois qu’on s’est appelé au téléphone, c’était hier. »
Une phrase en guise de mot de la fin qui résume la doctrine du pouvoir à Kisangani : le contrôle parlementaire reste intraitable, mais le fil dialogique, lui, n’a jamais été rompu. La Tshopo peut retravailler.
Outre la stabilité des institutions provinciales, le président de l’Assemblée provinciale de la Tshopo a aussi répondu aux questions des journalistes sur le dialogue qui sera convoqué par le chef de l’État Félix Antoine TSHISEKEDI Tshilombo, les résultats de la conférence des présidents des assemblées provinciales de la RDC, les activités parlementaires de la session ordinaire de Mars 2026, l’épidémie à virus Ebola dans la province de la Tshopo et autres. Plus de détails dans nos prochaines publications.
A noter que Débat Tshopolais est une émission hebdomadaire co-animée par trois journalistes boyomais de différents médias : Laurent KANGISA, Ernest MUKULI et François OKONDAMOMBA
Rédaction
