« Ne cherchez pas seulement un emploi, créez-le » : le message de Lendongolia aux lauréats de l’IFA-Yangambi

Redaction
534 Views

L’Institut facultaire des sciences agronomiques de Yangambi (IFA-Yangambi) a officiellement clôturé l’année académique 2025-2026. La cérémonie de collation des grades académiques, organisée samedi 15 août 2026 dans l’enceinte de cette institution universitaire, a consacré la sortie de 88 nouveaux ingénieurs, appelés désormais à mettre leurs compétences au service du développement agricole et environnemental de la République démocratique du Congo.

Présidée par le gouverneur de la Tshopo, Paulin Lendongolia Lebabonga, la cérémonie s’est déroulée en présence notamment du rapporteur de l’Assemblée provinciale de la Tshopo, Paul Rufin Lokesa Bomboli, ainsi que du président et des membres de la Conférence provinciale des chefs d’établissements d’enseignement supérieur et universitaire.

Au total, l’IFA-Yangambi a mis sur le marché de l’emploi 5 ingénieurs diplômés bacheliers en sciences agronomiques, 12 ingénieurs diplômés de Master en sciences agronomiques et 71 ingénieurs diplômés d’études supérieures (DES).

Cette cérémonie marque ainsi une étape importante pour cette institution spécialisée dans la formation des cadres destinés aux secteurs agricole, environnemental et agro-industriel.

Une institution qui renforce son rayonnement scientifique

Dans son discours de politique générale, le recteur de l’IFA-Yangambi, le professeur ordinaire Albert Okungo Lotokola, a dressé le bilan de l’année académique écoulée, mettant en avant les avancées enregistrées dans les domaines de la formation, de la recherche, des partenariats et du développement institutionnel.

Sur le plan de la coopération, l’IFA-Yangambi a maintenu et développé des relations avec plusieurs établissements d’enseignement supérieur et universitaire, institutions de recherche et organisations non gouvernementales, tant nationales qu’internationales.

Parmi les partenaires cités figure notamment l’INERA-Yangambi, avec lequel l’institution entretient des rapports dans le domaine de la recherche, ainsi que le Service national des semences (SENASEM), notamment pour la production de plants de cultures pérennes, dont le caféier, le cacaoyer et le palmier à huile.

Cette production vise notamment à contribuer à l’approvisionnement des producteurs des provinces de la Tshopo, du Bas-Uele et du Haut-Uele.

Le rayonnement de l’IFA-Yangambi dépasse également les frontières nationales. Au cours de l’année académique 2025-2026, l’institution a accueilli des étudiants venus de plusieurs pays africains, notamment du Cameroun, du Togo, de la Tanzanie, de la Côte d’Ivoire et du Mali. Une ouverture qui contribue à renforcer les liens entre l’IFA-Yangambi et les institutions universitaires africaines et à accroître sa visibilité sur le continent.

Une année exceptionnelle sur le plan des promotions académiques

L’année académique 2025-2026 aura également été marquée par une évolution significative du corps académique.

D’après le bilan présenté par le recteur, 10 professeurs ont été promus au grade de professeur ordinaire, une première dans l’histoire de l’IFA-Yangambi. Parmi eux figure notamment le professeur ordinaire Sylvain Alongo Longomba.

À cela s’ajoutent 61 agents promus à des grades supérieurs, tandis que 37 dossiers ont été transmis au secrétariat général du ministère de tutelle en vue de dispositions utiles pour de futures promotions.

La recherche, quant à elle, s’est poursuivie et diversifiée, particulièrement dans les domaines des sciences agronomiques et environnementales, confortant la vocation de l’IFA-Yangambi comme centre de formation et de production des connaissances dans ces secteurs stratégiques pour la RDC.

942 inscrits, mais une faible régularité financière

Pour l’année académique 2025-2026, l’IFA-Yangambi avait enregistré 942 étudiants, dont 226 femmes. Après contrôle des effectifs, seuls 800 étudiants sont finalement restés régulièrement inscrits.

Mais la situation financière des étudiants constitue l’un des principaux défis relevés par le comité de gestion. Sur les 800 étudiants recensés, seuls 226 avaient soldé leurs frais académiques, soit environ 28 %.

Cette faible régularité financière a eu des conséquences directes sur le fonctionnement de l’institution et sur l’organisation de plusieurs activités programmées.

Face à cette situation, l’IFA-Yangambi a notamment décidé de suspendre, pour l’année académique 2025-2026, le fonctionnement de l’auditoire de L3 médecine vétérinaire, jugé particulièrement coûteux et fortement dépendant de spécialistes venant en majorité de l’extérieur.

À cette difficulté s’ajoutent l’insuffisance des capacités d’accueil, qui complique la programmation des enseignements, ainsi que le vieillissement d’une partie importante du personnel administratif, technique et ouvrier.

Pour le comité de gestion, le rajeunissement du personnel et l’intégration de nouvelles compétences apparaissent donc comme des priorités.

Des ambitions pour l’avenir

Malgré ces contraintes, l’IFA-Yangambi entend poursuivre son développement.

Dans ses perspectives, le comité de gestion prévoit notamment l’amélioration des conditions de travail et d’apprentissage des étudiants, la poursuite des travaux de construction des hangars actuellement en chantier et l’équipement progressif des auditoires.

L’institution ambitionne également de renforcer la connexion internet sur les sites de Kisangani et de Yangambi, notamment à travers la technologie Starlink, de poursuivre le lobbying pour l’acquisition d’un émetteur radio destiné à promouvoir ses activités et à vulgariser certains résultats de recherche.

L’IFA-Yangambi entend par ailleurs poursuivre les démarches en vue de l’obtention d’une école d’application à Kisangani, ainsi que le lobbying pour la mécanisation de ses agents et l’obtention de frais de fonctionnement.

Les professeurs Bondombe Wa Yalokombe et Osumbause Sango, respectivement secrétaires généraux chargés des affaires académiques et de la recherche, ont, pour leur part, présenté les rapports relatifs au déroulement des activités dans leurs secteurs respectifs.

Le Gouverneur : « Ne cherchez pas seulement un emploi, créez-le »

Prenant la parole à l’occasion de cette cérémonie, le gouverneur Paulin Lendongolia Lebabonga a placé l’agriculture au cœur des enjeux de développement de la Tshopo et de la RDC.

S’adressant aux nouveaux diplômés, il les a exhortés à mettre leurs connaissances scientifiques et techniques au service de leurs communautés et du développement national.

Pour le chef de l’exécutif provincial, l’agriculture doit désormais reposer sur la science, la technologie, l’innovation, la productivité et la transformation locale.

Le diplôme, a-t-il souligné, ne représente donc pas uniquement l’aboutissement de plusieurs années d’études et de sacrifices. Il constitue également un engagement et une responsabilité envers la société.

Le gouverneur a rappelé que la Tshopo dispose d’un important potentiel agricole, caractérisé notamment par l’étendue de ses terres fertiles, des conditions agroécologiques favorables et une population dont une grande partie dépend directement ou indirectement de l’agriculture.

Mais ces potentialités naturelles, a-t-il insisté, ne suffisent pas à elles seules à assurer le développement. Elles doivent être accompagnées par la recherche scientifique, l’innovation, la technologie, l’organisation et surtout par des ressources humaines qualifiées.

De la production à la transformation locale

Le gouverneur a invité les agronomes à s’impliquer dans l’amélioration des rendements agricoles, la modernisation des techniques culturales, la transformation des produits, la réduction des pertes post-récolte et la promotion d’une agriculture durable, productive et créatrice de valeur.

Il a également réaffirmé que l’agriculture figure parmi les priorités du programme d’action du gouvernement provincial, avec l’ambition d’en faire un véritable moteur de croissance économique, de création de richesses et d’emplois.

Dans cette perspective, il a encouragé la production locale, la transformation et la commercialisation des produits agricoles, tout en appelant à la création d’un environnement favorable aux investissements, aux coopératives, aux entrepreneurs agricoles et à la jeunesse.

Aux nouveaux diplômés, le message était particulièrement clair : ne pas attendre uniquement un recrutement dans la fonction publique ou dans une entreprise existante.

« Ne cherchez pas seulement un emploi, créez-le », a lancé le gouverneur, encourageant les jeunes agronomes à investir dans la création de fermes modernes, d’entreprises semencières et d’unités de transformation du riz, du maïs, du manioc, du soja et d’autres productions agricoles.

Il les a également encouragés à exploiter les outils numériques pour améliorer l’accès aux marchés et rapprocher les producteurs des consommateurs.

Des agronomes appelés à devenir des acteurs du développement

Au-delà de leurs compétences techniques, Paulin Lendongolia Lebabonga a rappelé aux lauréats la dimension citoyenne de leur formation.

Il les a appelés à faire preuve de responsabilité, d’honnêteté, de discipline et de patriotisme, tout en respectant les lois, les biens publics, l’environnement et leurs concitoyens.

Son ambition est de voir émerger une nouvelle génération d’agronomes capables de transformer les terres encore sous-exploitées en espaces de production, les produits agricoles insuffisamment valorisés en richesses et les difficultés d’accès à l’emploi en opportunités économiques.

Il a enfin félicité les lauréats et salué les efforts consentis par les autorités académiques, les enseignants, le personnel administratif et les parents qui ont accompagné les étudiants durant leur parcours universitaire.

Un retour à la normalité académique

L’IFA-Yangambi dispense des enseignements dans plusieurs filières, notamment la production animale durable et aquaculture, la production végétale, la gestion des ressources naturelles renouvelables, l’agroéconomie, les technologies agro-industrielles et la médecine vétérinaire. Les trois cycles de formation y sont opérationnels.

Au-delà de la remise des diplômes, la cérémonie du 15 août 2026 revêt une portée particulière pour l’histoire récente de l’institution.

Le comité de gestion dirigé par le professeur ordinaire Albert Okungo Lotokola aura notamment contribué, au prix de nombreux efforts, à mettre fin à une période marquée par des années académiques parfois prolongées et par l’absence, à une certaine période, de cérémonie de collation des grades.

Avec la clôture officielle de l’année académique 2025-2026 et la sortie de 88 nouveaux ingénieurs, l’IFA-Yangambi semble ainsi renouer avec le rythme normal de son calendrier académique.

Une normalisation qui intervient alors que l’institution est appelée à jouer un rôle toujours plus important dans un pays où la transformation de l’agriculture, la sécurité alimentaire, la valorisation des ressources naturelles et la création d’emplois constituent des défis majeurs.

À Yangambi, le diplôme n’est donc plus seulement la fin d’un parcours universitaire. Il se veut désormais le point de départ d’une nouvelle bataille : faire de la science agronomique un véritable levier de transformation économique et sociale de la Tshopo et de la RDC.

FROK