La mémoire collective congolaise s’est une nouvelle fois ranimée ce vendredi à l’Alliance Française de Kisangani, où une tribune d’expressions artistiques et mémorielles a rassemblé une foule débordante, venue rendre hommage aux victimes et survivants de la guerre de Six Jours. La salle, pleine à craquer, témoignait de la soif de vérité, de justice et surtout de mémoire que porte encore cette ville meurtrie par l’un des épisodes les plus sanglants de l’histoire récente de la RDC.

Une parole libérée, un passé revisité
Le premier panel, solennel et chargé d’émotions, a donné la parole aux témoins directs et aux pionniers de la documentation du conflit. Madame Claudine Bela, Coordonatrice de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), aux côtés de Pierre Kibaka, figure historique de la société civile et responsable du collectif Justice et Libération, ont revisité les premières heures de cette tragédie. À travers leurs récits rigoureux et poignants, les participants ont été replongés dans la violence du conflit, mais aussi dans les premiers efforts de recueil et de conservation des faits – un travail de mémoire essentiel.
Quand le droit rencontre l’Histoire
L’intervention de Me Andy Djuma Muzaliwa a apporté un éclairage juridique capital. À travers une analyse pointue de son article consacré au droit international humanitaire appliqué à la guerre de Six Jours, l’avocat a mis en lumière les responsabilités, les silences coupables et les voies possibles vers la justice. Un moment fort, qui a su concilier érudition et accessibilité.
L’art comme cri de mémoire
La tribune ne s’est pas limitée à l’histoire ni au droit. Elle a aussi laissé la place à l’expression artistique dans sa diversité : slams enflammés, poèmes engagés, peinture réalisée en direct par une artiste inspirée… L’art a servi de passerelle entre les émotions individuelles et le deuil collectif. La prestation finale d’Apôtre Accent Grave, entre humour caustique et satire éclairante, a apporté une touche d’humanité à une journée déjà marquée par la densité émotionnelle.
Quand la culture interpelle le monde
L’événement a également été l’occasion d’évoquer le rapport récemment publié par Amnesty International sur la guerre de Six Jours à Kisangani, un document que tout citoyen soucieux de vérité se doit de lire (lien du rapport). Cette mise en lumière internationale fait écho à la campagne citoyenne #6millionsdesvoix4justicerdc, qui continue de mobiliser autour de la quête de justice pour les victimes des conflits en RDC. De nombreuses personnes ont profité de la tribune pour signer le mémorandum de soutien.
Un rendez-vous avec l’Histoire
À ceux qui n’ont pu participer à cette tribune mémorable, l’histoire offre une seconde chance : une conférence-débat est prévue ce lundi 9 juin à 08h30 dans la grande salle Alliance Française de Kisangani. Un autre moment fort de mémoire, de dialogue et d’engagement pour que plus jamais, la douleur des innocents ne tombe dans l’oubli.
FROK
