Kisangani, 13 juillet 2025 — Ce 11 juillet marque le dixième anniversaire d’un tournant majeur dans l’histoire politico-administrative de la République Démocratique du Congo : le démembrement de l’ancienne Province Orientale en quatre entités distinctes — la Tshopo, l’Ituri, le Haut-Uele et le Bas-Uele. Une décennie après, l’heure est au bilan. Entre les intentions initiales de rapprocher les gouvernants des administrés et la réalité du terrain, le fossé semble abyssal.
Un 11 juillet fondateur
Retour en arrière : le 11 juillet 2015, l’Assemblée provinciale de la Province Orientale, réunie en plénière sous la présidence de l’honorable Philippe Massikini Kamango, adopte le rapport de la commission ad hoc dépêchée de Kinshasa. Cette décision officialise la fin de la Province Orientale et ouvre la voie à la naissance des quatre nouvelles provinces. Suivront l’installation des bureaux provisoires à Kisangani, Bunia, Isiro et Buta, la nomination de commissaires spéciaux, puis les élections de mars 2016. Quatre gouverneurs prennent les rênes : Jean Ilongo Tokole (Tshopo), Armand Kasumbu Mbaya Borrey (Bas-Uele), Jean-Pierre Lola Kisanga (Haut-Uele) et Jefferson Abdallah Pene Mbaka (Ituri).
Les promesses non tenues
Mais dix ans plus tard, les fruits n’ont pas tenu la promesse des fleurs. Pour le politologue Alphonse Maindo Monga Ngonga, professeur à l’Université de Kisangani, l’échec est patent :
« Si l’objectif était le développement local par le rapprochement des décideurs des administrés, il est clair que nous en sommes encore bien loin. »
Le professeur Alphonse MAINDO évoque un processus bâclé, sans vision ni planification sérieuse. À ses yeux, le démembrement a été plus politique que stratégique, un simple redécoupage géographique calqué sur les méthodes coloniales, sans réflexion sur la viabilité économique, sociale et culturelle des nouvelles entités.
Une lourde addition pour les populations
L’analyse est sans appel :
« On a quadruplé les charges publiques dans des provinces déjà exsangues : quatre gouverneurs, quatre gouvernements provinciaux, quatre assemblées, autant de vice-gouverneurs, sans que cela ne se traduise par une amélioration des conditions de vie. »
Le constat est amer. Les infrastructures routières se dégradent au point de devenir impraticables ; les écoles tombent en ruine, la qualité de l’enseignement s’effondre, les structures sanitaires sont défaillantes, et la pauvreté progresse inexorablement. À cela s’ajoutent le banditisme urbain, le chômage massif des jeunes et une économie presque informelle.
Une décennie, un bilan mitigé
Certes, dix ans peuvent paraître courts pour évaluer pleinement l’efficacité d’une réforme aussi profonde. Mais les indicateurs disponibles laissent peu de place à l’optimisme.
« On aurait pu mieux faire », reconnaît le professeur Maindo. « Regardez la Chine : en trente ans, elle est passée du statut de pays sous-développé à celui de deuxième puissance mondiale. Tout est une question de leadership, de vision et de volonté politique. »
L’avenir entre les mains des leaders
Alors que les provinces issues du démembrement entament leur deuxième décennie d’existence, une vérité demeure : la décentralisation n’est pas une fin en soi, mais un outil. Et comme tout outil, elle est tributaire de ceux qui la manient.
Sans une refondation sérieuse des institutions provinciales, une responsabilisation réelle des gouvernants, un transfert effectif des compétences et des moyens, et une lutte vigoureuse contre la corruption, les espoirs du 11 juillet 2015 risquent de rester lettre morte.
En somme, dix ans après, la décentralisation congolaise ressemble davantage à une illusion d’optique qu’à une dynamique de développement.
