Après quatre jours de mission intense dans la province de la Tshopo, une importante délégation du Groupe de coordination des partenaires internationaux (GCP) a tenu, ce vendredi 27 juin, un point de presse conjoint avec le ministre provincial du Plan, Senold Tandia Akomboyo. Objectif : restituer les impressions, observations et perspectives tirées de leur séjour, marqué par une série de visites techniques et stratégiques, notamment à Kisangani et Yangambi.
Chaque membre de cette mission multilatérale – composée de diplomates, de représentants d’agences des Nations Unies, de bailleurs de fonds et d’experts – est venu avec ses propres priorités : climat, biodiversité, infrastructures, agriculture ou encore transport. Tous s’accordent cependant sur un constat : la Tshopo détient un rôle clé dans la réussite du projet du Couloir vert, cette ambitieuse initiative alliant développement durable et transition économique dans le bassin du Congo.
Yangambi, symbole d’une renaissance scientifique et écologique
Pour Éric Willemaers, ministre conseiller à l’ambassade de Belgique en RDC et vice-président du GCP, la visite du paysage de Yangambi fut une véritable révélation. « Douze ans après ma dernière venue, je découvre une dynamique nouvelle. L’INERA, les chercheurs et les partenaires techniques y développent une approche intégrée entre recherche scientifique, conservation, développement énergétique et économique », a-t-il salué. Il insiste : « aucun de ces piliers ne peut être pérenne sans les autres. »
Cette synergie entre science, biodiversité et filières agricoles constitue selon lui un modèle à consolider et à répliquer. Des ressources photogénétiques uniques, comme le café robusta ou le palmier à huile, pourraient propulser la RDC au rang d’acteur stratégique sur les marchés mondiaux si elles sont valorisées durablement.
Le port de Kisangani, un levier de transformation sous-exploité
Autre temps fort : la visite du port de l’Office national des transports (ONATRA), qui a marqué l’esprit d’Ibrahim Abdoul Nasser, représentant adjoint de la FAO. « Ce port, en tant que carrefour entre l’est et l’ouest du pays, est sous-utilisé. Il pourrait jouer un rôle central dans la mise en œuvre du couloir vert à condition d’une modernisation rapide. Le plan d’investissement existe, il faut désormais le vulgariser et mobiliser les ressources », a-t-il plaidé devant la presse boyomaise.
L’enjeu forestier, une responsabilité intergénérationnelle
Pour Mme Kato Longfield, cheffe de mission adjointe à l’ambassade britannique, le voyage fut surtout l’occasion de « voir les forêts et les femmes et hommes qui œuvrent à leur préservation ». À quelques mois de la COP 30, elle a rappelé l’urgence d’impliquer les communautés locales dans la gestion des ressources naturelles, à travers des alternatives économiques viables.
Un autre membre de la délégation a renchéri sur l’importance de « développer des filières agricoles autochtones » pour offrir des revenus durables aux riverains. « Le palmier à huile, par exemple, revient aujourd’hui à Yangambi, sa terre d’origine. C’est un symbole fort du potentiel endogène que recèle la Tshopo », a-t-il déclaré.
Vers une coopération plus structurée et inclusive
Cette mission, ont assuré ses membres, ne sera pas un exercice isolé. Les données récoltées et les recommandations formulées seront capitalisées par le GCP et intégrées aux discussions futures avec les autorités nationales. « La Tshopo est au cœur géographique du couloir vert, mais aussi de ses solutions », a souligné Éric Willemaers. Il a toutefois rappelé la nécessité d’une implication forte et durable des autorités congolaises à tous les niveaux, pour assurer la pérennité des efforts.
« Si tout repose sur les partenaires extérieurs, le moindre retrait peut fragiliser l’ensemble. Il faut bâtir des bases solides, capables de porter le développement même en cas de changement de priorités chez les bailleurs », a-t-il conclu.
Avec cette mission, la Tshopo se positionne non seulement comme laboratoire du développement durable au Congo, mais aussi comme une vitrine potentielle pour la transition verte à l’échelle du continent. C’est ce qui réjouit le ministre provincial du plan Senold Tandia Akomboyo.
