Kisangani, 10 juillet 2025 — Deux jours durant, la salle Ridja de l’Alliance Française de Kisangani a servi de cadre à une importante rencontre citoyenne sur la démocratie et la gouvernance en République Démocratique du Congo. Organisé du 8 au 9 juillet par le Groupe TACCEMS Asbl, avec l’appui du Centre Carter, ce forum provincial a réuni un large éventail d’acteurs impliqués dans la vie publique de la province de la Tshopo : représentants de la société civile, partis politiques toutes tendances confondues, médias, CENI, universitaires, communautés autochtones, associations de jeunes, leaders religieux, entre autres.
L’objectif ? Passer au crible le processus électoral de 2023, identifier les failles majeures, mais aussi construire des perspectives durables en faveur d’un système démocratique inclusif, transparent et responsable.
Un diagnostic sans fard du processus électoral passé
Les discussions ont été franches, critiques, mais constructives. Plusieurs faiblesses du cycle électoral de 2023 ont été recensées. En tête de liste : la prolifération anarchique des partis politiques, perçue comme un facteur de confusion électorale ; une gestion précipitée des opérations électorales, notamment dans la formation des agents de la CENI ; l’insécurité persistante lors des scrutins, tant pour les électeurs que pour les agents électoraux ; et des pannes récurrentes des dispositifs électroniques de vote (DEV), fragilisant la crédibilité des résultats.
Le forum a aussi mis en lumière d’autres dérives : le manque de neutralité de certains médias, la société civile accusée de versatilité, le non-respect des procédures de passation de marché par la CENI, ainsi que l’opacité dans la gestion des mandats par les élus, notamment sur les plans de la redevabilité et du suivi des attentes citoyennes.
Des engagements fermes pour un avenir électoral plus crédible
Face à ce tableau, les participants ont exprimé une volonté partagée de refonder les pratiques politiques et électorales. Ils se sont engagés à :
Structurer et professionnaliser les initiatives citoyennes pour renforcer l’impact sur les politiques publiques ;
Intensifier les actions de sensibilisation, notamment par les chefs religieux, en faveur du vote responsable ;
Promouvoir la transparence des candidatures à travers des mécanismes de contrôle rigoureux (vetting) ;
Plaider pour le financement adéquat et pérenne des organes de régulation des médias ;
Imposer la déclaration publique pour toute figure de la société civile entrant en politique, avec interdiction de réintégrer ensuite ce secteur.
Autre engagement fort : exiger que les mandataires publics démissionnent effectivement avant tout dépôt de candidature, en rendant obligatoire la présentation de la lettre d’acceptation de leur démission.
Cap sur des réformes structurelles et durables
Le forum a également tracé des perspectives concrètes pour améliorer le cadre institutionnel et juridique du processus électoral :
Révision de la loi sur les partis politiques afin d’en réduire le nombre et d’éviter les formations fictives ;
Lutte contre l’infiltration de la société civile par des ambitions politiques déguisées ;
Renforcement du rôle des associations communautaires (staffs, mutuelles, groupes de jeunes) comme relais d’éducation civique et d’éveil démocratique.
Les participants ont aussi recommandé à la CENI de rendre disponibles les traces imprimées des résultats issus des DEV, pour garantir la transparence et permettre aux témoins électoraux accrédités de jouer pleinement leur rôle.
Un signal fort venu de Kisangani
Ce forum, à la fois réflexif et prospectif, envoie un signal fort : la société tshopolaise, dans sa diversité, refuse de rester spectatrice des irrégularités et de la décrépitude institutionnelle. Elle entend désormais peser sur la marche de la démocratie congolaise en exigeant des élections crédibles, participatives et réellement porteuses de changement.
Le rendez-vous de Kisangani s’inscrit ainsi comme une contribution majeure à la réforme du système électoral congolais — une réforme attendue, espérée, et désormais portée par la base.
Frok
