Aimer la poésie ou la voir disparaître : l’appel des écrivains de Kisangani

Redaction
407 Views

À l’occasion de la Journée mondiale de la poésie, célébrée chaque 21 mars, la ville de Kisangani se rappelle que les mots, lorsqu’ils sont choisis avec soin, peuvent devenir des ponts entre les consciences, des instruments de mémoire et des outils de transformation sociale.
Instituée en 1999 à Paris par la UNESCO lors de sa 30e session, cette journée rend hommage à l’une des formes d’expression les plus anciennes et les plus universelles de l’humanité : la poésie. Elle vise à promouvoir la diversité linguistique, à donner une voix aux langues en danger et à encourager la création littéraire sous toutes ses formes. À travers le monde, récitals, ateliers et rencontres témoignent de la vitalité d’un art qui transcende les frontières.
À Kisangani, cœur battant de la province de la Tshopo, cette célébration prend une résonance particulière. Ville de culture et d’histoire, elle demeure un terreau fertile pour les plumes émergentes et confirmées, malgré les défis persistants. Pour Simon Abunzo Banangana, président de l’Union des Écrivains du Congo (UECO), section de la Tshopo, cette journée est avant tout un appel à l’action : « Il est question de promouvoir l’écriture, la lecture et la publication des poèmes, de soutenir les poètes et de valoriser la diversité linguistique », insiste-t-il.
Dans son plaidoyer, il exhorte les Boyomaises et Boyomais à se réapproprier la poésie comme un bien culturel vivant. Lectures publiques dans les espaces culturels, ateliers d’écriture pour stimuler la créativité des jeunes, conférences sur l’évolution de la poésie contemporaine ou encore collaborations entre musiciens et poètes : autant d’initiatives susceptibles de redonner souffle à la scène littéraire locale.
Car au-delà de la célébration, le constat est sans appel. Dans de nombreuses écoles de Kisangani, le goût de la lecture et de l’écriture s’effrite. Les objectifs assignés à l’enseignement du français peinent à être atteints, fragilisant ainsi l’émergence d’une nouvelle génération d’écrivains. Une situation qui interpelle autant les éducateurs que les décideurs publics, appelés à soutenir davantage le secteur culturel.
Pourtant, la poésie, elle, résiste. « Élaborée avec des mots, colorée par des images, composée suivant une métrique donnée, la poésie détient un pouvoir sans égal », rappelle-t-on. Intime et universelle à la fois, elle ouvre au dialogue, nourrit la réflexion et rapproche les peuples. Dans un monde traversé par des tensions multiples, elle apparaît plus que jamais comme un langage de paix.
À Kisangani, les poètes existent, affirment leur présence et refusent le silence. Leur voix, parfois discrète mais toujours tenace, continue de dire le monde, de dénoncer, de rêver et d’espérer. Encore faut-il que cette voix soit entendue, soutenue et relayée.
En cette Journée mondiale de la poésie, le message de Simon Abunzo Banangana résonne comme une invitation collective : aimer la littérature, la consommer, la faire vivre. Car dans chaque vers se cache une part d’humanité, et dans chaque poème, une promesse de dialogue et de paix.

FROK