Esu en RDC : Le 31 juillet menace la qualité scientifique des DEA et DES, alerte le Pr Isaac Bandombele de l’Unikis

Redaction
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KISANGANI, 30 juin 2026 – Le compte à rebours est lancé. Dans les universités et instituts supérieurs de la République Démocratique du Congo, la date butoir du 31 juillet 2026 pour la défense des mémoires DES/DEA des finalistes de l’ancien système PADEM crée une tension palpable sur le terrain. Une décision du Ministère de l’Enseignement Supérieur, Universitaire, Recherche Scientifique et Innovation, MINESURSI, sous la direction de la Professeure Marie-Thérèse Sombo, qui divise.

Dans une tribune rendue publique ce mardi 30 juin 2026, le Professeur Ordinaire Isaac Bandombele Sukela, Docteur à thèse en pédagogie et enseignant à la Faculté de Psychologie et Sciences de l’Education de l’Université de Kisangani, UNIKIS, alerte : la précipitation pourrait coûter cher à la qualité scientifique.

La « course contre la montre » : quand la vitesse tue la méthode

Premier constat du Prof. Bandombele : l’instauration d’une date limite stricte pousse une frange importante d’étudiants du 3e cycle à produire dans l’urgence.

« L’instauration d’une date limite stricte pousse de nombreux étudiants à rédiger leur mémoire dans l’urgence », note-t-il. Les effets collatéraux sont immédiats : bâclage méthodologique, risque accru de plagiat, conclusions hâtives et prolifération des fautes. Le mémoire perd alors sa vocation première. « Le travail devient une simple formalité administrative pour obtenir le diplôme, plutôt qu’une véritable initiation à la recherche scientifique », déplore l’enseignant, pointant du doigt une complaisance parfois observée chez certains encadreurs.

*Encadrement en tension : des directeurs de mémoire sous pression*

Le second point critique porte sur l’encadrement. Le Prof. Bandombele évoque un « manque criant de suivi personnalisé ». Sur le terrain, les professeurs, déjà surchargés par les tâches d’enseignement et d’administration, manquent de créneaux pour un accompagnement de fond.

« Beaucoup d’enseignants ne disposent pas du temps nécessaire pour lire, corriger et guider efficacement chaque étudiant. Les rendez-vous sont rares, et les corrections se limitent parfois à la forme plutôt qu’au fond ». Résultat : l’étudiant est « livré à lui-même, naviguant à vue dans sa collecte de données et son analyse ».

*Le ratio enseignant/étudiant : l’“effet bouteille d’encre”*

Pour l’académicien de l’UNIKIS, le problème est structurel. Il le qualifie d’« effet bouteille d’encre » : le flux d’étudiants du 3e cycle est bien supérieur à la capacité d’encadrement disponible.

« Voir un seul enseignant diriger 30, 50 ou parfois plus de 100 travaux de recherche en même temps est une réalité dans plusieurs institutions de la RDC », affirme-t-il. Une charge de travail qu’il juge scientifiquement et humainement intenable sur quelques mois. « D’où la baisse drastique de la valeur scientifique des documents finaux », conclut-il.

*Quelle issue avant le 31 juillet ?*

Le Prof. Bandombele reconnaît la volonté du MINESURSI de mettre fin à une gestion académique à géométrie variable et d’imposer de la discipline calendaire. Mais, prévient-il, « sans mécanismes de soutien – recrutement d’enseignants, allègement des effectifs, numérisation des suivis – elle produit l’effet inverse : une baisse drastique de la qualité scientifique des diplômés ».

Sa recommandation est claire : pour que « la mesure du 31 juillet 2026 ne sacrifie pas la qualité sur l’autel de la vitesse », les institutions devraient solliciter auprès de la Ministre « un glissement ou une prorogation de la date mettant fin au système PADEM ».

A un mois de l’échéance, le débat est désormais posé entre exigence de calendrier et préservation de l’excellence académique. La réponse du Ministère déterminera la valeur du dernier contingent PADEM.