Ce fut un moment de recueillement intense et de foi engagée, loin des projecteurs, mais chargé d’un profond symbolisme. Professeur Grison-Trésor Kakumbi Belumba, chrétien catholique de l’archidiocèse de Kisangani et universitaire congolais en mission de recherche en Europe, a choisi de marquer d’une manière très personnelle la commémoration de la guerre de six jours à Kisangani, dont il fut l’un des jeunes survivants.
Alors que la République Démocratique du Congo continue de chercher laborieusement une paix durable, le professeur Kakumbi a consacré une journée de prière en Italie, au cœur même de la catholicité, pour confier son pays au Très-Haut.

Une démarche spirituelle à la Basilique Sainte-Marie-Majeure
Arrivé à Rome en fin de journée, le 11 juin, en provenance de Bruxelles via Bologne, l’universitaire congolais s’est directement rendu à la Basilique Sainte-Marie-Majeure, l’une des quatre basiliques majeures de la ville éternelle et la première église jamais dédiée à la Vierge Marie. Ce haut lieu spirituel, situé à proximité de Termini, abrite également le tombeau du pape François.
C’est là, dans le silence de la prière, que le professeur a déposé ses intentions pour la paix en RDC, ville par ville, cœur par cœur. « La guerre de six jours m’a marqué à jamais. J’étais alors élève de 4e HP à l’Institut de Saïo, habitant la 13e avenue bis dans la commune Tshopo. Cette mémoire ne peut pas être réduite à des cérémonies. J’ai ressenti l’appel de prier autrement, dans l’intimité avec Dieu », confie-t-il avec émotion.

Audience papale et intentions confiées à Léon XIV
Le lendemain, au Vatican, accompagné de l’abbé Antoine Lokatikala, prêtre du diocèse de Kisangani, le professeur Kakumbi a assisté à l’audience générale hebdomadaire du nouveau pape Léon XIV, successeur du pape François. Devant des milliers de fidèles rassemblés place Saint-Pierre, il a adressé dans la foi ses intentions au Vicaire du Christ, à divers moments de la célébration : lors de l’entrée du souverain pontife, pendant sa prière dédiée aux fidèles francophones, puis au moment de la bénédiction finale et de l’Angelus.

Ces intentions, poignantes et patriotes, se résument en cinq grands appels :
- Le retour d’une paix véritable en RDC, fondée sur le dialogue sincère entre les forces politiques, la société civile et les citoyens, loin des armes et de la division ;
- La protection divine pour les forces armées nationales (FARDC), les Wazalendo et tous ceux qui assurent la sécurité, afin qu’ils accomplissent leur mission dans la loyauté, à l’image du roi David face à Goliath ;
- Une paix durable pour Kisangani, ville martyre, exposée aujourd’hui à une insécurité urbaine croissante, et le soutien aux institutions œuvrant à la réparation des victimes (FONAREV, FRIVAO, ONG, etc.) ;
- La protection des enfants de la rue, particulièrement ceux de Kisangani, victimes de la guerre, de la pauvreté et du rejet familial, et un appel à l’État pour qu’il remplisse ses devoirs envers les plus vulnérables ;
- Un combat contre la corruption, à la veille de la béatification du martyr Floribert Bwana Chui, pour que la RDC soit purifiée des détourneurs de fonds publics et que les projets de reconstruction soient porteurs d’espérance.
Un geste fort, entre mémoire et espérance
Ce pèlerinage intérieur accompli par un intellectuel croyant, survivant d’un drame national, prend une dimension hautement symbolique en cette période de tensions politiques et sociales en RDC. Là où la tentation de la résignation guette, le professeur Kakumbi choisit la foi, la prière et l’intercession.
« C’est un cri du cœur, mais aussi un acte de foi, ancré dans l’espérance chrétienne », conclut-il. Dans la tradition biblique des prophètes et des martyrs, son geste rappelle que la paix ne se conquiert pas seulement dans les chancelleries et les hémicycles, mais aussi à genoux, dans le silence habité d’une basilique romaine.
