Avec plus de 110 professionnels recensés dont 30 ingénieurs A0 prêts pour le serment, l’Antenne du Bas-Uélé de l’Ordre National des Ingénieurs Agronomes (ONIA) a célébré ce vendredi 18 septembre 2026 à Buta la Journée Nationale de l’Agronome. Une célébration sous le thème « Ensemble avec l’agronome pour vaincre la faim » qui s’est transformée en tribune de dénonciation d’une profession asphyxiée par 7 ans sans prime et des salaires de 5 000 FC.

La date n’est pas anodine. Le 18 septembre coïncide avec le déclenchement de la saison culturale A, la plus importante du calendrier agricole congolais. C’est ce symbole qu’a choisi l’ONIA pour rappeler que sans agronome, il n’y a pas de revanche du sol sur le sous-sol.
Dans une allocution de 5 pages, le Doctorant Ir Victor NANYONZI MABONDA, Président Provincial de l’ONIA-RDC Bas-Uélé, a d’abord salué la vision du Chef de l’État Félix-Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO pour la revanche du sol, le leadership du Ministre d’Etat à l’Agriculture Muhindo Nzangi Butondo et l’engagement du Président National de l’ONIA, l’Ir Isaac BISSUMO BOMBULA. Il a remercié le Gouverneur Mike David MOKENI AMISI.
110 professionnels identifiés, une force en attente
Le travail d’assainissement mené par l’ONIA Bas-Uélé commence à porter ses fruits. L’Antenne annonce avoir cartographié plus de 110 professionnels de la terre :
– 30 agronomes niveau A0 (Ingénieurs d’Etat) qualifiés, en attente de prestation de serment et d’inscription au Tableau de l’Ordre ;
– 80 techniciens et praticiens A1, A2 et A3 enregistrés au Registre.
« Ce capital humain est prêt à être mobilisé pour stopper la dégradation de la sécurité alimentaire qui touche plus d’un Congolais sur cinq », a martelé Ir NANYONZI.
Les bottes dans la boue, mais avec 5 000 FC en poche
C’est le contraste le plus saisissant du discours. Le Bas-Uélé, avec son potentiel gigantesque en terres arables et biodiversité, fait face à la réalité la plus rude pour l’agronome.
« Être agronome dans le Bas-Uélé aujourd’hui, c’est quitter le confort des bureaux, enfiler ses bottes, braver la boue et parcourir des kilomètres à moto sur des routes de desserte quasi impraticables pour encadrer nos paysans face aux ravageurs et au climat », a décrit le Président provincial.
Et pour quel traitement ? Le constat est accablant :
La rémunération de l’agronome est tombée à des niveaux dérisoires oscillant entre 5 000 FC et 21 000 FC. La prime de technicité, coupée depuis 2018, a été rétablie dans d’autres provinces, mais le Bas-Uélé demeure oublié.
L’ONIA dénonce même l’humiliation à Bambesa, où l’Inspecteur de l’agriculture s’est vu délogé de sa résidence au profit du médecin de territoire. « Où est la dignité de l’agronome ? » s’interroge-t-il.
Quatre exigences pour sauver la saison A
Pour l’ONIA Bas-Uélé, on ne peut exiger une révolution agricole agressive de cadres privés de leur dignité. La régularisation n’est pas une faveur, c’est une urgence nationale. L’Ordre recommande :
1. Le rétablissement immédiat de la prime de technicité bloquée depuis 2018 et le rehaussement du traitement ;
2. La réhabilitation urgente des voies d’évacuation et routes de desserte agricole, sans lesquelles l’effort paysan est voué à l’échec et pourrit sur place ;
3. L’appui logistique de proximité : motos, kits de terrain et semences améliorées pour la saison A ;
4. L’application stricte de la loi sur l’ONIA, en réservant la gestion des projets agricoles provinciaux aux seuls ingénieurs agréés et assermentés.
« Malgré ces embûches, soyons fiers de notre profession et de nos serments. C’est par nos compétences et nos bottes usées sur le terrain que nous vaincrons la faim », a conclu Ir Victor NANYONZI MABONDA.
Un appel qui place le Gouvernement provincial du Bas-Uélé et le gouvernement central devant leurs responsabilités : sans agronome motivé, la souveraineté alimentaire restera un slogan.
Frok
