Tshopo : une table ronde pour accélérer l’attribution des concessions forestières communautaires à Banalia

Redaction
169 Views

Kisangani, 27 août 2026La sécurisation des terres communautaires et la gestion durable des ressources forestières se sont imposées au centre des échanges, mercredi à Kisangani, à l’occasion d’une table ronde multipartite consacrée à la mise en place de la foresterie communautaire dans le secteur de Baboa de Kolé, en territoire de Banalia, dans la province de la Tshopo.

Organisée dans le cadre du projet « Favoriser la résilience en RDC » par l’Organisation Congolaise des Écologistes et Amis de la Nature (OCEAN), en partenariat avec IMPACT, cette rencontre a été présidée par la ministre provinciale de l’Environnement, Maître Bijou Koy Taka. Elle a réuni plusieurs parties prenantes autour d’un enjeu majeur : sécuriser les droits fonciers des communautés locales tout en conciliant la gestion des forêts avec les activités minières qui se développent dans cette partie de la province.

La rencontre vise notamment à définir, de manière consensuelle, les mécanismes d’attribution des Concessions Forestières des Communautés Locales (CFCL) au profit des communautés de Bongonza et Bayeu, tout en tenant compte de la présence de l’exploitation minière artisanale et semi-industrielle de l’or et du diamant.

Ministre provinciale de l’environnement

La Tshopo, une province pilote

À l’ouverture des travaux, la ministre provinciale de l’Environnement a réaffirmé le statut de la Tshopo comme province pilote en matière de foresterie communautaire en République démocratique du Congo.

Elle a salué l’attribution de 45 CFCL, couvrant près de 1,2 million d’hectares, et dont la gestion est assurée directement par les communautés. Pour Maître Bijou Koy Taka, ces avancées traduisent la volonté politique des autorités provinciales, avec l’implication des peuples autochtones, considérés comme des gardiens essentiels des écosystèmes forestiers.

Dans son intervention, la ministre a insisté sur une approche fondée sur les droits des communautés. La foresterie communautaire, a-t-elle fait valoir en substance, ne devrait pas être perçue comme un projet imposé de l’extérieur, mais comme un mécanisme permettant aux populations de sécuriser et de gérer durablement leurs terres.

L’ambition des assises est ainsi d’élaborer une feuille de route susceptible d’accélérer l’acquisition des titres de CFCL à Bongonza et Bayeu et de faire de la gestion des ressources naturelles un levier de paix et de développement local.

Florent Kay, coordonnateur de l’ONG OCÉAN

Une pression minière préoccupante

Pour Florent Kay, coordonnateur de l’ONG OCEAN, le territoire de Banalia connaît une intensification importante des activités minières artisanales et semi-industrielles, particulièrement dans l’exploitation de l’or et du diamant.

Cette pression minière, explique-t-il, s’accompagne d’une dégradation du couvert forestier, d’une pollution des cours d’eau et d’une multiplication des tensions autour de l’occupation des terroirs villageois. Parmi les cours d’eau cités figurent notamment les rivières Aruwimi et Télé, considérées comme essentielles pour les communautés riveraines.

Dans ce contexte, le responsable d’OCEAN estime que la sécurisation foncière constitue un préalable indispensable à la résilience des populations. Elle doit permettre aux communautés de protéger leurs moyens de subsistance, notamment l’agriculture, la chasse et la cueillette, tout en favorisant une gestion durable des ressources naturelles.

Prévenir les conflits autour des terres

Au-delà de la question environnementale, les promoteurs de la foresterie communautaire y voient également un instrument de prévention des conflits.

L’attribution des CFCL devrait contribuer à protéger les droits coutumiers, à réduire les risques d’expulsions ou de déplacements forcés et à stabiliser les économies locales. Elle pourrait également offrir aux communautés un cadre légal pour organiser leurs activités traditionnelles et préserver les forêts dont elles dépendent.

Dans les zones concernées, des activités d’agroécologie fondées sur les solutions basées sur la nature sont déjà mises en œuvre à Bongonza et Bayeu dans le cadre du projet « Favoriser la résilience en RDC ». Leur pérennisation dépend toutefois de la sécurisation des espaces sur lesquels les communautés sont appelées à développer ces initiatives.

Mines, forêts et droits coutumiers : rechercher le compromis

La principale difficulté demeure la coexistence entre les droits communautaires, les activités minières et les différentes compétences administratives.

Sur le terrain, le processus de foresterie communautaire fait face à la réticence de certains opérateurs miniers qui redoutent une limitation de leurs espaces d’exploitation. À cela s’ajoute une coordination encore insuffisante entre les secteurs des Mines, de l’Environnement et des Affaires foncières.

C’est précisément pour dépasser ces antagonismes que les organisateurs misent sur le dialogue multipartite. Autorités provinciales et locales, chefs coutumiers, société civile et opérateurs du secteur privé sont appelés à rechercher des mécanismes consensuels permettant d’éviter que la superposition des usages de la terre ne dégénère en conflits.

Les discussions doivent également déboucher sur un modèle d’accord ou de charte locale définissant les espaces réservés aux forêts communautaires, les droits d’usage coutumiers et les modalités de partage équitable des bénéfices issus des ressources forestières.

Autre enjeu majeur : la restauration des sites dégradés par l’exploitation minière. La table ronde doit permettre de clarifier les responsabilités des autorités locales et des opérateurs miniers dans la réhabilitation de ces espaces.

À travers ces assises, OCEAN et IMPACT entendent donc contribuer à faire de la foresterie communautaire un véritable outil de sécurisation foncière, de protection des écosystèmes et de développement local dans le territoire de Banalia.

Pour la Tshopo, l’enjeu dépasse désormais la seule attribution des titres forestiers : il s’agit de construire un modèle dans lequel la protection des forêts, les droits des communautés et l’exploitation des ressources naturelles peuvent coexister dans un cadre légal, équitable et pacifique.

FROK