BANALIA — Quand le sous-sol regorge de richesses mais que les populations locales continuent de croupir dans la précarité, le diagnostic est sans appel : un déficit d’audit et de transparence. Face aux enjeux d’une extraction minière souvent opaque dans les zones rurales de la province de la Tshopo, une riposte structurée s’organise sur le terrain.
Du 16 au 18 juillet 2026, le chef-lieu du territoire de Banalia a servi de cadre à un atelier de formation stratégique destiné aux leaders communautaires et aux acteurs de la société civile locale. Une initiative conjointe de la Caritas Développement Kisangani (CDKIS) et de l’Organisation Congolaise des ÉCOLOGISTES et Amis de la Nature (OCEAN), dans le cadre de leur projet axé sur la gouvernance participative et le contrôle citoyen dans l’exploitation minière à Banalia et Bafwasende.
Sortir de la Passivité : Comprendre et Exiger le Devoir de Redevabilité
Trois jours durant, les experts ont décortiqué les mécanismes juridiques et opérationnels indispensables pour transformer des communautés souvent résignées en observateurs actifs et exigeants.
- Cadre Légal et Ancrage : Les modules ont rappelé que le contrôle citoyen ne relève pas de la contestation aveugle, mais d’un droit constitutionnel. S’appuyant sur les traités internationaux ratifiés par la RDC, la Constitution de la République et le décret portant gouvernance budgétaire, les intervenants ont posé les fondements juridiques qui légitiment l’action de la société civile.
- Le Rôle de la Société Civile : Définie comme l’ensemble des organisations bénévoles indépendantes de l’État et du secteur privé, la société civile a été rappelée à sa vocation première : promouvoir l’intérêt général. Pour une gouvernance véritablement démocratique, une société civile forte, consciente de ses prérogatives et respectueuse de la pluralité des opinions, demeure le seul contre-pouvoir efficace au niveau local.
Une Ingénierie du Contrôle en 5 Étapes et 6 Leviers d’Action
Sous la facilitation d’Alphonse Longongo (Assistant chargé de recherche) axé sur les pratiques de Contrôle Citoyen de l’Action Publique (CCAP), de Prince Mabusu (Chargé de communication), et de Didier Maindo (Point focal Banalia sur les enjeux de la gouvernance minière), la formation a doté les participants d’une méthodologie rigoureuse.
La Feuille de Route du Contrôle Citoyen
- Mobilisation autour d’un point d’entrée précis.
- Constitutive d’une base de preuves et collecte d’informations documentées.
- Mise sur la place publique des données récoltées pour briser le secret.
- Coalition et rassemblement des forces vives.
- Négociation et préconisation de changements concrets auprès des décideurs.
Pour faire bouger les lignes, l’éventail des moyens d’action a été clairement défini : de la sensibilisation et la participation, en passant par la dénonciation, les manifestations publiques paisibles, jusqu’au plaidoyer et au lobbying institutionnel.
« Le contrôle citoyen est l’ensemble des initiatives prises par les citoyens pour suivre et contrôler l’action publique, afin d’instaurer chez les gouvernants et les exploitants le réflexe systématique de rendre des comptes. »
De la Théorie à l’Action : Création du Comité de Surveillance
La portée de cet atelier a dépassé le cadre purement théorique. Signe d’un véritable ancrage territorial, les travaux ont réuni un éventail représentatif du territoire : des acteurs venus du centre de Banalia mais aussi des foyers miniers sous forte pression extractive comme Mangi et Panga. La présence de figures morales et institutionnelles — à l’instar de l’administrateur du territoire assistant chargé de PAJ de Banalia Patrice Emery Longongo, de Mgr l’Évêque de la 21ème CNCA de Banalia, des membres des Comités Locaux de Développement (CLD) du secteur minier, ainsi que des cadres étatiques — témoigne de l’urgence du sujet.
La concrétisation majeure de ce forum reste la structuration immédiate des participants en un Comité de surveillance citoyenne sur l’exploitation minière.
Désormais outillés pour scruter les retombées redevables aux communautés, l’impact environnemental et le respect des cahiers des charges par les opérateurs miniers, les citoyens de Banalia cessent d’être de simples spectateurs de l’extraction de leurs ressources. Le signal envoyé aux gouvernants et aux industriels est clair : sur le terrain, le temps de l’impunité et de l’opacité touche à sa fin.
Banalia, chef-lieu du territoire portant le même nom est situé à 125 kilomètres de la ville de Kisangani en province de la Tshopo.
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