Échappé du Zoo de Kisangani, le singe « Manu » est mort sous les coups : La direction annonce des poursuites

Redaction
701 Views

KisanganiCe n’est pas seulement un singe qu’on a achevé à coups de pierres et de bâtons le 3 juillet dernier aux abords du cimetière de la Makiso. C’est un pan de la recherche scientifique congolaise qu’on a massacré par ignorance.

​Le communiqué de presse N° RM/ICCN/DS-JZBK/FMK/2026, publié ce 6 juillet par François Matala Konga, Directeur du Jardin Zoologique et Botanique de Kisangani (JZBK), résonne comme un réquisitoire contre la cruauté ordinaire. Il nous livre les détails d’un drame qui aurait dû être une simple anecdote de gestion animalière, et qui s’est transformé en lynchage public.

Un trésor génétique unique au monde

​L’animal abattu s’appelait MANU. Pour le grand public, ce n’était qu’un singe en fuite, échappé de sa cage et repéré sur le campus de l’Université de Kisangani . Pour les biologistes, Manu était un miracle de la nature : le produit d’un croisement rarissime entre un babouin mâle et un cercocèbe femelle. Un cas d’école vivant, une mine d’or pour les études comportementales et biologiques.

​Pendant six ans, Manu a grandi au JZBK, façonné par le contact humain. Les experts sont formels : lors de sa cavale, il ne présentait aucune menace. Imprégné par l’homme, il cherchait simplement à interagir, à communiquer avec ceux qu’il croisait. Il a trouvé la mort face à une foule en furie qui a choisi la violence plutôt que l’alerte.

« Au lieu d’alerter les services compétents… l’animal a plutôt été caillassé et bâtonné jusqu’à être achevé par la population », regrette la direction du Zoo avec consternation.

 

De Moanda à Kisangani : Le grand écart de la conscience faunique

​Ce massacre intervient à un moment particulièrement cynique. Il y a peu, la RDC s’émouvait collectivement du sort d’une baleine échouée à Moanda. Cette vague de compassion nationale laissait espérer un éveil environnemental chez les Congolais. La tragédie de Kisangani vient doucher ces espoirs et nous rappelle le chemin immense qu’il reste à parcourir en matière d’éducation environnementale.

Trois réflexes pour l’avenir (et un rappel à la loi)

​Pour que la mort de Manu ne soit pas vaine, la direction du JZBK dicte désormais une ligne de conduite stricte à la population boyomaise :

  • Zéro panique : Face à un animal sauvage, le calme doit primer. La confrontation est à proscrire.
  • Le réflexe civique : Alerter immédiatement les équipes du ZOO dès qu’un animal est repéré en dehors de son enclos.
  • Le respect du patrimoine : Intégrer le fait que la faune sauvage est un bien commun à protéger.

​Le temps de la pédagogie douce a pourtant ses limites. Le communiqué se clôt sur un avertissement juridique majeur : tuer, maltraiter ou détenir une espèce protégée n’est pas un fait divers, c’est un crime. Les auteurs de ce lynchage s’exposent à de lourdes poursuites judiciaires, renforcées par la loi N° 24/020 du 30 décembre 2024 (modifiant la loi de 2014 sur la conservation de la nature).

​Manu a payé de sa vie notre inculture écologique. Si Kisangani veut rester une terre de science et de biodiversité, la justice et l’éducation vont devoir travailler main dans la main. Pour que la pierre ne soit plus jamais la seule réponse à l’appel de la nature.

Frok