Kisangani – 30 ans déjà ! Le Théâtre des Amazoulous Centre de Création, d’Échanges et de Montage des Spectacles, plus connu sous le sigle TACCEMS, vient de franchir le cap symbolique de trois décennies d’existence. Pour marquer l’événement, deux figures de proue de la structure, Magloire Bolunda, coordonnateur, et Olivier Maloba Banza, directeur artistique, ont tenu une conférence de presse à Kisangani. Objectif : dresser le bilan d’un parcours culturel hors du commun.
Aux origines d’une aventure théâtrale
Né le 15 août 1995, le groupe TACCEMS est l’œuvre de deux jeunes comédiens boyomais inspirés par la deuxième édition du Festival International de l’Acteur tenue à Kinshasa. De retour à Kisangani, ils décident de mettre en pratique ce qu’ils y ont appris en quittant leurs troupes respectives pour fonder une nouvelle structure, indépendante, ambitieuse et ouverte : le théâtre des Amazoulous.

Le premier bureau prit place dans un espace modeste, à l’aumônerie catholique des jeunes. Mais déjà, l’élan était donné.
Des réalisations structurantes
Trente ans après, les acquis sont palpables. TACCEMS s’est doté d’un espace de travail pérenne : l’Espace culturel Ngoma, fruit d’un contrat de bail signé avec la mairie de Kisangani. La structure a également obtenu son enregistrement légal (document F92) auprès du ministère de la Justice et instauré une dynamique de réseautage avec la création du Réseau Pôle Culturel Est (RPCE), fédérant artistes du Nord et Sud-Kivu, de l’Ituri, du Haut et Bas-Uele ainsi que de la Tshopo.
Chaque province dispose aujourd’hui d’un collectif local, à l’image du Collectif des Artistes Boyomais, symbole d’une organisation structurée.
Festivals et rayonnement régional
Véritable moteur culturel, TACCEMS organise depuis quinze ans le Festival international Ngoma, vitrine artistique devenue incontournable. À cela s’ajoute la Semaine culturelle, tenue simultanément à Kisangani, Goma, Bukavu, Bunia et Isiro. Ces initiatives ont contribué à réveiller la vie culturelle de plusieurs villes longtemps en retrait.
« Aujourd’hui, grâce à ce travail, Goma, Bukavu et Bunia ont retrouvé un véritable souffle artistique », souligne Magloire Bolunda.

Formation et reconnaissance internationale
Au-delà des spectacles, TACCEMS s’est mué en véritable école de formation. Ateliers réguliers pour comédiens, metteurs en scène, régisseurs ou gestionnaires de fonds : la professionnalisation est au cœur de la démarche.
La structure a su s’inscrire dans des réseaux de référence tels que Arterial Network et CAC, représentant parfois l’Afrique centrale au niveau continental. Un succès qui a permis à ses membres de vivre décemment de leur art – rareté dans le paysage culturel congolais.
Une bonne nouvelle accompagne d’ailleurs ce trentième anniversaire : grâce au financement d’Enabel, l’Espace culturel Ngoma sera réhabilité et modernisé dès l’année prochaine pour répondre aux standards internationaux.

Le précieux partenariat avec Africalia
Le directeur artistique Olivier Maloba a rappelé le rôle majeur d’Africalia, ONG belge active en RDC depuis 25 ans. Dès la première année de partenariat, Africalia a financé la partie technique et la première tournée nationale de TACCEMS. Treize années de soutien se sont poursuivies, couvrant l’équipement de l’Espace Ngoma, le paiement du loyer, l’organisation du festival Ngoma, la semaine culturelle et même l’octroi de bourses de mobilité aux artistes.
Parmi les cinq structures autrefois accompagnées par Africalia en RDC, seules deux subsistent aujourd’hui : dont TACCEMS, unique représentant de Kisangani.
Mémoire et défis
Le parcours n’a toutefois pas été exempt d’épreuves. La disparition tragique de Pierre Laglie, premier coordinateur, et de Jean-Pierre Bolima alias Bwana Tsheko, comédien décédé dans un crash, reste une blessure vive. À cela s’ajoutent les départs d’artistes contraints d’abandonner la scène faute de meilleures perspectives.
Un héritage vivant
En dépit des difficultés, TACCEMS s’impose comme une référence culturelle en RDC et au-delà. Trois décennies d’efforts constants, de créativité et de résilience en ont fait bien plus qu’un simple groupe théâtral : une véritable institution culturelle, formatrice et fédératrice.
Comme le rappelle Magloire Bolunda, « TACCEMS a réussi à faire vivre décemment ses membres uniquement grâce à l’art. Et cela, c’est notre plus grande fierté. »
