A Washington, Kinshasa et Kigali signent une déclaration de principes menant à la paix. Ce qu’il faut savoir du document

Redaction
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Un document dense, solennel, paraphé à Washington ce 25 avril 2025 : la République Démocratique du Congo et le Rwanda ont officiellement signé une déclaration de principes marquant leur engagement commun en faveur de la paix, de la stabilité régionale et de l’intégration économique dans l’est de la RDC. Un geste fort, symbolique, et peut-être fondateur, dans une région marquée par des décennies de tensions. 

Sous l’égide des États-Unis, et avec le concours de plusieurs partenaires africains et internationaux, Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre congolaise des Affaires étrangères, et Olivier Nduhungirehe, son homologue rwandais, ont apposé leurs signatures sur un texte qui pourrait redéfinir les relations bilatérales. Ce document s’inscrit dans la continuité des processus de Nairobi et de Luanda, aujourd’hui intégrés au cadre régional CEA-SADC, et constitue une étape déterminante vers un accord de paix, dont un avant-projet est attendu pour le 2 mai, indiqué le document partagé ce soir à la presse par l’ambassade des États-Unis à Kinshasa.

Souveraineté et respect mutuel : les bases redéfinies

La déclaration débute par un engagement sans équivoque : le respect mutuel de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de la gouvernance. Chaque État reconnaît officiellement les frontières de l’autre, s’engage à bannir tout discours ou action hostile, et à résoudre ses différends par la diplomatie.

C’est là un tournant majeur, alors que les tensions autour de la présence de groupes armés et des allégations d’ingérence ont alimenté, depuis des années, un climat de méfiance quasi permanent.

Sécurité partagée et lutte contre les groupes armés

La sécurité, pierre angulaire de l’instabilité dans les Kivus, occupe une place centrale dans le document. Kinshasa et Kigali reconnaissent désormais leurs préoccupations mutuelles en matière de sécurité dans la zone frontalière, tout en s’engageant à ne plus soutenir de manière directe ou indirecte des groupes armés non étatiques.

Un mécanisme de coordination sécuritaire conjoint est évoqué : il permettrait de mieux répondre à la menace que représentent ces groupes, tout en garantissant la souveraineté des deux parties.

Vers une économie de la paix

Fait notable, les deux pays s’engagent à collaborer dans un cadre d’intégration économique régionale. S’appuyant sur des organisations telles que la COMESA, l’EAC et l’ICGLR, ils envisagent la création de chaînes de valeur transparentes et légales autour des minerais critiques, soutenues par des investissements privés et publics, notamment américains.

Hydroélectricité, parcs nationaux, infrastructures : la déclaration esquisse les contours d’une coopération structurante qui pourrait transformer la dynamique économique de la région.

Réfugiés, MONUSCO et vérification internationale

La dimension humanitaire n’est pas oubliée. Les deux pays s’engagent à travailler avec les Nations Unies pour permettre le retour volontaire et sécurisé des déplacés internes et réfugiés congolais.

Par ailleurs, les Participants affirment leur soutien renouvelé à la MONUSCO et aux forces régionales mandatées par le Conseil de sécurité. Un mécanisme de vérification et une possible force d’interposition sont évoqués pour accompagner l’exécution des engagements.

Une échéance, un objectif : un accord de paix d’ici le 2 mai

Les regards sont désormais tournés vers une échéance proche : le 2 mai 2025. D’ici là, les Participants doivent soumettre un avant-projet d’accord de paix, fruit de la coordination diplomatique entamée à Washington et poursuivie via les voies régionales existantes. En cas de désaccords persistants, les deux ministres des Affaires étrangères s’engagent à se retrouver à nouveau à Washington, sous l’égide du Secrétaire d’État américain.

Un moment rare, une chance à saisir

La signature de ce texte ne résout rien à elle seule. Mais elle pose les fondations d’un nouvel équilibre possible dans les Grands Lacs. Les intentions sont claires, les principes posés. Reste à voir si la volonté politique survivra à l’épreuve du terrain.

Ce 25 avril à Washington, l’histoire ne s’est peut-être pas écrite, mais elle a changé de ton.