L’initiative de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) visant à lancer officiellement l’identification et l’enregistrement des Défenseurs des Droits Humains (DDH) en République Démocratique du Congo soulève une vive controverse. L’organisation « Les Amis de Nelson Mandela pour la Défense des Droits Humains » (ANMDH) dénonce ce qu’elle qualifie de « dérive liberticide » et d’« entorse aux engagements internationaux de la RDC ».
Dans une déclaration parvenue à la rédaction de depechesdelatshopo.com ce dimanche, l’ANMDH se dit « surprise et étonnée » d’avoir été conviée à la cérémonie officielle organisée ce vendredi à Kinshasa. Pour cette structure, la démarche de la CNDH constitue une tentative de mettre sous tutelle les organisations de défense des droits humains et de museler leurs actions indépendantes.
L’organisation rappelle qu’en 2015 déjà, une large frange de la société civile s’était opposée à l’article 7 de la loi n°23/027 relative à la protection et à la responsabilité des DDH, disposition aujourd’hui brandie par la CNDH comme fondement juridique de son initiative. « Curieusement, plusieurs acteurs qui s’étaient insurgés hier contre cette disposition, se retrouvent aujourd’hui au sein de la CNDH et cautionnent ce mécanisme restrictif », regrette le communiqué signé par Robert Ilunga Numbi et Franck Banza Ngoy, respectivement directeur exécutif et coordonnateur des programmes et chargé du monitoring et de la documentation.
Selon l’ANMDH, exiger un enregistrement préalable pour bénéficier de la protection de l’État va à l’encontre de la Déclaration des Nations Unies sur les Défenseurs des Droits Humains (1998) et de la Résolution 69 (2004) de la Commission africaine des Droits de l’Homme et des Peuples. Ces instruments internationaux, rappelle l’organisation, imposent aux États de protéger tout individu, sans condition d’adhésion à une base de données étatique.
« En restreignant la liberté d’association et d’action des DDH, l’État congolais crée une insécurité juridique et politique pour les acteurs de la société civile », dénonce l’ANMDH, qui appelle ses pairs à « rester vigilants » et à ne pas se laisser « inféoder par des manœuvres politiciennes ».
L’organisation promet de publier dans les prochains jours une analyse détaillée de ce qu’elle considère comme une « dérive antidémocratique » dans son bulletin Flash-Info.
