La voix du Congo à Lilongwe où l’Afrique lève le ton contre la dette néocoloniale du FMI et de la Banque mondiale

Redaction
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A Lilongwe, la capitale du Malawi, a accueilli du 19 au 20 juin la Commission d’enquête des Peuples africains sur la dette, un moment rare et puissant où les peuples d’Afrique ont repris la parole. Organisées par l’African Forum and Network on Debt and Development (AFRODAD), ces assises ont mis en lumière les blessures ouvertes que les dettes imposées par le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque mondiale continuent d’infliger au continent africain.

Témoignages de souffrance et de résilience

Au fil de deux journées intenses, des victimes, témoins, experts et juristes venus de tout le continent ont livré des témoignages bouleversants. Des mères privées d’accès aux soins pour leurs enfants à cause de la suppression des subventions, des enseignants confrontés à la fermeture d’écoles publiques, des citoyens appauvris par l’augmentation de la TVA sur les produits de base… autant de récits qui ont donné un visage humain aux conséquences désastreuses des politiques dictées à des milliers de kilomètres des réalités africaines.

« Derrière chaque décision budgétaire prise à Washington, il y a une vie brisée quelque part à Kinshasa, à Nairobi ou à Ouagadougou », a rappelé un intervenant zimbabwéen, sous les applaudissements nourris des participants.

La République démocratique du Congo dénonce

Au nom de la République démocratique du Congo, Lydie Asimwe MAKURU a fustigé l’imposition de mesures d’austérité qui « sapent les fondements mêmes de la protection sociale et des services publics dans nos pays ». Elle a insisté sur la nécessité de rompre avec cette logique qui voit les États africains sacrifier la dignité de leurs citoyens sur l’autel de l’orthodoxie financière.

Une dénonciation claire d’un système néocolonial

Le rapport final de la commission est sans appel : depuis plus de 40 ans, le FMI et la Banque mondiale façonnent un développement basé sur l’endettement, la privatisation et la dépendance. Derrière les discours de réforme et d’efficience se cachent des programmes d’ajustement structurel qui ont déstructuré les économies locales, affaibli les États et exacerbé la pauvreté.

En 2024, pas moins de 28 pays africains étaient placés sous des conditions strictes du FMI, souvent forcés de geler les salaires publics, de supprimer les subventions essentielles ou de hausser les taxes sur les produits de première nécessité. Des décisions prises sans consultation populaire, dans des salles de réunion à Washington, loin des souffrances concrètes des populations africaines.

« Le FMI et la Banque mondiale ne sont pas neutres », affirme le rapport. « Ils perpétuent, à travers la dette, une forme moderne de colonialisme économique. »

Des recommandations pour une Afrique souveraine

De ces travaux sont nées cinq recommandations majeures, que les organisateurs appellent tous les États africains à adopter sans délai :

  1. Création d’un système financier panafricain : un Fonds de l’Union africaine inspiré par la justice réparatrice et la solidarité interétatique.
  2. Moratoire immédiat sur la dette africaine : audit indépendant, reconnaissance des dettes illégitimes et mécanismes de justice réparatrice.
  3. Rejet de l’austérité : arrêt immédiat de toutes les politiques d’austérité imposées par les institutions financières internationales.
  4. Lutte contre les flux financiers illicites : mise en place d’une agence africaine de notation pour restaurer la souveraineté économique.
  5. Démocratie économique : promotion d’emprunts solidaires à long terme, accompagnés de subventions sociales et d’investissements dans la formation numérique.

Un tournant pour l’Afrique ?

Ce sommet de Lilongwe n’était pas un simple colloque académique. Il s’est voulu un acte de résistance politique et morale, une réaffirmation du droit des peuples africains à décider eux-mêmes de leur avenir économique.

« L’heure n’est plus à la soumission, mais à la reconstruction », a conclu un participant sénégalais. « Nous ne sommes pas des chiffres dans des tableurs. Nous sommes des peuples debout, avec une mémoire, une dignité, et une volonté de justice. »

Dans le tumulte géopolitique mondial, cette voix venue de Lilongwe rappelle que la souveraineté africaine ne se mendie pas : elle se reconquiert.