A l’occasion de la célébration de l’amour universel, la République démocratique du Congo, à l’instar du reste du monde, a honoré une espèce emblématique qui partage une large part de notre héritage biologique et social : le bonobo. Chaque 14 février, la Journée mondiale du Bonobo rappelle l’urgence de protéger ce primate unique, aujourd’hui gravement menacé d’extinction.

Au cours d’une interview accordée à la presse, le professeur Nicaise Amundala Drasso, de l’ONG Actions pour le Développement et la Restauration de l’Environnement (ADRE), souligne que les bonobos (Pan paniscus) sont nos plus proches parents, partageant environ 98,7 % de leur patrimoine génétique avec l’être humain. Endémiques des forêts tropicales humides congolaises, ils vivent principalement sur la rive gauche du fleuve Congo, de Kisangani jusqu’au Parc national de la Salonga.
Ces grands singes se distinguent par une organisation sociale majoritairement matriarcale, un tempérament généralement pacifique et des comportements sociaux complexes souvent comparés à ceux des humains. Leur intelligence, leur aptitude à utiliser des outils et leur système de communication sophistiqué fascinent les scientifiques depuis des décennies. À titre illustratif, explique le professeur, les bonobos utilisent des comportements sociaux — y compris des interactions à fonction apaisante — pour désamorcer les tensions au sein du groupe, une stratégie rare dans le règne animal et différente de nombreuses espèces où la reproduction constitue l’unique finalité de ces interactions.
Enseignant à la Faculté des sciences de l’Université de Kisangani, le professeur Amundala Drasso rappelle que, malgré leur importance écologique et leur proximité biologique avec l’homme, les bonobos sont classés « En danger » par la CITES. Les menaces qui pèsent sur leur survie sont multiples et étroitement liées.
Parmi celles-ci figurent le braconnage et le commerce illégal : la chasse pour la viande de brousse, même lorsqu’elle cible d’autres espèces, affecte les bonobos, tandis que le trafic de jeunes individus vers des zoos ou des collections privées demeure préoccupant. À cela s’ajoutent la perte et la fragmentation de l’habitat, causées par l’expansion agricole, la déforestation liée à l’exploitation forestière et minière, ainsi que le développement d’infrastructures. Ces pressions réduisent drastiquement leur espace vital et fragmentent des populations estimées entre 15 000 et 20 000 individus, limitant l’accès à la nourriture, à l’eau et aux partenaires de reproduction.

La disparition des bonobos ne serait pas seulement une perte irréparable pour la biodiversité mondiale ; elle entraînerait aussi des conséquences écologiques majeures. En tant que grands singes frugivores, ils jouent un rôle clé dans la dispersion des graines, contribuant à la régénération des forêts congolaises — véritable poumon de l’Afrique et réservoir de carbone essentiel pour la planète.
Au-delà de l’écologie, l’étude des bonobos offre des éclairages uniques sur l’évolution du comportement humain, la coopération sociale et les mécanismes de résolution pacifique des conflits. Leur sauvegarde participe ainsi de notre propre compréhension de nous-mêmes.
Conscient que l’avenir de cette espèce dépend d’actions concertées, le professeur Nicaise Amundala Drasso lance un appel pressant aux organisations de la société civile, aux autorités publiques, aux communautés locales, aux professionnels des médias et aux citoyens du monde. Il plaide pour le soutien aux aires protégées, le renforcement de la lutte contre le braconnage et le commerce illégal, la promotion d’un développement durable, ainsi que la sensibilisation et l’éducation environnementales. Protéger le bonobo, conclut-il, c’est préserver un miroir vivant de notre humanité et un héritage naturel d’une valeur inestimable.
FROK
