C’est un texte qui était attendu, autant par les professionnels du guidon que par les usagers de la route lassés de l’anarchie ambiante. Ce vendredi 17 juillet 2026, l’Hôtel de ville de Kisangani a sorti l’artillerie juridique. Par l’Arrêté urbain n° 01/DLL/006 /CAB/MV/KIS/2026, le Maire Delly Likunde Litawehe pose de nouvelles balises pour la circulation des motocycles.
L’objectif affiché ? Sécuriser les vies, moraliser le secteur du transport, mais aussi — et c’est une nouveauté de taille — couper l’herbe sous le pied des agents de l’ordre indélicats. Un texte d’équilibre qui s’appuie sur la Constitution et les lois régissant les Entités Territoriales Décentralisées (ETD), tout en répondant aux cris de détresse des motards face aux tracasseries policières.
Voici ce qu’il faut retenir de cette nouvelle charte routière boyomaise.
1. Casque et gilet : Les professionnels du « Wewa » au pas de charge
Pour les taxis-motos, l’ère du laisser-aller est révolue. L’Article 1er impose le port d’un casque de protection homologué, avec une précision de taille : il doit être « capable de dévisager une personne », une mesure évidente de sécurité publique pour lutter contre l’anonymat criminel.
Plus loin, l’Article 2e durcit le ton pour les professionnels. Pour rouler à Kisangani, le taximan devra désormais arborer :
- Un gilet rétro-réfléchissant, numéroté et identifié par une association de motards agréée par la Mairie.
- Des chaussures fermées obligatoires : Ketchs ou bottes uniquement. Les babouches au guidon en plein service, c’est terminé.
2. Motards privés : De la souplesse pour les femmes et les week-ends
Conscient des réalités sociologiques de la ville, le Maire a introduit des dérogations intelligentes à l’Article 4e pour les motocycles privés.
Ce qui change pour les particuliers :
Au-delà de 18 heures, ainsi que les week-ends (samedi, dimanche) et jours fériés, l’obligation du port de casque et de chaussures fermées (sandales ou babouches en cuir/caoutchouc dur étant alors tolérées) est levée. De plus, une galanterie administrative est accordée aux conductrices : les femmes privées ne sont tenues, en tout temps, qu’à la seule obligation du casque.
3. Le portefeuille va trinquer : Des amendes de 20 à 35 dollars
Le civisme routier ayant un prix, l’Article 3e fixe les sanctions financières pour tout contrevenant. En s’alignant sur les arrêtés interministériels de 2012, la note sera salée : de 20 à 35 dollars américains d’amende transactionnelle, à verser au compte des droits et taxes perçus par la Police Nationale Congolaise (PNC).
L’Article 5 : Le coup de maître contre la « traque sauvage »
C’est sans doute le morceau de bravoure de cet arrêté, celui qui fera souffler les motards. L’Article 5e recadre sévèrement les forces de l’ordre :
- Seuls les agents de la Police de Circulation Routière (PCR) en tenue sont habilités à constater les infractions. Les agents en civils ou « invités » d’autres unités n’ont aucun droit de cité ici.
- Le constat se fait uniquement en position de stationnement ou à l’arrêt.
- L’arrêté inscrit noir sur blanc une interdiction formelle : « Pas de course-poursuite. » Une formule brève qui vise à éviter les accidents mortels trop souvent causés par des traques policières spectaculaires et dangereuses en plein centre-ville.
Le regard de l’expert
En entrant en vigueur immédiatement ce 17 juillet 2026, cet arrêté montre que la mairie de Kisangani veut reprendre la main sur son réseau routier. Si l’obligation des équipements (casques, ketchs) est une excellente nouvelle pour la médecine traumatologique de la région, l’application de l’Article 5 sera le véritable juge de paix de cette réforme.
Le Maire Delly Ikunde a fourni la loi. Il reste maintenant aux usagers à faire preuve de civisme, et à la hiérarchie de la PCR à discipliner ses troupes pour que la route Boyomaise ne soit plus un terrain de safari financier, mais un espace de circulation sécurisé.
Frok
