Kisangani, 10 juin 2026 – L’amphithéâtre de l’Université de Kisangani a servi de cadre, ce mercredi 10 juin 2026, à l’ouverture solennelle du Colloque scientifique national consacré à l’évaluation de la Constitution du 18 février 2006, vingt ans après sa promulgation. Cette grande rencontre académique, organisée par le ministère de l’Enseignement Supérieur, Universitaire, Recherche Scientifique et Innovations (ESURSI), réunit des chercheurs, enseignants, experts et décideurs venus de onze provinces du pays pour une réflexion approfondie sur deux décennies de pratique constitutionnelle en République démocratique du Congo.

La cérémonie inaugurale a été marquée par le mot de bienvenue du président de la Conférence des chefs d’établissements de l’ESURSI de la Tshopo et recteur de l’Université de Kisangani, le professeur Mathieu Kirongozi Bometa. Devant un parterre composé notamment du vice-gouverneur de la Tshopo, Didier Lomoyo Iteku, représentant le gouverneur de province, du président de l’Assemblée provinciale, Mateus Kanga Londimo, ainsi que de nombreuses autorités académiques et administratives, le recteur de l’UNIKIS a exprimé « un honneur particulier et un réel privilège » d’accueillir ces assises scientifiques d’envergure nationale.
Le professeur Kirongozi a salué l’initiative de la ministre de l’ESURSI, la professeure docteure Marie-Thérèse Sombo Ayanne Safi Mukuna, représentée à cette cérémonie par son directeur de cabinet. Selon lui, le choix porté sur la communauté universitaire pour conduire cette réflexion témoigne de la confiance accordée au monde scientifique dans l’analyse des enjeux institutionnels du pays.

« Je salue particulièrement l’initiative de Madame la Ministre, qui a confié à la communauté universitaire congolaise la noble mission de porter un regard scientifique, critique et prospectif sur deux décennies d’application de notre Constitution », a-t-il déclaré.
Un exercice d’évaluation au service de l’État de droit
Pour les organisateurs, ce colloque intervient à un moment charnière de l’histoire constitutionnelle congolaise. Vingt ans après l’adoption de la Constitution de 2006, il apparaît nécessaire de dresser un bilan objectif de son application, de mesurer ses impacts sur la gouvernance du pays et d’identifier les ajustements éventuels susceptibles de renforcer l’État de droit.
Le professeur Mathieu Kirongozi a insisté sur la nécessité d’évaluer aussi bien les avancées enregistrées en matière de consolidation démocratique et de protection des droits fondamentaux que les insuffisances observées dans la mise en œuvre de certaines dispositions constitutionnelles.
« Il s’agit d’identifier les acquis, mais également les défis persistants et les pistes d’amélioration afin de renforcer davantage la sécurité juridique, la gouvernance et l’État de droit », a-t-il souligné.
Trois pôles nationaux pour une réflexion multidisciplinaire
Le colloque s’inscrit dans un vaste dispositif national organisé simultanément dans trois grandes villes du pays : Kinshasa, Kisangani et Lubumbashi.
Dans son mot de recadrage, le directeur de cabinet de la ministre de l’ESURSI, le professeur Makindu Massamba Kaba Hilaire, a rappelé que cette initiative vise à recentrer les débats constitutionnels sur des bases scientifiques, objectives et rigoureuses, à l’écart des passions politiques.
« L’expérience acquise au cours de ces vingt années révèle à la fois des progrès significatifs dans la consolidation de l’État de droit ainsi que des insuffisances, des zones d’ombre et des dysfonctionnements qui nécessitent une analyse approfondie et lucide », a-t-il affirmé.
Selon lui, l’objectif principal consiste à établir un état des lieux objectif de la Constitution, à identifier ses forces et ses faiblesses, tout en alimentant un véritable exercice collectif de réflexion et de prospective.

Le professeur Makindu a également détaillé l’organisation géographique et thématique des travaux :
Le Pool géostratégique, basé à Kinshasa ;
Le Pool sociologique, anthropologique et gestion des forêts, installé à Kisangani ;
Le Pool industriel et transition énergétique, basé à Lubumbashi.
Le pôle de Kisangani regroupe les établissements de la Tshopo, du Maniema, de la Mongala, du Nord-Ubangi, du Sud-Ubangi, du Haut-Uélé, du Bas-Uélé, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri.
Kisangani, laboratoire des enjeux sociaux et environnementaux
Les participants réunis à Kisangani examineront plusieurs thématiques majeures touchant directement à la gouvernance et à la cohésion nationale. Les débats porteront notamment sur :
Les fondements et la philosophie de la Constitution ;
L’État de droit et la justice constitutionnelle ;
Les droits et libertés fondamentaux ;
La démographie et l’urbanisation ;
L’intelligence artificielle et les dynamiques sociales ;
La participation citoyenne et le rôle de la société civile ;
La gestion des forêts et l’économie du carbone ;
Le GENOCOST et la sécurité nationale ;
Les ressources naturelles et la prévention des conflits ;
La valorisation des langues nationales comme facteur de cohésion nationale.
Ces thématiques traduisent la volonté d’inscrire la réflexion constitutionnelle dans les réalités contemporaines de la RDC, marquées notamment par les défis environnementaux, sécuritaires, technologiques et identitaires.

Une tribune scientifique et non politique
Dans son intervention, le directeur de cabinet de la ministre a tenu à clarifier la nature de ces assises afin d’éviter toute confusion.
« Ce colloque est un cadre d’analyse et de production scientifique, un espace de propositions structurées et un lieu de confrontation d’idées encadrée », a-t-il précisé.
Par conséquent, a-t-il insisté, ces assises ne constituent ni une tribune politique, ni un forum de revendications partisanes, encore moins un espace de prise de décisions immédiates.
Au-delà des divergences d’opinions et des sensibilités diverses, les organisateurs appellent les participants à considérer l’avenir constitutionnel de la RDC comme une responsabilité collective engageant l’ensemble de la Nation.
Trois jours de travaux pour dessiner les perspectives d’avenir
Prévu du mercredi 10 au vendredi 12 juin 2026, ce colloque national ambitionne de produire des recommandations scientifiques susceptibles d’éclairer les décideurs sur les réformes éventuelles à envisager pour adapter la loi fondamentale aux défis actuels du pays.
Avant de clôturer son allocution, le professeur Makindu Massamba Kaba Hilaire a salué les efforts déployés par le bureau de la Conférence des chefs d’établissements de l’ESURSI de la Tshopo, conduit par le professeur Mathieu Kirongozi Bometa, pour la réussite de l’organisation de ces assises.
Pendant trois jours, Kisangani devient ainsi l’un des principaux laboratoires intellectuels de la République, où universitaires, chercheurs et experts sont appelés à apporter leur contribution à la construction d’une gouvernance constitutionnelle plus adaptée aux réalités et aux aspirations du peuple congolais.
FROK
