Le diagnostic est connu, mais il reste implacable. Dans la province de la Tshopo, le secteur extractif brille par ses paradoxes : des terres regorgeant de richesses minérales, mais des populations locales plongées dans une pauvreté chronique. Entre exploitation artisanale illégale, opacité dans la gestion des redevances, militarisation de certains sites et permis de recherche détournés à des fins d’exploitation semi-industrielle, le tableau de la gouvernance minière locale frise le chaos. C’est pour inverser cette tendance lourde qu’un pas décisif a été franchi ce vendredi 17 juillet 2026 à Bafwasende.
Situé à quelque 260 kilomètres du chef-lieu provincial, Kisangani, le territoire de Bafwasende a vibré au rythme d’un atelier de formation capital. Objectif : armer la société civile et les communautés locales des outils nécessaires pour exiger la transparence et exercer un véritable contrôle citoyen sur l’exploitation de leurs ressources.
Un rempart civil contre le pillage des ressources
Financée par l’Union Européenne, cette initiative s’inscrit dans le cadre du Projet de gouvernance participative et contrôle citoyen de l’exploitation minière dans les territoires de Banalia et Bafwasende, lancé en avril 2026. Aux commandes de ce projet d’envergure, on retrouve un consortium rodé : la Caritas Développement Kisangani (CD-Kis) et l’Organisation Congolaise des Écologistes et Amis de la Nature (OCÉAN).
Selon Papy Molima, acteur de l’ONG OCÉAN et chargé de suivi technique du projet qui a livré cette information à notre rédaction, les travaux de Bafwasende visent un but précis :
« Il s’agit de renforcer de manière concrète les connaissances et les capacités des acteurs de la société civile et des citoyens sur la gouvernance minière, les droits des communautés et les mécanismes de contrôle. »
Cet atelier de trois jours soit du 17 au 20 juillet 2026 n’est pas qu’un lieu de discours théoriques. Il réunit autour d’une même table des agents des services étatiques sectoriels, des leaders communautaires et des représentants de la société civile. L’aboutissement majeur de cet atelier sera la mise en place immédiate d’un comité de surveillance des activités minières, un organe informel mais stratégique pour veiller au grain.
Les trois leviers d’une révolution participative
Pour sortir Bafwasende et Banalia du piège de la « malédiction des ressources », le Consortium s’appuie sur une stratégie articulée autour de trois leviers directeurs :
- Le renforcement des capacités : Instruire les forces vives locales (OSC, autorités, communautés) sur le code minier, la législation nationale et la responsabilité sociétale des entreprises (RSE).
- Le contrôle citoyen permanent : Collecter et diffuser les données réelles sur la gestion des revenus miniers et documenter les impacts socio-économiques de l’exploitation.
- Le dialogue multi-acteurs : Créer des espaces de concertation réguliers et mener des plaidoyers incisifs pour que la redistribution des richesses soit enfin équitable.
L’enjeu : Transformer le sous-sol en développement durable
Cette session s’inscrit dans une série de deux ateliers prévus du 17 au 20 juillet 2026 à Bafwasende et à Banalia, combinant à la fois la redynamisation des structures formelles de la société civile et l’installation de comités de vigilance.
Pour les observateurs avertis du secteur extractif en RDC, cette démarche est salutaire. Jusqu’ici, la redistribution des revenus issus des mines est restée un mirage, captée par des intérêts privés au détriment du développement communautaire. En instaurant une culture de redevabilité publique et de participation inclusive, le consortium CD-Kis et OCÉAN jette les bases d’un modèle où les richesses du sous-sol devront, à terme, servir à améliorer durablement les conditions de vie de ceux qui marchent dessus. Le compte à rebours pour les exploitants véreux a commencé.
FROK
