Le professeur Alphonse Maindo Monga Ngonga, enseignant en sciences politiques à l’Université de Kisangani et directeur de l’ONG Tropenbos RDC, était l’invité du magazine hebdomadaire « Débat Tshopolais ». Pendant plusieurs heures d’un entretien à bâtons rompus, le chercheur et acteur de la société civile a abordé plusieurs questions d’actualité nationale et provinciale, notamment le dialogue national annoncé par le chef de l’État Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, la foresterie communautaire expérimentée dans la Tshopo ainsi que le projet de Couloir Vert porté par le gouvernement.
Mais au-delà des questions environnementales et institutionnelles, l’entretien a surtout été l’occasion pour le professeur Maindo de clarifier sa position actuelle vis-à-vis de la politique congolaise et de son engagement aux côtés du docteur Denis Mukwege lors de l’élection présidentielle de 2023.
« Je suis un citoyen congolais »
Interrogé directement sur son appartenance actuelle à la société civile et sur un éventuel passage vers la politique partisane, Alphonse Maindo se veut catégorique. Pour lui, la frontière entre société civile et politique ne doit pas être comprise comme une rupture entre deux mondes étanches.
« Moi, je suis un citoyen congolais et je veux toujours apporter ma contribution à l’édification de notre nation », a-t-il expliqué.
Selon l’universitaire, la citoyenneté implique notamment l’exercice des droits civiques, mais aussi la capacité des citoyens à contrôler et à participer à la gestion des affaires publiques.
Il affirme toutefois ne pas avoir l’ambition de devenir un « professionnel de la politique ».
« Je n’ai pas l’intention de me transformer en professionnel politique », a-t-il insisté, précisant que son engagement doit être compris avant tout comme une volonté de contribuer à la construction de la nation.
2023 : une expérience politique présentée comme une mission
Revenant sur son engagement politique en 2023, le professeur Maindo explique que celui-ci est né d’une réflexion menée par un groupe d’universitaires et d’intellectuels congolais confrontés, selon lui, à une situation nationale jugée particulièrement préoccupante.
L’objectif, affirme-t-il, n’était pas de faire carrière dans la politique, mais de démontrer que des intellectuels pouvaient également prendre leurs responsabilités dans la conduite des affaires publiques.
C’est dans cette logique qu’il dit s’être rapproché du docteur Denis Mukwege, dont il a soutenu la candidature à la présidentielle de 2023.
Pour le professeur Alphonse Maindo, cette démarche répondait également à une réalité du système politique congolais : la nécessité, pour un président de la République, de disposer d’une majorité parlementaire afin de pouvoir mettre en œuvre son programme.
Des membres du mouvement devaient ainsi concourir aux élections législatives, parallèlement à la candidature de Denis Mukwege à la magistrature suprême.
« Il n’y a aucun prochain rendez-vous »
Interrogé sur une éventuelle participation aux élections de 2028, le professeur Maindo écarte clairement cette hypothèse.
Il estime que l’expérience de 2023 constituait, pour lui et pour ceux qui l’accompagnaient, une tentative exceptionnelle visant à donner aux Congolais l’occasion de faire un autre choix politique.
Il affirme par ailleurs que le groupe constitué autour du docteur Mukwege n’avait pas créé un parti politique à proprement parler. Il s’agissait, selon lui, de l’Appel Patriotique, enregistré comme organisation de la société civile.
La législation électorale ne permettant pas à une organisation de la société civile de présenter directement des candidats, le mouvement avait dû s’appuyer sur une formation politique, afin de constituer un regroupement électoral.
Le professeur Alphonse Maindo insiste donc sur un point : selon sa propre présentation, il n’était pas candidat au nom d’un parti politique auquel il aurait adhéré personnellement, mais dans le cadre de cette dynamique issue de l’Appel Patriotique.
Pas question, non plus, de rejoindre un gouvernement
La question d’une éventuelle participation au prochain gouvernement au terme d’un dialogue national annoncé par le chef de l’État n’a pas échappé aux journalistes.
La réponse du professeur Maindo est là encore sans ambiguïté. Il affirme avoir déjà été sollicité à plusieurs reprises pour occuper des fonctions exécutives, mais dit ne pas être disposé à les accepter dans le contexte actuel des institutions congolaises.
À ceux qui pourraient interpréter cette position comme une forme de peur ou de prudence excessive, l’universitaire répond qu’il s’agit plutôt du résultat de ses observations et de son analyse du fonctionnement du système politique.
Selon lui, plusieurs personnes auxquelles il aurait prodigué les mêmes conseils n’en auraient pas tenu compte avant, finalement, de constater les difficultés auxquelles elles ont été confrontées.
De 2018 à 2023 : une même ligne de conduite
Le professeur Maindo est également revenu sur les sollicitations dont son groupe d’intellectuels aurait fait l’objet après les élections de 2018.
Il affirme avoir alors déconseillé à Denis Mukwege de s’engager dans certaines négociations politiques visant à la constitution d’un gouvernement.
Selon son témoignage, des partenaires internationaux du Congo avaient également encouragé la constitution d’un bloc politique susceptible de participer à la gestion du pays.
Le professeur Alphonse Maindo dit avoir refusé cette perspective et avoir adopté la même position pour lui-même.
« La décision qui est pour Mukwege l’est aussi pour moi », a-t-il affirmé, relatant notamment des échanges avec certains diplomates qui l’auraient personnellement encouragé à accepter des responsabilités.
Avec le recul, il estime que les événements ont fini par conforter son analyse.
La forêt communautaire, autre grand enjeu de l’entretien
L’entretien n’a cependant pas été consacré exclusivement à la politique. En sa qualité de directeur de Tropenbos RDC, le professeur Maindo a également été appelé à s’exprimer sur les questions environnementales, notamment sur la foresterie communautaire dans la province de la Tshopo.
Cette approche vise à replacer les communautés locales au cœur de la gouvernance et de la gestion des ressources forestières, dans une région où les forêts constituent à la fois un patrimoine écologique majeur et une source essentielle de moyens de subsistance.
Pour Tropenbos RDC, l’enjeu consiste notamment à favoriser une gestion plus inclusive et durable des espaces forestiers, en permettant aux communautés concernées de participer aux décisions relatives à leurs ressources.
Cette problématique rejoint celle du Couloir Vert, vaste initiative gouvernementale présentée comme un axe majeur de conservation, de développement et de valorisation des espaces forestiers de la République démocratique du Congo.
Entre gouvernance, environnement et citoyenneté
Au fil de l’entretien, une même préoccupation se dégage du discours du professeur Alphonse Maindo : celle de la responsabilité citoyenne dans la gestion du pays.
Qu’il soit question de dialogue national, de participation politique, de gouvernance forestière ou de conservation de la nature, l’universitaire défend une approche fondée sur l’implication des citoyens et des communautés.
Son passage dans « Débat Tshopolais » ce mercredi 2 septembre 2026, aura ainsi permis de croiser deux dimensions de son engagement : l’analyse politique en tant qu’enseignant en sciences politiques et l’action environnementale en tant que responsable de Tropenbos RDC.
Sur le terrain politique, il assure ne pas vouloir se transformer en professionnel de la politique. Sur le terrain environnemental, il entend poursuivre son engagement en faveur d’une meilleure gouvernance des ressources naturelles et d’une participation accrue des communautés.
Une double posture qui illustre, selon lui, une même conviction : la reconstruction de la République démocratique du Congo ne relève pas exclusivement des acteurs politiques, mais également de citoyens capables de prendre leurs responsabilités dans la société.
FROK
