Exclu de son regroupement AB, le député national Laddy Yangotikala clarifie sa position actuelle.

Redaction
268 Views

Kisangani — Le député national élu de la ville de Kisangani, Laddy Yangotikala Senga, a tenu lundi un point de presse dans la capitale de la Tshopo, peu avant son retour à Kinshasa. Au centre de son intervention : sa situation au sein de son regroupement politique après la motion de défiance qu’il avait initiée contre le vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, de la Sécurité, de la Décentralisation et des Affaires coutumières, mais aussi son appréciation de l’action du président de la République et de son appel au dialogue.

D’entrée de jeu, l’élu de Kisangani a tenu à relativiser sa responsabilité dans la motion de défiance ayant suscité des remous au sein de son regroupement politique. Il rappelle qu’il en était l’initiateur, mais que la démarche parlementaire était portée par les 56 députés nationaux signataires.

Le rejet de cette motion à l’Assemblée nationale n’a, selon lui, pas entamé sa détermination ni son rapport avec sa base électorale.

« Je ne me suis jamais senti isolé, parce que vous êtes témoins. J’ai l’appui de la population pour qui je suis serviteur », a-t-il déclaré.

Une rupture avec son regroupement politique

Laddy Yangotika Senga est également revenu sur les conséquences politiques de son initiative parlementaire. Il affirme avoir été exclu de son regroupement politique, qu’il identifie comme étant dirigé par l’ancien Premier ministre et actuel président du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde.

L’élu boyomais estime que la question de son siège doit être appréciée à la lumière de la législation électorale, tout en rappelant que son exclusion aurait été motivée par son absence de solidarité envers un membre de l’Union sacrée.

« Vous tous, vous êtes témoins que j’étais chassé de mon regroupement politique », a-t-il affirmé, avant de s’interroger sur une éventuelle décision ultérieure de réintégration : « Avez-vous déjà lu une lettre où on m’a réintégré ? »

Ces déclarations relèvent toutefois de la position exprimée par le député lors de ce point de presse et ne préjugent pas, à elles seules, de l’issue juridique ou institutionnelle de la question de son mandat.

Des retombées malgré le rejet de la motion

Si la motion de défiance n’a pas abouti, Laddy Yangotika Senga estime néanmoins que son initiative parlementaire a produit certains effets, notamment sur la question sécuritaire à Kisangani.

« Le gouvernement central n’a pas été sourd. Le taux de braquage ici chez moi dans la ville de Kisangani a diminué », a-t-il soutenu.

Une appréciation qu’il met en relation avec les préoccupations sécuritaires régulièrement exprimées par les élus, les autorités locales, les acteurs de la société civile et les médias de la Tshopo.

« Je reste le député national de Félix Tshisekedi »

Sur le plan politique, l’élu de Kisangani se veut particulièrement clair. Malgré les tensions avec son regroupement politique, il affirme rester fidèle au président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, qu’il considère comme son autorité de référence.

Cette fidélité revendiquée l’amène également à soutenir l’appel du chef de l’État en faveur d’un dialogue national qu’il présente comme différent des précédentes initiatives du même genre.

Le dialogue doit commencer à la base

Pour Laddy Yangotika Senga, le discours présidentiel sur le dialogue doit être compris comme une démarche globale visant à identifier les causes profondes des difficultés auxquelles fait face la République démocratique du Congo.

Il invite notamment les Congolais à réfléchir, à partir de leurs réalités locales, aux raisons du retard dans le développement de certaines provinces.

« Pourquoi Kisangani tarde à décoller ? Pourquoi la Tshopo tarde à décoller ? Pourquoi à Bunia, en Ituri, l’insécurité persiste ? Pourquoi autant de chômage ? », s’est-il interrogé.

Selon lui, ce dialogue devrait commencer à la base, dans les provinces, les villes et les territoires, afin de permettre aux citoyens de formuler eux-mêmes des propositions sur les problèmes de développement, de sécurité et de gouvernance.

L’élu boyomais insiste également sur la nécessité de privilégier les voies politiques et électorales plutôt que le recours aux armes pour accéder au pouvoir.

Guerre, souveraineté et présence étrangère

Dans son interprétation du message présidentiel, Laddy Yangotikala Senga estime que les Congolais doivent pouvoir discuter entre eux des questions qui concernent l’avenir du pays.

Il a également repris la position défendue par le chef de l’État sur la présence des forces étrangères dans l’est de la RDC, notamment celles qu’il attribue au Rwanda. Il estime que les groupes armés congolais, dont l’AFC-M23, devraient déposer les armes s’ils se considèrent comme des Congolais et privilégier la voie du dialogue.

Tshisekedi et les projets de développement à Kisangani

Laddy Yangotika Senga a par ailleurs consacré une partie importante de son intervention au bilan qu’il attribue au président Félix-Antoine Tshisekedi dans la ville de Kisangani et dans la province de la Tshopo.

Il cite notamment les travaux d’asphaltage et de réhabilitation des axes routiers, notamment la route nationale numéro 4 en direction de l’Ituri et l’axe de Banalia.

« Si ces travaux finissaient à temps, la ville de Kisangani sera la plus belle », a-t-il estimé, appelant néanmoins à reconnaître que des efforts restent encore nécessaires.

L’élu affirme également que les élus ont plaidé auprès du gouvernement central sur plusieurs dossiers touchant directement la population de la Tshopo, notamment la sécurité et la santé.

Un nouvel hôpital pour Kisangani annoncé

Parmi les annonces évoquées figure le projet de construction d’un important hôpital destiné notamment à répondre aux besoins sanitaires de la population de Kisangani.

Le député indique avoir plaidé auprès du ministre de la Santé, Roger Kamba, en présence notamment du gouverneur de province , pour la réalisation de cette infrastructure.

Selon ses déclarations, le projet prévoit un établissement d’une capacité de plus de 350 lits, avec un financement qu’il affirme déjà disponible. La condition avancée serait la mise à disposition, par la province, d’un terrain d’environ six hectares.

Il a également évoqué la construction d’un hôpital destiné aux militaires congolais à proximité du site du cimetière de la guerre des Six Jours, projet qu’il présente comme le résultat des plaidoyers menés auprès du gouvernement.

Un député entre fidélité politique et revendication parlementaire

Au terme de son intervention, Laddy Yangotika Senga a donc tenté de clarifier une équation politique devenue délicate : son initiative parlementaire l’a opposé à une partie de son regroupement, mais il affirme ne pas avoir rompu avec l’autorité présidentielle.

Son message se veut à la fois celui d’un élu revendiquant son indépendance dans l’exercice de son mandat et celui d’un parlementaire se déclarant fidèle au chef de l’État.

À Kisangani, il entend surtout capitaliser sur les préoccupations de sa base : sécurité, infrastructures routières, santé, emploi et développement de la Tshopo. Autant de dossiers qu’il entend, dit-il, continuer à porter à l’Assemblée nationale par le plaidoyer et le contrôle de l’action gouvernementale.

FROK