Kinshasa accueille, du 28 au 29 juillet 2026, l’atelier national de présentation des résultats de l’Évaluation de la Formation Initiale des Enseignants du Secondaire (EFIES). Une étape décisive pour diagnostiquer sans complaisance le système actuel et refonder l’avenir du corps professoral congolais.
Sur le terrain de la réforme éducative, les données probantes remplacent désormais les vœux pieux. C’est tout le sens des travaux qui se tiennent actuellement à Kinshasa. Inscrit dans le cadre du Projet d’Apprentissage et d’Autonomisation des Filles (PAAF) — initiative d’envergure du gouvernement congolais appuyée par la Banque mondiale —, cet atelier national ambitionne de fournir un état des lieux sans filtre de la formation initiale dispensée dans les Instituts Supérieurs Pédagogiques (ISP).
L’objectif est clair : radiographier les réalités du terrain pour moderniser l’appareil de formation et affiner la stratégie nationale de renforcement du corps enseignant. L’étude s’est également penchée sur la perception du système Licence-Master-Doctorat (LMD) par les parties prenantes, afin d’en mesurer rigoureusement la pertinence et l’efficacité au sein de nos institutions.
Les 6 vérités du diagnostic national
Présent à ces assises, le Professeur Jacques-Riverain LOFEMBA Boningoli Batita, Directeur Général de l’ISP Kisangani confie à la rédaction de depechesdelatshopo.com les conclusions majeures de cette évaluation approfondie. Le constat, lucide et structuré, dégage six axes d’urgence :
- 1. Une cartographie de la formation à rééquilibrer : Bien que l’offre de formation existe, elle demeure inégalement répartie sur le territoire national. Ces disparités géographiques constituent aujourd’hui un frein majeur à l’accès équitable des futurs cadres de l’éducation.
- 2. Un modèle économique sous tension : La soutenabilité financière des ISP pose question. Le système repose de manière disproportionnée sur les frais académiques payés par les étudiants, palliant un investissement public encore nettement insuffisant.
- 3. Le système LMD au milieu du gué : Si le basculement vers le modèle LMD est effectif, l’appropriation réelle de ses principes pédagogiques et organisationnels nécessite une consolidation urgente.
- 4. Une gouvernance institutionnelle à structurer : Le pilotage des établissements évolue, mais il exige la consolidation rapide de mécanismes internes d’assurance qualité crédibles et pérennes.
- 5. Un déficit d’opérationnalité professionnelle : C’est sans doute le point le plus critique. La reconnexion entre théorie et pratique pâtit du manque d’infrastructures décentes, de l’indigence des équipements numériques et de la précarité du suivi des stages pédagogiques.
- 6. Une recherche scientifique en retrait : La recherche appliquée et le service à la communauté — pourtant missions fondamentales de l’enseignement supérieur — restent les parents pauvres du système actuel.
Vers un nouveau pacte pour les ISP
Cette évaluation de l’EFIES ne doit pas être un rapport de plus sur les étagères ministérielles. Elle pose les bases d’un diagnostic partagé, indispensable pour engager des réformes structurelles. La modernisation des ISP ne pourra faire l’économie d’un réinvestissement public ciblé, d’une vraie politique d’équipement numérique et d’un recentrage sur la pratique professionnelle des futurs enseignants. Le redressement de l’école secondaire congolaise se joue aujourd’hui, dans la capacité du gouvernement à transformer ces constats en actions concrètes.
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