Par FROK
Kisangani, 13 juillet 2025 — Dans un contexte où l’accès à l’information reste un combat quotidien en République Démocratique du Congo, notamment dans la province de la Tshopo, l’organisation culturelle et citoyenne TACCEMS ASBL frappe un grand coup. Elle lance officiellement un concours de meilleurs reportages sur le droit d’accès à l’information, une initiative qui vise à éveiller les consciences et renforcer la qualité du journalisme au service de la transparence et de la redevabilité.
L’annonce a été faite ce samedi à l’espace culturel Ngoma, à Kisangani, par le coordonnateur de l’organisation, Magloire Bolunda, à l’issue d’une table ronde multidisciplinaire réunissant journalistes, artistes, acteurs de théâtre et membres de la société civile.
Un concours qui responsabilise les médias locaux
Le concours s’adresse exclusivement aux journalistes résidant dans la province de la Tshopo, toutes plateformes confondues : radio, télévision, presse écrite et médias en ligne. Les productions doivent impérativement porter sur la problématique du droit d’accès à l’information, dans ses réalités locales, ses défis et ses implications.
Les candidats ont jusqu’au 20 juillet 2025 pour soumettre leurs œuvres au secrétariat du TACCEMS situé à l’espace Ngoma, dans la commune de Makiso. Les meilleurs reportages seront primés lors d’une soirée de remise de prix, en présence d’acteurs de la vie institutionnelle et de la société civile.
« Il s’agit d’interroger la manière dont les journalistes eux-mêmes perçoivent, traduisent et revendiquent ce droit fondamental. Ce concours veut être un miroir des pratiques médiatiques face à un enjeu démocratique majeur », a expliqué Magloire Bolunda.
Une table ronde aux échanges percutants
Avant le lancement officiel du concours, les participants ont suivi trois exposés de haute portée, tous orientés autour de la liberté d’expression, de la gouvernance et de la presse locale.
Claudine Bela (CNDH/Tshopo) : « La liberté d’expression est une conquête, pas une faveur »
Dans une intervention aussi rigoureuse que passionnée, la coordonnatrice provinciale de la Commission Nationale des Droits de l’Homme, Claudine Bela, a dressé un état des lieux sans fard :
« La liberté d’expression est un combat de tous les jours. Les textes existent, mais leur application est souvent bancale. Il ne suffit pas d’énoncer des droits ; il faut se battre pour les rendre effectifs. »
Elle a appelé les journalistes et les défenseurs des droits humains à s’approprier cette lutte, soulignant que les libertés fondamentales ne s’octroient pas à la convenance du pouvoir, mais se revendiquent dans le strict respect de l’État de droit.
Louis Orio (OCDP) : « Faire de la redevabilité un levier de développement »
Représentant de l’Observatoire Congolais des Dépenses Publiques (OCDP), Louis Orio a mis en lumière le lien étroit entre accès à l’information et bonne gouvernance. Pour lui, l’accès libre aux données publiques est un pilier essentiel pour évaluer les politiques, responsabiliser les gestionnaires publics et promouvoir un développement équitable.
Ernest Mukuli (UNPC) : « La presse de Kisangani en quête de transparence »
Enfin, Ernest Mukuli, secrétaire général adjoint de l’Union Nationale de la Presse du Congo, a rappelé les défis structurels auxquels font face les médias boyomais. Il a insisté sur l’implication des organisations de la société civile, parlementaires, bibliothèques et acteurs éducatifs pour garantir une circulation fluide de l’information :
« L’information, lorsqu’elle est accessible, comprise et partagée, devient un instrument de transformation sociale. Il faut un écosystème de confiance et de collaboration. »
Un défi, une opportunité
Ce concours se veut donc plus qu’une simple récompense journalistique. Il constitue une interpellation civique, une invitation à documenter, à dénoncer et à valoriser les efforts — ou les manquements — des institutions en matière de droit à l’information.
Alors que l’accès à l’information reste balbutiant dans plusieurs régions du pays, cette initiative offre un cadre inédit pour stimuler une presse responsable, critique et engagée, au service de la démocratie et du développement dans la Tshopo.
Parce que le droit d’être informé n’est pas un luxe, mais un fondement de toute société libre.
