Discipline, amendes et prison : La Tshopo muscle sa législation sur les cérémonies funéraires

Redaction
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Kisangani, 30 juillet 2026 — Il fut un temps où le passage d’un cortège funèbre imposait un silence recueilli, où l’on se découvrait la tête à la vue du digne voyage d’un défunt. À Kisangani comme dans une bonne partie de la province de la Tshopo, ces images relèvent désormais du souvenir brumeux. Carnavals macabres barricadant les artères, injures proférées au long du trajet vers la morgue, tapages nocturnes insupportables, extorsions systématiques des passants sous couvert de détresse : les obsèques étaient devenues, au fil des ans, le théâtre à ciel ouvert de toutes les dérives.

​Face à ce qu’il qualifie lui-même d’« insécurité sociétale », l’organe délibérant de la Tshopo a décidé de reprendre la main. Lors de la session ordinaire de mars 2026, l’Assemblée provinciale a examiné et adopté la proposition d’édit portant réglementation des activités funéraires. Un texte symbolique et courageux porté par une figure de proue de la politique locale : l’honorable Mateus Kanga Londimo, député provincial élu de Kisangani et président de cette même Assemblée.

​Du recueillement au « problème de plus »

​Invité phare de l’émission DEBAT TSHOPOLAIS, Mateus Kanga Londimo n’a pas mâché ses mots pour justifier l’urgence de sa démarche.

​« Le décès d’une personne devrait retenir l’attention de tous et imposer le respect. C’est devenu l’occasion pour certains d’étaler leur mauvaise éducation sur la place publique », a-t-il déploré sur le plateau, énumérant les accrochages parfois violents entre quartiers rivaux nés de simples cérémonies d’adieu.

 

​Au-delà du désordre urbain, c’est tout un système anarchique que l’initiateur du texte pointe du doigt : des incinérations sauvages menées dans l’ombre, à l’insu des autorités ; des inhumations improvisées hors du cadre légal ; et des règlements de comptes familiaux traduits par des pratiques avilissantes sur les proches éprouvés.

​Le problème résidait notamment dans une obsolescence juridique flagrante. Jusqu’ici, la province naviguait à vue, s’appuyant sur des textes poussiéreux remontant à l’époque coloniale. Un vide légal dans lequel s’était engouffré le banditisme urbain. « Il fallait éviter à tout prix que le deuil ne devienne un problème de plus pour la société », résume le président de l’Assemblée provinciale au cours du magazine hebdomadaire DEBAT TSHOPOLAIS.

​Du lit d’hôpital au cimetière : un parcours sous contrôle

​L’édit voté ne se contente pas de fixer des intentions morales : il balise désormais l’intégralité du parcours post-mortem. De la constatation médicale du décès jusqu’à l’inhumation, en passant par le transport à la morgue, la levée du corps et le lieu d’exposition, chaque étape est désormais strictement encadrée.

​Pour doter ce texte de réelles « dents », le législateur provincial a utilisé un levier constitutionnel stratégique : l’instauration de sanctions pénales et financières.

  • Amendes administratives pour les fauteurs de troubles et organisateurs d’expositions non autorisées.
  • Peines de prison prévues pour les récidivistes, les extorqueurs de rue et les auteurs de profanations ou de violences lors des cortèges.

​« C’était l’une des faiblesses majeures des réglementations antérieures », souligne Mateus Kanga Londimo. « La Constitution autorise l’Assemblée provinciale à voter des peines pour garantir l’exécution de ses édits. Nous avons voulu un instrument complet, dissuasif, pour remettre de l’ordre. »

​Six mois pour convaincre, trois mois pour appliquer

​Vote n’étant pas synonyme d’assimilation immédiate, le défi se déplace désormais sur le terrain de la pédagogie. Si l’entrée en vigueur effective de l’édit est fixée à trois mois après sa promulgation, une période de vulgarisation intense de six mois vient d’être engagée. En passant, concernant la promulgation de cet édit, Mateus KANGA Londimo a tenu à remercier le gouverneur Paulin LENDONGOLIA LEBABONGA pour la promptitude avec laquelle il a agi.

​Ce travail d’explication sera porté conjointement par le gouvernement provincial, les députés — à commencer par le porteur du texte —, l’Assemblée dans son ensemble et la société civile. Les toutes premières consultations ciblent déjà le corps médical : des réunions de cadrage sont prévues avec les médecins pour verrouiller les procédures dès la prise en charge à l’hôpital.

​En s’attaquant à la régulation des obsèques, la province de la Tshopo ne cherche pas seulement à rétablir la circulation ou le calme nocturne. Elle tente de réhabiliter une valeur cardinale qui s’effritait : la dignité humaine face à la mort. Restent à voir la fermeté du bras exécutif et la maturité des citoyens lorsque les premières sanctions tomberont.

DEBAT TSHOPOLAIS