Débat autour de l’oral d’anglais à l’Examen d’État: la leçon du pédagogue Paul Vitamara

Redaction
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Kisangani, le 12 novembre 2025 — Une récente décision du ministère de l’Enseignement primaire, secondaire et technique (EPST) suscite un vif débat dans le monde éducatif congolais. À partir de la session 2026, l’anglais oral sera introduit comme épreuve officielle à l’Examen d’État. Si certains saluent cette innovation comme un pas vers la modernisation du système éducatif, d’autres y voient une réforme mal arrimée à la réalité pédagogique du pays.

Contacté par depechesdelatshopo.com, le professeur Paul Vitamara Masimango, docteur en pédagogie et enseignant à la faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’Université de Kisangani, a livré une analyse nuancée mais critique de cette mesure.

> « Aujourd’hui, la science des évaluations a profondément évolué. Le changement majeur réside dans la fonction assignée à l’évaluation, qui passe d’un rôle de sélection à un rôle pédagogique », explique-t-il.

Selon lui, l’évaluation traditionnelle – encore dominante en RDC – met l’accent sur les examens certificatifs, organisés en fin de cycle ou d’année scolaire. « C’est le cas de nos examens d’État ou semestriels, qui interviennent à la fin des apprentissages. Ce modèle reste ancré dans une logique de sanction plutôt que de formation », ajoute-t-il.

Une innovation aux fondements fragiles

Le professeur Vitamara s’interroge sur l’efficacité de cette réforme :

> « Est-ce que l’insertion de l’anglais oral à l’examen d’État va réellement permettre à nos élèves de parler cette langue ? Je ne le crois pas. Ces élèves apprennent l’anglais depuis la 7ᵉ année de base jusqu’à la 4ᵉ des humanités, et pourtant la majorité peine à s’exprimer correctement. »

Pour lui, le problème ne réside pas dans l’absence d’épreuve orale, mais dans la manière dont l’anglais est enseigné et évalué. Il estime que l’évaluation de la compétence orale doit s’inscrire dans un processus continu tout au long du parcours scolaire.

> « C’est bien d’introduire l’oral d’anglais, mais il est préférable que cette évaluation se fasse pendant l’apprentissage, et non à la fin. L’évaluation formative permet de diagnostiquer les failles des élèves et d’y remédier progressivement », soutient le pédagogue.

Évaluer aussi les enseignants

L’expert en pédagogie de l’Université de Kisangani insiste sur un autre aspect souvent négligé : l’évaluation des enseignants eux-mêmes.

> « Quand les élèves échouent à parler anglais, il faut aussi se demander si le problème ne vient pas de l’enseignant. L’évaluation devrait donc concerner à la fois les apprenants et les enseignants, afin d’ajuster les méthodes et les supports pédagogiques. »

Pour une réforme systémique

En conclusion, le professeur Vitamara plaide pour une réforme globale et structurée :

> « Il serait plus pertinent d’introduire la pratique orale de l’anglais dès le primaire, puis de la renforcer au secondaire à travers une évaluation continue. C’est de cette manière que l’on parviendra réellement à améliorer la maîtrise de la langue. »

Ancien directeur général de l’Institut Supérieur Pédagogique (ISP) de Kisangani, le professeur Paul Vitamara Masimango met ainsi en lumière un débat essentiel : celui de la qualité de l’enseignement et de la pertinence des réformes dans le système éducatif congolais.

FROK