Tshopo : Mariage par kidnapping au groupement Mohonge : la barbarie rebaptisée tradition

Redaction
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C’est un fait social d’une gravité inouïe, une pratique rétrograde qui s’enracine dans le silence complice des autorités locales et la peur des familles. Au groupement Mohonge, dans une région reculée mais bien réelle, un phénomène inquiétant baptisé « 125 » défie les lois, la morale et les droits humains. Il ne s’agit pas simplement d’une tradition controversée, mais d’une violation pure et simple des droits des jeunes filles : le mariage par kidnapping, dénonce un notable de Basoko natif de Yaliwasa.

Sous l’étiquette codée de « 125 », un groupe de jeunes garçons met en œuvre un scénario digne d’une époque révolue. Ils repèrent une jeune fille, identifient un prétendant — le futur « mari » — et planifient l’enlèvement. En pleine journée ou sous le couvert de la nuit, la jeune fille est saisie, traînée de force hors de son foyer et emmenée dans la forêt. Là, elle est retenue pendant plusieurs semaines, soumise à des pressions psychologiques intenses et à des conditions de vie précaires. Pendant ce temps, les ravisseurs, considérés comme « opérateurs », sont pris en charge matériellement par le prétendant, qui assume ainsi sa part dans cet acte ignoble.

Le retour au village : une double violence

Une fois la jeune fille supposément « convaincue », le nouveau couple fait son retour triomphal au village. Ce retour est souvent célébré par les complices, mais vécu comme un traumatisme par les familles de la victime. Les tentatives d’intervention des parents sont régulièrement repoussées par une résistance brutale, parfois armée, des kidnappeurs. Cette pratique viole non seulement les lois sur la protection de l’enfance et du consentement matrimonial, mais piétine aussi la dignité humaine.

Un défi lancé à l’État et à la justice

Face à ce fléau, l’inaction est une forme de complicité. Il est urgent que l’État prenne ses responsabilités et déploie une réponse musclée. Les premières mesures à envisager sont :

La criminalisation explicite du mariage par enlèvement, avec des peines lourdes pour les auteurs, les complices et même les chefs coutumiers qui tolèrent cette pratique ;

La mise en place d’unités spécialisées de gendarmerie dans les zones rurales sensibles, chargées de réagir rapidement aux alertes d’enlèvement ;

La création de cellules d’écoute et de soutien psychologique pour les victimes et leurs familles ;

Des campagnes d’éducation communautaire pour déconstruire les croyances traditionnelles qui justifient ou banalisent ces actes barbares.

Un appel à la société civile

Les ONG, les associations de défense des droits de la femme, les chefs religieux et les autorités locales doivent unir leurs voix. Il ne s’agit plus d’un simple débat culturel, mais d’une question de droit, de dignité, et d’humanité. On ne peut pas tolérer qu’en 2025, dans un pays qui se veut moderne, des jeunes filles soient réduites au rang de butin par une bande d’ados en mal de rites initiatiques.

Mohonge, groupement de la chefferie Yaliwasa en territoire de Basoko à environ 300 kilomètres de la ville de Kisangani, est aujourd’hui le théâtre d’un crime collectif déguisé en tradition. Y mettre fin, c’est refuser que la culture serve de paravent à la violence. Il est encore temps d’agir. Demain, il sera peut-être trop tard dans ce coin de la province de la Tshopo.