Spoliation de la Boucle de la Tshopo : un crime écologique en cours à Kisangani

Redaction
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La sonnette d’alarme est tirée. L’ONG Action pour la Défense des peuples des forêts et protection de la Nature (A.D.N-RDC) dénonce une dégradation accélérée de la Boucle de la Tshopo, une aire protégée pourtant stratégique pour l’équilibre environnemental et la sécurité énergétique de la ville de Kisangani.
Dans un communiqué signé par son coordonnateur national maître Joseph Lofole et rendu public le 17 avril 2026, cette organisation de défense de la nature évoque une « spoliation à ciel ouvert » de ce domaine public de l’État, placé sous gestion provinciale. Créée par ordonnance coloniale n° 304/AGRI du 9 septembre 1953, la Boucle de la Tshopo s’étendait initialement sur près de 400 hectares. Elle joue un rôle crucial dans la régulation climatique locale, la protection du barrage hydroélectrique de la Tshopo et la préservation des sources d’eau exploitées par la REGIDESO.


Une aire protégée sous pression constante
Depuis plusieurs années, cette réserve naturelle fait face à une pression anthropique croissante. L’expansion urbaine, les besoins économiques des populations riveraines et certaines initiatives administratives controversées alimentent une convoitise persistante autour de cet espace.
Malgré une résistance historique de certains services provinciaux en charge de l’environnement, la situation semble aujourd’hui échapper à tout contrôle. Selon l’ONG A.D.N-RDC, environ 70 % de la superficie de la réserve serait déjà occupée illégalement. Déboisements anarchiques, champs agricoles improvisés, campements et déplacements de bornes délimitant l’aire protégée témoignent d’une désorganisation inquiétante.
Plus grave encore, des essences d’acacias plantées dans le cadre d’un projet de restauration écologique sont systématiquement coupées pour le bois de chauffe, compromettant des années d’efforts environnementaux.


Des efforts de restauration sabotés
En 2020, dans le cadre du programme PIREDD-MBKIS, l’ONG A.D.N-RDC avait signé un partenariat avec la coordination provinciale de l’environnement pour restaurer une partie de la réserve. Près de 30 hectares avaient été reboisés avec des espèces à croissance rapide, notamment des acacias, dans le secteur de Lubuya-Bera.
Ce projet visait non seulement à restaurer le couvert forestier, mais aussi à renforcer la résilience climatique de la ville de Kisangani. Aujourd’hui, ces acquis sont gravement menacés par des actes de destruction et de prédation incontrôlés.
Des complicités présumées et un projet de lotissement décrié
Le tableau dressé par l’ONG est accablant. Elle pointe notamment la présence d’agents étatiques sur le site, soupçonnés de faciliter un projet de lotissement de l’aire protégée. Une situation qui soulève des interrogations sur l’implication de certains responsables administratifs locaux.
Par ailleurs, les agents commis à la garde de la réserve, souvent non mécanisés et impayés, seraient contraints de céder des portions du site en échange de faibles compensations, aggravant ainsi la spoliation.
Une alerte aux conséquences multiples
La disparition progressive de la Boucle de la Tshopo pourrait avoir des conséquences dramatiques : perturbation du microclimat urbain, risques accrus d’érosion et d’inondations, menace sur l’approvisionnement en eau potable et en énergie électrique.
Face à cette situation, l’ONG A.D.N-RDC appelle les autorités provinciales, en tête desquelles le gouverneur Paulin Lendongolia Lebabonga, à agir avec fermeté. Elle exige notamment l’arrêt immédiat de toute tentative de lotissement, l’ouverture d’enquêtes indépendantes pour identifier les réseaux impliqués, ainsi que le renforcement du cadre juridique de protection de cette aire.


Mobilisation générale pour sauver la Boucle
L’organisation plaide également pour une implication accrue de la coordination provinciale de l’environnement, la mécanisation des agents de terrain, ainsi que l’appui des partenaires techniques et financiers pour la cartographie, la sécurisation et la restauration de la réserve.
Enfin, un appel est lancé à la population de Kisangani : celui de prendre conscience de la valeur inestimable de cet espace et de s’opposer activement à toute tentative de destruction.
Car au-delà d’un simple espace vert, la Boucle de la Tshopo incarne un rempart écologique vital pour l’avenir de toute une ville. Sa disparition serait une perte irréversible pour les générations présentes et futures.

FROK