RDC : Quand l’administration perd ses mots de passe, la communication s’effondre ( Chronique)

Redaction
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La scène est devenue presque banale dans l’administration publique congolaise : à chaque cérémonie de remise et reprise, les documents officiels sont signés, les registres transmis, mais un détail essentiel est souvent volontairement occulté. Les sortants omettent – parfois délibérément – de remettre les codes d’accès aux comptes numériques de l’institution : Facebook, Twitter, adresses électroniques officielles ou encore le site web institutionnel.

Résultat : les nouveaux responsables, pourtant censés assurer la continuité du service public, se retrouvent dépourvus d’outils numériques indispensables pour communiquer avec les citoyens. Dans l’urgence, ils n’ont d’autre choix que de créer de nouvelles pages, brouillant ainsi l’identité numérique de l’institution et fragmentant la mémoire administrative.

Or, le principe fondamental de l’administration rappelle que « les hommes passent, mais les institutions demeurent ». Cette maxime, valable pour les archives physiques, doit aujourd’hui s’appliquer avec rigueur à la sphère numérique. Les comptes officiels sur les réseaux sociaux et les sites web institutionnels sont des patrimoines publics : ils appartiennent à l’État, non à un individu de passage.

Au-delà de la simple négligence, ce manquement traduit une méconnaissance des enjeux de gouvernance numérique. Les institutions perdent en visibilité, les citoyens en confiance, et l’image de l’État en cohérence. Dans un contexte où la communication digitale est devenue un outil stratégique de proximité et de transparence, une telle rupture compromet le principe de continuité des affaires publiques.

Il est donc urgent que les autorités établissent un cadre clair : chaque cérémonie de remise et reprise devrait inclure un inventaire numérique complet, assorti de la transmission sécurisée des identifiants et mots de passe. De même, l’adoption de solutions institutionnelles centralisées – comme l’usage d’emails gouvernementaux ou de gestionnaires de mots de passe – permettrait de garantir que l’héritage numérique reste entre les mains de l’État.

À l’ère du numérique, la bonne gouvernance ne se limite plus aux dossiers papiers. Elle s’étend aux espaces virtuels, véritables vitrines des institutions publiques. Et c’est à ce prix seulement que pourra se concrétiser la promesse d’une administration moderne, continue et crédible.