Premier Congrès d’Études Congolaises : l’Afrique précoloniale réhabilitée par le recteur de l’UNIKIS

Redaction
370 Views

À Mbuji-Mayi, chef-lieu du Kasaï Oriental, l’Université de Kisangani marque avec éclat sa participation au Premier Congrès d’Études Congolaises. Représentée par son recteur, le Professeur Ordinaire Mathieu Kirongozi Bometa, l’institution universitaire boyomaise s’est imposée parmi les voix scientifiques majeures de ces assises intellectuelles organisées autour du thème : « Demain, le Congo du Troisième millénaire : Conscience historique, Gouvernance des savoirs et Devenir national ».

Intervenant en marge de ce rendez-vous scientifique d’envergure nationale, le recteur de l’UNIKIS a développé une réflexion profonde sur le rapport entre la connaissance historique, la production scientifique et la construction de l’avenir de la République démocratique du Congo. À travers son exposé intitulé « Comprendre pour agir et agir pour résoudre les problèmes de notre temps et de notre espace », le professeur Mathieu Kirongozi Bometa a appelé les Congolais à renouer avec leur conscience historique afin de mieux relever les défis contemporains.

Dans une démonstration nourrie d’arguments historiques et scientifiques, le recteur a rappelé que l’Afrique précoloniale était loin de l’image dévalorisante longtemps véhiculée par certains récits occidentaux. Il a évoqué l’existence de grands royaumes et empires africains organisés, notamment le Ghana, le Mali, le Songhaï, le Royaume Kongo, l’Empire Lunda et l’Empire Kuba, qui disposaient de systèmes politiques, économiques et culturels structurés. S’appuyant sur les travaux du savant africain Cheikh Anta Diop, il a insisté sur les capacités d’innovation et de création des civilisations africaines anciennes.

Le Professeur Mathieu Kirongozi Bometa a également analysé les conséquences de la colonisation européenne sur les sociétés africaines. Revenant sur le partage de l’Afrique lors de la Conférence de Berlin de 1884-1885, il a dénoncé le démantèlement des structures politiques africaines, l’exploitation des ressources naturelles ainsi que les idéologies racistes ayant servi de fondement à la prétendue mission civilisatrice des puissances coloniales. Selon lui, les indépendances politiques acquises dans les années 1960 n’ont pas totalement mis fin aux mécanismes de domination et d’exploitation.

Abordant le secteur de l’enseignement supérieur, le recteur de l’Université de Kisangani a critiqué les systèmes éducatifs hérités de la colonisation, souvent déconnectés des réalités sociales et économiques africaines. Il a plaidé pour une réforme profonde de l’université congolaise afin d’adapter les formations aux besoins réels du pays et de réduire le fossé entre les diplômes, l’emploi et le développement communautaire.

Pour le patron de l’UNIKIS, les universités et les intellectuels congolais doivent désormais jouer un rôle stratégique dans la transformation de la société. Il estime que les chercheurs ont la responsabilité de produire des savoirs utiles capables d’éclairer les politiques publiques et d’accompagner le développement national.

Le Premier Congrès d’Études Congolaises apparaît ainsi, selon lui, comme un cadre privilégié de réflexion scientifique et patriotique destiné à penser le devenir du Congo du troisième millénaire. Une dynamique dans laquelle les institutions d’enseignement supérieur sont appelées à devenir de véritables éveilleurs de conscience au service du progrès national.

FROK.