L’insécurité grandissante à Kisangani frappe désormais de plein fouet le corps professoral de l’Université de Kisangani (UNIKIS). Des enseignants et leurs familles sont devenus des cibles privilégiées de voleurs et de bandits armés, plongeant la communauté universitaire dans une psychose permanente.

Lors d’un point de presse tenu ce lundi 22 décembre 2025, dans la salle de formation Monaco, le président de l’Association des Professeurs de l’Université de Kisangani (APUKIS), le professeur Jean-Pierre Lifoli, a dénoncé avec gravité la situation sécuritaire alarmante à laquelle sont confrontés les professeurs. Selon lui, il ne se passe plus un ou deux jours sans qu’un enseignant ne soit victime d’une attaque armée. En l’espace de deux semaines seulement, huit cas d’agressions ont été officiellement recensés.
Parmi les incidents les plus marquants, le camp des professeurs du bloc Lumbulumbu, dans la commune de Mangobo, a été pris pour cible. Un professeur y a été violemment agressé, recevant un coup de manchette avant d’être braqué. Les assaillants ont emporté tous ses biens, le laissant blessé.
Au quartier Kongakonga, dans la commune de Kisangani, le professeur Gembu, de la faculté des sciences, a vu sa maison forcée par des bandits armés qui ont tout emporté, y compris des téléphones et d’autres biens de valeur. Plus grave encore, une arme a été pointée sur un enfant de moins de dix ans.
Le domicile du recteur honoraire, le professeur émérite Benoît Dheda, n’a pas été épargné : les malfrats ont forcé la porte et emporté plusieurs biens. Dans la nuit du dimanche 21 au lundi 22 décembre 2025, des bandits ont également attaqué les domiciles des professeures Sifa et Kakule Takwa, dans la commune de Kisangani, s’emparant d’argent et de téléphones. La même nuit, dans la commune de Tshopo, le professeur Kyale, de la faculté des sciences, a été victime d’une attaque similaire.
D’autres cas sont signalés, notamment chez les professeurs Arthur Cimwanga (plateau Boyoma), Julien Liengola (faculté de psychologie et sciences de l’éducation), Lokinda et Kazadi. Cette insécurité dépasse même l’UNIKIS : à l’IFA-Yangambi, un professeur aurait perdu plus de 8 000 dollars américains lors d’une attaque armée.
Cette situation crée un climat de peur généralisée. Les professeurs vivent dans une insécurité totale, contraints à des veillées nocturnes forcées, soumis au stress permanent et à des traumatismes psychologiques, ce qui ne leur permet plus de travailler sereinement à domicile.

Face à cette menace, le professeur Jean-Pierre Lifoli a lancé une alerte solennelle à l’attention des autorités locales, nationales et même internationales. Il avertit que si cette situation perdure, les professeurs pourraient être contraints de suspendre les enseignements, estimant ne plus être en mesure de donner le meilleur d’eux-mêmes dans un environnement aussi dangereux.
S’interrogeant sur les motivations de ces attaques ciblées, le président de l’APUKIS déplore que des hommes qui forment la jeunesse et produisent les cadres du pays soient ainsi livrés à l’insécurité. Il reconnaît toutefois les efforts fournis par la Police nationale congolaise, tout en soulignant le manque criant de moyens : insuffisance d’équipements de communication, routes délabrées empêchant des interventions rapides et déficit d’effectifs.
L’APUKIS plaide ainsi pour le recrutement massif et la formation adéquate des policiers, ainsi qu’une justice rigoureuse, appelant à ce que les auteurs de ces crimes soient condamnés et ne bénéficient d’aucune libération avant l’exécution complète de leurs peines.
En conclusion, les professeurs de l’Université de Kisangani exigent des mesures urgentes et concrètes de sécurisation, condition indispensable à la poursuite normale des activités académiques et à la préservation de la mission fondamentale de l’université au service de la nation.
VTL
