Kisangani : Quand l’insécurité devient une routine que l’on dénonce… sans agir( BILLET DE LA REDACTION)

Redaction
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À Kisangani, l’insécurité est devenue un refrain que tout le monde connaît, que tout le monde chante… mais que presque personne ne combat. Dans les rues, les marchés, sur les réseaux sociaux, les boyomais s’indignent, s’interrogent, crient leur ras-le-bol. Mais au-delà des mots, que fait-on vraiment ? La vérité, c’est que très peu.

Prenons un exemple simple, révélateur de cette démission collective : l’initiative des sifflets. Ces petits instruments sonores étaient censés aider les citoyens à signaler toute présence suspecte, à alerter les voisins, à créer un réflexe communautaire de vigilance. Une bonne idée sur le papier. Mais dans la réalité ? Combien de boyomais ont aujourd’hui un sifflet dans leur poche ou sous leur oreiller ? Très peu. L’initiative a été applaudie… puis oubliée.

Et pendant ce temps, les fauteurs de troubles vivent parmi nous. Ces jeunes armés, connus de tous, se promènent librement dans nos quartiers, nos blocs, nos avenues. On les salue, on les évite, mais on ne les dénonce pas. Parce que c’est « le fils de la voisine », « le neveu du chef », ou simplement par peur des représailles. Résultat : l’impunité prospère, et l’insécurité devient une norme tolérée.

L’autre drame, c’est l’inaction des forces vives locales. Où sont les associations de jeunes ? Où sont les comités de quartiers dynamiques qui devraient se réunir pour identifier les problèmes, bâtir des stratégies locales, soutenir les autorités dans la riposte ? Trop souvent, c’est le silence. L’indifférence.

Et que dire des autorités ? Les parades hebdomadaires des bourgmestres dans les communes ou au secteur Lubuya Bera ressemblent de plus en plus à des rituels bureaucratiques sans âme ni impact. On lit des discours, on brandit des slogans, on prend des photos… mais sur le terrain, les résultats sont maigres. Où sont les dialogues francs avec les jeunes ? Où sont les descentes dans les coins chauds de la ville ? Où est le suivi des mesures décidées ?

La sécurité est une affaire de tous. Ce n’est pas seulement un dossier du commandant de police ou du bourgmestre. Tant que chaque boyomais ne comprendra pas qu’il a un rôle à jouer — alerter, dénoncer, prévenir —, notre ville restera livrée aux mains de ceux qui refusent les règles de la vie en société.

Il est temps d’arrêter de faire semblant. Il est temps de passer de la parole à l’action. Faute de quoi, Kisangani ne sera bientôt plus seulement la ville des beaux discours… mais aussi celle des promesses perdues.