Kisangani, 7 décembre 2025 — La salle Jean Finant de l’Alliance française de Kisangani a vibré ce samedi au rythme de l’émotion et de la mémoire collective, à l’occasion du vernissage de Portrait pluriel de la ville de Kisangani en poèmes et en chansons, la nouvelle œuvre littéraire du Congolais Joseph César AFUNDI Monene, juriste, banquier, mais surtout homme de lettres accompli. Une cérémonie marquée par un profond attachement à la ville, à son histoire et à ses résonances artistiques.

L’Union des écrivains du Congo honore l’un des siens
Tout commence par le mot du président provincial de l’Union des Écrivains du Congo, section Tshopo. Dans un élan de reconnaissance fraternelle, il félicite AFUNDI Monene, « pour avoir une fois de plus honoré la corporation par l’enrichissement d’une nouvelle œuvre d’esprit ». Une ovation salue ces mots, comme pour affirmer que Kisangani porte encore en son sein des plumes capables de sublimer son identité plurielle.
Le professeur Émile Bongeli : une préface qui élève l’ouvrage
Vient ensuite la prise de parole du préfacier, le professeur ordinaire Émile Bongeli Yeikelo Ya Ato, dont l’analyse, dense et chaleureuse, situe l’ouvrage au cœur de la tradition artistique boyomaise.
Le professeur rappelle combien AFUNDI, dans ce nouveau livre, parvient à capturer la manière dont les artistes — poètes, chanteurs, sculpteurs, conteurs — célèbrent et transfigurent Kisangani :
une ville peinte « dans ses frasques les plus merveilleuses comme dans ses turpitudes les plus ignominieuses, dans ses illusions comme dans ses réalismes, dans sa beauté comme dans sa laideur ».

Portrait pluriel de la ville de Kisangani en poèmes et en chansons est présenté comme un véritable joyau littéraire, un vaste kaléidoscope où se croisent des qualificatifs tantôt flatteurs, tantôt satiriques :
« Kisangani-Boyoma-Singa-Mwambi », « Malekesa », « paradis terrestre », « ville aux mille plaisirs », mais aussi pour certains « Boyoma devenue poubelle », ou encore « Kisangani inapita Bulaya na giza » (Kisangani dépasse l’Europe… en obscurité !).
Kisangani, ville mythique aux charmes féminins légendaires
L’un des passages les plus savoureux de la présentation porte sur la réputation de Kisangani comme ville de la beauté féminine. Le professeur Bongeli rappelle les témoignages d’artistes mythiques — Wendo Kolosoy, le Grand Kallé, Rochereau Tabu Ley, Pierre Bisikita, Franco Luambo, Sam Mangwana, ou encore Docteur Nico — qui ont chanté les charmes boyomais.
Les refrains sont encore dans toutes les mémoires :
« Ba momies nyoso paniques na Kisangani » (toutes les femmes sont belles à Kisangani).
Certains poètes iront jusqu’à dire qu’elles sont « les plus belles femmes du Congo ». Autour de cette réputation, un véritable mythe social s’est construit : dans les familles d’ailleurs, l’annonce d’un voyage des conjoints vers Kisangani ferait trembler bien des foyers…
Les caricatures, elles aussi, n’ont pas manqué — parfois injustes, parfois malveillantes — et l’auteur les retrace dans le livre, entre dénonciation et mise en contexte.
Une mémoire musicale et culturelle ressuscitée
L’ouvrage offre également une plongée dans la vie culturelle des années 1970, lorsque Kisangani vibrait au rythme de la danse Kebo, des orchestres locaux « Singa Mwambe » et « Les Maquis », ou encore des groupes inspirés par un folklore urbain électrique, une musique de “ghetto” devenue emblématique.
On y retrouve des noms légendaires :
le célèbre Miki et son cri devenu anthologique, « Chakula yako iyi, ayo iyi, haina supu ! »,
ou encore la danseuse Mukanga Déesse, révélée par le Kebo avant de devenir une star de la musique kinoise.
Les guerres, les larmes et la résilience de la ville
AFUNDI Monene n’élude pas les pages sombres : les guerres, de 1960 à 1967 puis dans les années 1990, qui arrachèrent à la ville plusieurs générations d’élites. Il évoque ces drames avec pudeur, sobriété et intensité, rappelant que Kisangani, meurtrie mais debout, est une ville que l’histoire n’a jamais épargnée.
Une élégance d’écriture héritée du Collège du Sacré-Cœur
Le professeur Bongeli souligne également le raffinement stylistique de l’auteur, façonné par l’exigeante formation des Pères du Sacré-Cœur au Collège du même nom (actuel Institut Maele).
Une écriture soignée, structurée, classique : « la belle plume des anciens », comme disent les connaisseurs.
« AFUNDI est un héritier de cette école, et il en porte dignement la marque », conclut-il.

Joseph César Afundi : “Donner à Kisangani son propre miroir”
Prenant la parole à son tour, l’auteur explique l’essence de son œuvre : offrir de Kisangani un miroir pluriel, rassemblant les voix qui l’ont chantée, critiquée, magnifiée ou pleurée.
Un travail documentaire, poétique et mémoriel destiné à la nouvelle génération comme à la diaspora boyomaise disséminée dans le monde.
Le moment solennel : le vernissage
Le point culminant de la cérémonie fut le vernissage officiel du livre, présidé par le professeur Alexis Katambwa Mutombo. Dans un geste symbolique, il a dévoilé l’ouvrage, salué par un tonnerre d’applaudissements qui a résonné comme une fierté partagée.
Exposition, échanges et mise en vente
La cérémonie s’est achevée par une exposition des premières copies et une vente-dédicace très courue. Lecteurs, artistes, universitaires et amoureux de Kisangani ont longuement échangé autour de l’œuvre, dont chacun s’accorde à dire qu’elle constitue déjà une référence pour la mémoire culturelle de la ville.
Kisangani, décidément : inapita Bulaya.
FROK
