Journée internationale de la fille à Kisangani : l’histoire bouleversante de Sina Elisabeth mise en lumière

Redaction
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Kisangani (Tshopo), 12 octobre 2025 —
À l’occasion de la Journée internationale de la fille, célébrée le samedi 11 octobre, la rédaction de Depechesdelatshopo.com a choisi de mettre en lumière une figure féminine méconnue de l’histoire congolaise : Sina Élisabeth, une adolescente martyre du début du XXᵉ siècle, originaire de la chefferie de Yangwali dans le territoire de Basoko, aujourd’hui magnifiée par l’écrivain tshopolais Montenda Libange Monga-Alomo dans son ouvrage récemment publié.

Une vie brève, mais pleine de lumière

Née en 1903 dans le village Koki, du groupement Basoo, secteur Bomenge, Sina Élisabeth était la fille de Mokanga et Noombo. Baptisée le 9 janvier 1916, elle n’aura vécu qu’un peu plus d’une année dans la foi chrétienne avant de connaître un destin tragique.
À 14 ans, elle refuse d’être donnée en mariage à Mokulu, un féticheur polygame déjà entouré de 28 femmes. Poussée par la cupidité, son propre père tente d’imposer cette union forcée. Mais l’adolescente résiste, invoquant sa foi et son droit au libre choix : « Papa, laissez-moi vivre encore heureuse près de vous. Mokulu est déjà très âgé… Dieu ne veut pas que je sois sa femme. »

Ces paroles simples mais audacieuses marquent le début de son martyre.

Une résistance à la barbarie patriarcale

Face à ce refus, son père la frappe sauvagement à l’aide d’un fouet taillé dans la peau d’hippopotame avant de la livrer à son ravisseur. Mokulu, humilié, se venge en la torturant publiquement : les bras et les jambes liés à un arbre, la jeune fille est lacérée à coups de couteau — trente plaies profondes — sous prétexte d’ôter un « caillou magique » que les missionnaires auraient mis dans son corps pour endurcir son cœur.

Le 10 mars 1917, à Yangwali, Sina Élisabeth rend l’âme dans les bras du Révérend Père Joseph Frässle, supérieur de la mission Sainte-Marie de Basoko. Le missionnaire, profondément bouleversé, dresse un procès-verbal qu’il transmet au Commissaire de District d’Aruwimi, lequel ordonne l’arrestation du meurtrier. Huit jours plus tard, Mokulu meurt en prison, emportant avec lui le poids de son crime.

Une sépulture clandestine, un héritage indélébile

Dans une ultime tentative d’effacer la honte, le père de Sina et ses épouses volent le corps de la défunte pour l’enterrer secrètement dans la forêt. Mais le geste ne suffira pas à étouffer la mémoire de la martyre.
Le lendemain, 84 jeunes filles, conduites par Betahwa, la sœur aînée de Sina, décident de suivre son exemple en proclamant ensemble un « Soo ! », un non retentissant au mariage forcé.

Une héroïne avant l’heure

Un siècle avant que l’on parle d’égalité des genres ou d’autonomisation des filles, Sina Élisabeth s’est dressée, seule, contre la tradition oppressive, la violence patriarcale et la marchandisation du corps féminin. Elle a préféré mourir que de renier sa foi et sa dignité.

À travers son œuvre, Montenda Libange Monga-Alomo exhume cette histoire poignante, invitant les jeunes filles congolaises à voir en Sina Élisabeth non pas une victime, mais une figure héroïque, symbole d’un courage féminin enraciné dans la dignité, la foi et la liberté.

« La mémoire de Sina Élisabeth est une semence de résistance, une lumière que ni la forêt ni le silence ne peuvent étouffer », écrit l’auteur dans son livre.

En cette Journée internationale de la fille, le nom de Sina Élisabeth mérite de rejoindre celui des grandes héroïnes de la République Démocratique du Congo. Sa vie courte mais exemplaire nous rappelle que la dignité d’une fille n’a pas de prix et que la liberté de dire « non » peut parfois s’écrire en lettres de sang — mais aussi de gloire.

FROK