
Lettre ouverte adressée au recteur
Dans une lettre ouverte datant du 14 octobre 2024 adressée au recteur de l’institut facultaire des sciences agronomiques, le professeur Jean-Faustin LOKINDA Litalema fait une réflexion sur la gestion de l’IFA Yangambi sous la houlette du professeur Michel BAUDOUIN Théo depuis bientôt quatre ans.
L’initiateur de la lettre ouverte critique sans gants ce qu’il qualifie de l’incapacité à maîtriser les défis inhérents à la gestion d’une institution de l’envergure de l’IFA Yangambi.
Il dénonce entre autres les absences prolongées du recteur foulant au pied les prescrits de la règlementation selon Vade Mecum soulevant des questions quant à la compréhension du recteur des problèmes qui entravent le bon fonctionnement de l’institution ainsi que son engagement et sa considération envers celle-ci.
Parmi les questions soulevées dans sa lettre ouverte, le professeur Jean-Faustin LOKINDA Litalema parle de 60 millions d’euros financement ENABEL et Union européenne.
» Loin de bénéficier d’une gestion rigoureuse et des projets transformateurs promis, l’IFA Yangambi est devenu une façade, dissimulant des pratiques douteuses visant davantage votre bien-être financier personnel que celui de l’institution et de ses étudiants. Un exemple récent concerne les 200.000 dollars américains alloués à un projet en faveur de l’IFA Yangambi, mais gérer par ERAIFT RDC où vous étiez directeur général qui, sous couvert d’un atelier, n’a servi qu’à justifier des dépenses devant un cercle restreint de collaborateurs. Actuellement, un projet GIFT avec ENABEL en cours d’exécution selon votre bon vouloir sans être connu d’un bon nombre de corps académique, pourtant, c’est au nom de l’IFA » , écrit -il.
Il déplore également l’état de délabrement du bâtiment administratif, des promotions sélectives, l’arbitraire dans l’octroi des bourses d’études, des missions ainsi que des stages.
» Étant donné que la direction d’une institution académique exige une gouvernance basée sur l’intégrité, la transparence, et le respect des principes de justice et d’égalité, je vous exhorte à reconsidérer vos méthodes, à engager un processus de réforme en profondeur, et à prendre les mesures nécessaires pour restaurer l’équité et la dignité au sein de l’IFA. Cette lettre n’a pas pour but d’être une attaque personnelle, mais plutôt une invitation à la réflexion. Il est encore temps d’œuvrer pour un avenir plus juste et plus respectueux de tous, et d’instaurer une véritable réconciliation. Dans le cas contraire, une démission de votre part serait la décision la plus juste, salutaire et la plus cohérente« , conclut le professeur Jean-Faustin LOKINDA Litalema.

Réponse du berger à la bergère par l’Institut Facultaire des Sciences Agronomiques de Yangambi (IFA-Yangambi).
La réaction vient du Secrétaire Général Académique et Recteur ad intérim de l’Institut Facultaire des Sciences Agronomiques de Yangambi (IFA-Yangambi). D’entrée de jeu, le Professeur MENIKO TO HULU Jean Pierre Pitchou a, au cours d’une interview exclusive accordée mardi 15 octobre 2024 à dépêchesdelatshopo.com, précisé qu’il n’intervient pas au nom du Professeur Baudouin MICHEL Théo moins encore avec son autorisation. Mais il intervient comme membre du comité de gestion assumant des responsabilités et l’intérim du chef d’établissement, car il voit que dans la lettre ouverte du Professeur Faustin LOKINDA LITALEMA, il y a des aspects qui touchent à l’ensemble des membres du comité de gestion et aux autres secteurs que celui du Rectorat. L’objectif est d’éclairer d’une part, l’opinion publique et d’autre part, l’ensemble de la communauté universitaire de la Tshopo et de l’IFA Yangambi en particulier.Il déplore le fait que la lettre ouverte adressée au Recteur Baudouin MICHEL Théo à qui revient de donner des réponses, se retrouve dans les réseaux sociaux et avant qu’il n’ait même pris connaissance de son existence.
Est-ce que le Recteur est totalement absent et est déconnecté des réalités de l’établissement ?
En réponse, le Professeur MENIKO TO HULU Jean Pierre Pitchou pense que les gens gardent encore dans leur tête, l’ancienne vision de la gestion de la chose publique où l’on veut à tout prix que le Recteur d’un établissement de renom comme l’IFA-Yangambi, soit physiquement dans son bureau de Kisangani, matin, midi et soir. En oubliant de se demander si le Recteur est au courant de tout ce qui se passe au sein de notre Alma Mater, contribue efficacement au fonctionnement de l’établissement, à la régulation des différends et au maintien de l’équilibre entre différentes parties prenantes. Pour s’en convaincre, nous utilisons actuellement la nouvelle technologie de l’information et de communication et avec cet outil, recommandé d’ailleurs dans le cadre du nouveau système éducatif LMD (Licence Master Doctorat), le Recteur est informé de tout, donne ses appréciations, ses points de vues et ses orientations si nécessaires, et ce, à la minute près.

Il faudra dire que le Recteur a déjà donné sa vision qui est comprise par tous les membres du comité de gestion et que nous implémentons à son absence physique à Kisangani ou à Yangambi. Mais je rappelle tout de même que le Recteur est de temps en temps à Kisangani où il organise de grandes activités de l’institution. Dans ce registre, on peut noter que depuis que je suis à l’IFA Yangambi et bien avant moi, il ne se tenait pas le Conseil de l’Institut, mais plus de 15 ans après, depuis l’avènement du Professeur Baudouin MICHEL Théo il y a seulement trois ans, deux Conseils de l’Institution se sont déjà tenus dont l’un au mois de juin 2024 où les grandes questions liées à l’établissement ont été traitées » ; explique le Secrétaire Général Académique de l’IFA Yangambi.
Et de poursuivre : « Il a dit que le Recteur ne maîtrisait pas les défis inhérents à la gestion de l’IFA Yangambi » et pourtant, il n’a pas lui-même épinglé ces différents défis dans sa lettre. Mais ce que je peux présenter comme principal défi, c’est le financement de l’IFA Yangambi et son ouverture à l’international. Ce que le Recteur fait mieux que ses prédécesseurs.
A Kisangani, l’Union Européenne a commencé à financer une institution sœur, l’université de Kisangani, avec laquelle nous entretenons des bonnes relations et une synergie active, qui a bénéficié de l’Union européenne à travers le fonds CIFOR, REFORCO, FCCC, FORETS, REAFOR, VLIR…., des dizaines des millions de dollars américains à Kisangani ou à Yangambi, et vous avez vu deux grands bâtiments sortir de la Faculté des Sciences. Mais pendant ces 15 ans, l’IFA Yangambi n’a bénéficié directement d’aucun rond, et était loin des bailleurs de fonds.
C’est dans ce contexte là que Baudouin MICHEL Théo a trouvé l’IFA Yangambi sans bailleur de fonds sauf le projet WAVE avec la fondation Bill et Mélinda GATE qui a accompagné l’institution dans le cadre du projet WAVE qui lutte contre les maladies des plantes comme la Mosaïque Africaine de Manioc (MAM). Le gouvernement de la République avait aussi sélectionné l’IFA Yangambi dans le cadre du projet PEQPESU qui s’est arrêté à mi-chemin et qui a permis qu’on puisse avoir une salle informatique et équipée. Mais aujourd’hui, avec le comité de gestion Baudouin MICHEL Théo, nous avons le projet INTERACT-AFRICA, RURALITIES, Soil4Africa avec l’Union Européenne et GIFT avec l’Agence belge d’exécution ENABEL à travers le financement de l’Agence Française de Développement (AFD). Le projet sur les forêts sacrées avec le programme RESSAC (Recherche en Ecologie et Sciences Sociales en Afrique Centrale) et d’autres au niveau national avec la FAO et le Ministère de l’Agriculture. Nous avons renoué avec l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF), nous sommes maintenant membre du RIFFEAC (Réseau des Institutions des Formations Forestières en Afrique Centrale) et du RUFORUM (Le Forum régional des universités pour le renforcement des capacités en agriculture) où le Recteur était au siège il y a deux mois au Malawi où nous avons trois boursiers actuellement en formation doctorale, pour une réunion stratégique avec les différents chefs d’établissements concernés et les responsables de l’enseignement supérieur de leurs pays respectifs.

Qu’en est-il des efforts de construction par le comité de gestion actuel ?
Cette question rencontre sa troisième préoccupation qui ne tient pas debout, car le comité de gestion passé a totalisé 10 ans, mais n’a rien construit comme bureau pour le personnel et le site de Yangambi ne fonctionnait pas du côté enseignement, le home « Makumbi » à Yangambi était devenu une porcherie, la prime locale n’était pas allouée aux agents de Yangambi et les BATAM (Bâtiment administratif) de Kisangani comme celui de Yangambi n’avaient jamais reçus la moindre couche de peinture depuis belle lurette, la prime locale de Kisangani n’était jamais payée en totalité alors que budgétisée, le groupe électrogène ne s’allumait pas chaque jour comme c’est le cas actuellement de 10h à 13h. L’IFA-Yangambi n’était plus connecté à des structures internationales telles que citées ci-haut dont certaines pour non-paiement des quotités ou cotisations par le comité de gestion sortant, l’IFA Yangambi avait un grand nombre d’agents sans numéro matricule et était tout simplement isolé du reste du monde.
Mais avec le comité de gestion Baudouin MICHEL Théo, il y a plusieurs réalisations à son actif et à seulement trois ans. Il s’agit notamment de la création et de l’opérationnalisation du site web, de la construction des bureaux pour les membres du personnel administratif technique et ouvrier, la réfection de 33 chambres au home Makumbi à Yangambi, la construction des sanitaires (WC et douches) pour les étudiants, la dotation des panneaux solaires au home des étudiants site de Yangambi, la construction d’un auditoire moderne d’une capacité d’accueil de 300 étudiants, le finissage et équipements de deux auditoires inachevés par les prédécesseurs, la mise en service chaque jour du grand groupe électrogène pour fournir l’électricité aux auditoires du site de Kisangani en raison de trois heures par jour, la construction en cours d’un amphithéâtre propre à l’IFA-Yangambi avec une capacité d’accueil de 1000 places ( les travaux sont au niveau de LEPTON) et de deux bureaux pour enseignants ; la reprise des activités académiques au site de Yangambi où il y a 96 étudiants pour cette année 2023-2024 finissante, l’organisation des journées scientifiques à l’IFA-Yangambi, le début de l’érection d’un terrain de football au site de Kisangani, le bornage de la concession de l’établissement située au PK 41 route Ituti; la réouverture et le bon fonctionnement du troisième cycle et j’en passe.
Concernant la réhabilitation du bâtiment administratif de Kisangani, l’étude menée par les experts en la matière, présente un devis de 1 million 200 milles dollars américains. Il faut dire que l’IFA Yangambi est une petite institution en terme d’effectifs d’étudiants environ 1000 dont seulement 900 arrivent à payer la totalité des frais académiques. Et s’il faut prendre les 20 dollars américains que ces étudiants payent dans la rubrique effort de construction au taux de l’IFA Yangambi de 2600 FC le dollar, cela donne à peu près 18.000 dollars américains que le comité de gestion reçoit par an. D’où viendra l’argent pour financer les travaux de réhabilitation du BATAM de Kisangani ? Voilà pourquoi il faudra recourir aux partenaires extérieurs et c’est ce que fait le comité de gestion actuel sous l’impulsion du Recteur.
L’arrivée de Baudouin MICHEL Théo est comme un déclic, il a ouvert l’IFA-Yangambi à l’international et remis la confiance auprès des partenaires techniques et financiers et les bailleurs. Pour preuve, on a organisé un premier audit institutionnel international en 2022 pour la première fois, et qui s’est soldé par le positif avec des recommandations mineures à seulement une année de gestion sous sa gouvernance. Actuellement, il y a un autre audit organisationnel et financier qui est organisé par ENABEL en perspective de la convention de subside à signer avec l’IFA-Yangambi.
En outre, ce que je peux retenir de cette lettre ouverte et que je peux dire au public est que : le professeur LOKINDA a reconnu que depuis l’arrivée du Recteur Baudouin MICHEL Théo à la tête de l’IFA-Yangambi, il y a retour des partenaires et de l’accès aux financements extérieurs. Malheureusement, il parle des chiffres erronés qu’il ne maîtrise pas notamment 60 millions d’euros qui seraient octroyés par ENABEL à l’IFA Yangambi. Il suffit de se renseigner auprès des responsables locaux ENABEL à Kisangani pour vérifier les chiffres avancés par le collègue.
Ce que je sais aussi, est que l’Agence Française de Développement a financé, à hauteur de 10 millions, le projet GIFT qui appui cinq instituts de techniques agricoles (ITA) de la Tshopo et l’IFA Yangambi. L’idée est de faire un arrimage entre les formations du niveau inférieur de l’éducation nationale avec celles du niveau supérieur qui est l’IFA Yangambi (Institution de formation mère en Sciences Agronomiques en RD Congo). Nous sommes en cours de finalisation de la convention de subside et des accords pour les appuis directs et les gens doivent apprendre à être patients.
ERAIFT serait-il en train de gérer 200.000 dollars américains destinés à l’IFA Yangambi ?
A SGAC de l’IFA-Yangambi de répondre : Qui a mis ces fonds à la disposition de l’IFA-Yangambi pour que ERAIFT puisse les récupérer, de quelle manière et par quelle procédure ? Je tout simplement qu’il s’est trompé ou est en manque d’informations.
Pour son information, il y eu dernièrement (fin septembre 2024) à Yangambi, l’évaluation de la phase 1 du projet UNESCO : « faire de la réserve biosphère de Yangambi un pool d’excellence sur le climat et la biodiversité », et le lancement de la deuxième phase de ce projet qui comprend ERAIFT, CSB, CEBIOS, Université de GAND avec Congo Flux, INERA et UNESCO. Grâce au lobbying du Recteur, on a intégré l’IFA Yangambi dans le comité de pilotage et dans le comité scientifique du projet, parce que l’IFA et l’INERA sont des partenaires naturels du paysage de Yangambi qui se complètent sur les questions environnementales et agronomiques. Le site de l’IFA-Yangambi bénéficiera, à travers l’ERAIFT, de l’électrification de tous ses bâtiments et laboratoires et de la couverture de facture pendant les trois ans du projet, pour une valeur de près de 80 000 Euros. C’est dans la perspective de l’alliance Yangambi et du retour projeté de l’ERAIFT à son siège officiel de Kisangani. On devrait par contre remercier le Recteur qui est directeur de l’ERAIFT pour avoir permis cela. Le coordonnateur du projet UNESCO est à Kisangani peut le témoigner et son bureau se trouve au bâtiment du CSB de l’UNIKIS.
Quant aux bourses d’études et stages, cela se fait par appels à candidatures. Il n’y a que ceux qui postulent et qui remplissent les critères qui sont sélectionnés. Sur ce chapitre, ll faut dire qu’un certain nombre important des membres du personnel scientifique recrutés hors critères dans le passé, ne sont pas compétitifs. Voilà pourquoi plusieurs ne satisfont pas à ces genres de concours organisés par les organisations internationales. La faute ne revient pas à l’actuel comité de gestion ni au Recteur.
Il convient également d’ajouter ici que le comité de gestion sous Baudouin MICHEL Théo a pu obtenir des numéros matricules de 68 agents alors qu’il n’a opéré aucun engagement depuis sa prise de fonction. On note aussi la construction d’un bâtiment qui abrite le dispensaire de l’IFA-Yangambi, doté des matériels nécessaires pour administrer les premiers soins d’urgence aux patients notamment les étudiants et l’ensemble du personnel.
RÉDACTION
