AJDDH à Kisangani : un débat brûlant pour briser le silence et réclamer justice 25 ans après la guerre des six jours

Redaction
1.3k Views

Au cœur d’une conférence-débat riche en émotions et en réflexions profondes, intellectuels, juristes, activistes et victimes ont uni leurs voix sous le thème poignant : « 25 ans après la guerre des 6 jours, justice maintenant ».

L’ouverture de cette journée mémorielle a été magistralement assurée par le Professeur Alphonse Maindo, dont la stature scientifique et morale impose le respect. Son intervention a mis en lumière l’impunité persistante et le cycle infernal de violence qui rongent la sous-région des Grands Lacs, avec un accent particulier sur ce conflit sanglant qui a meurtri Kisangani. Pour le Professeur Maindo, la survie même de la nation congolaise dépend d’une lutte sans merci contre l’impunité, condition sine qua non pour restaurer la confiance entre les citoyens et les institutions, panser les blessures du passé et garantir une sécurité humaine véritable.

Jedidia Mabela, AJIDDH

L’illustre universitaire n’a pas esquivé les défis colossaux qui entravent cette quête : institutions de réparation corrompues, système judiciaire déficient, absence de mécanismes de filtrage (« vetting ») pour bannir à vie les criminels des structures étatiques, peur viscérale des victimes, dépendance chronique à l’aide extérieure, ainsi que le rôle crucial des instances de socialisation telles que l’Église, les écoles et les universités. En conclusion, il a lancé un vibrant appel à un grand rassemblement des « vrais patriotes », proposant des pistes claires pour l’avenir, notamment la justice transitionnelle, la réforme de l’État (avec la reconstruction de l’armée et des services de renseignement) et, plus fondamentalement, la transformation profonde de l’homme congolais.

Me Blaise Monduka, avocat engagé et connaisseur intime des faits, a dressé un récit précis et passionné de cette guerre tragique. Il a rappelé les causes sous-jacentes, notamment l’avidité liée aux richesses minières et la position géostratégique clé de Kisangani, avant de lancer un vibrant appel à l’appropriation collective de cette histoire douloureuse pour garantir que de telles tragédies ne se reproduisent plus jamais.

Jean-Paul Nyindu a ensuite éclairé l’assemblée sur les enjeux cruciaux de la justice transitionnelle, insistant sur ses quatre piliers : la recherche de la vérité, la poursuite des auteurs encore libres et occupant souvent des postes clefs, la réparation véritable des victimes et, enfin, la garantie d’une non-répétition. Son plaidoyer soulignait l’urgence d’une action ferme pour briser le cycle de l’impunité.

Dr Clémence Kalibunji, FRIVAO

Enfin, le Dr Clémence Kalibundji a dressé un panorama encourageant des démarches d’indemnisation en cours grâce à l’action de l’établissement public FRIVAO. Elle a rappelé le contexte institutionnel et juridique, notamment l’arrêt historique de la Cour Internationale de Justice condamnant l’Ouganda, ainsi que les avancées réalisées dans le processus de réparation des victimes.

Un débat intense, bien que bref, s’en est suivi entre panelistes et participants, témoignant de l’urgence et de la complexité des enjeux. J’ai eu l’honneur de conclure cette journée en invitant tous à consulter le récent rapport d’Amnesty International sur la guerre des Six Jours, un document crucial qui éclaire encore mieux les faits et leurs conséquences (https://www.amnesty.org/fr/documents/afr62/9429/2025/fr/). J’ai également lancé un appel à signature d’un mémo exigeant justice et réparation.

Cette commémoration, soutenue par une synergie remarquable entre Actions pour la Justice, le Développement et les Droits Humains (AJDDH), Congo Peace Network, Ukumbusho Tshopo, Amnesty International RDC, #Genocost, journalistes, activistes et victimes, témoigne de la volonté tenace de cette société meurtrie de tourner la page, mais sans jamais oublier.